L’anal­pha­bé­tisme, en­core un ta­bou

Une si­tua­tion dif­fi­cile à Saint-jé­rôme

Le Nord - - ACTUALITÉS - Fran­çoise Le Guen

Le taux de per­sonnes peu ou pas al­pha­bé­ti­sées est en crois­sance à Saint-jé­rôme alors que le Coin Al­pha, or­ga­nisme qui offre des ate­liers en al­pha­bé­ti­sa­tion, peine à ré­pondre à la de­mande, faute de moyens fi­nan­ciers.

De­nise Ga­gnon, di­rec­trice gé­né­rale de­puis 2001 du Coin al­pha, nous confie lors d’une en­tre­vue qu’elle doit en­core ex­pli­quer la na­ture de son tra­vail. Or, le Coin Al­pha des­sert une po­pu­la­tion avec des pro­blé­ma­tiques qui a d’énormes be­soins en al­pha­bé­ti­sa­tion, le pour­cen­tage des per­sonnes peu al­pha­bé­ti­sées dans la ré­gion ur­baine de Saint-jé­rôme est en ef­fet très éle­vé. L’anal­pha­bé­tisme, dont on parle en­core qu’à de­mi-mot alors que 1,3 mil­lion de Qué­bé­coises et de Qué­bé­cois âgés de 16 ans et plus ont de grandes dif­fi­cul­tés avec la lec­ture*. Alors que plus de 30 % des jeunes qué­bé­cois de 16 à 25 ans sont sous le ni­veau ju­gé acceptable (EIACA).

Alors que toutes ces per­sonnes, qui ont dif­fi­cul­tés à lire ou à écrire, se dé­mènent dans une so­cié­té que leur manque de mots re­jette. Ce sont des hommes, des femmes, des per­sonnes nées au Qué­bec ou is­sues de l’im­mi­gra­tion, fran­co­phones, an­glo­phones ou al­lo­phones, jeunes tout droit sor­tis de l’école ou per­sonnes âgées ayant peu ou pas fré­quen­té l’ins­ti­tu­tion sco­laire, tra­vailleurs, chô­meurs ou sans em­ploi : le por­trait de l’anal­pha­bé­tisme est mul­tiple. Et, par­mi ces per­sonnes peu al­pha­bé­ti­sées, un grand nombre exerce un rôle pa­ren­tal. Par exemple à Saint-jé­rôme, se­lon le Conseil Ca­na­dien sur l’ap­pren­tis­sage, près de 68 % se si­tue au ni­veau 2 ou moins. - Ni­veau 1 : dif­fi­cul­té à lire un texte simple et à uti­li­ser de la do­cu­men­ta­tion écrite. Ni­veau 2 : faibles ap­ti­tudes en lec­ture se li­mi­tant à uti­li­ser de la do­cu­men­ta­tion simple.- (Source EIACA 2003 et re­cen­se­ment du Ca­na­da 2006). De­nise Ga­gnon et William Thi­bault du Coin Al­pha nous par­tagent toutes les dif­fi­cul­tés gé­né­rées par le manque d’al­pha­bé­ti­sa­tion, dif­fi­cul­tés à se soi­gner (lire les pres­crip­tions) dif­fi­cul­tés à in­té­grer ou res­ter dans le mar­ché du tra­vail, dif­fi­cul­tés à connaître et à dé­fendre ses droits, des dif­fi­cul­tés à ai­der ses en­fants dans leur che­mi­ne­ment sco­laire sans par­ler des pro­blèmes d’es­time de soi. Les per­sonnes peu al­pha­bé­ti­sées font sou­vent face, dans leur quo­ti­dien, à di­verses si­tua­tions dif­fi­ciles. Par exemple, avoir be­soin d’aide pour lire leurs fac­tures, rem­plir un for­mu­laire ou une de­mande d’em­ploi, ne pas pou­voir lire la po­so­lo­gie d’un mé­di­ca­ment, ne pas pou­voir lire une his­toire à leurs en­fants ou les ai­der dans leur ap­pren­tis­sage sco­laire, si­gner dif­fi­ci­le­ment leur nom au bas d’un chèque, d’un contrat, du bul­le­tin sco­laire de leurs en­fants, ou de­voir se faire ac­com­pa­gner pour vo­ter ou plus sim­ple­ment ne pas y al­ler…«nous consi­dé­rons que les ni­veaux 1 et 2 en lit­té­ra­tie sont in­suf­fi­sants pour exer­cer plei­ne­ment sa ci­toyen­ne­té,» nous dé­voile de son cô­té Phi­lippe Viel, du RGPAQ, au té­lé­phone. Phi­lippe Viel nous ex­plique aus­si qu’une très faible ma­jo­ri­té de ces adultes fré­quente les groupes en al­pha­bé­ti­sa­tion. « Ils ne les connaissent pas et les groupes ne sont pas as­sez nom­breux. De plus le pro­blème ne s’amé­liore pas et on constate que les ef­forts n’ont pas été faits au ni­veau de l’édu­ca­tion,» ajoute-t-il. Pen­dant ce temps-là le Coin Al­pha, l’or­ga­nisme de Saint-jé­rôme qui offre des ate­liers en al­pha­bé­ti­sa­tion, peine à ré­pondre à la de­mande, faute de moyens fi­nan­ciers. Les em­ployés du coin al­pha ont dû cou­per 21 h et de­mi de leur temps. De­puis 10 ans, les ac­ti­vi­tés ont été ré­duites de 4 se­maines. «La Sub­ven­tion du mi­nis­tère de l’édu­ca­tion, du Loi­sir et du Sport est constante, mais ne suit pas l’aug­men­ta­tion du coût de la vie, » ex­plique William Thi­bault, agent de mo­bi­li­sa­tion. Les in­ter­ve­nants notent ce­pen­dant que le nombre de per­sonnes en de­mande va en aug­men­tant. Pen­dant que le groupe en al­pha­bé­ti­sa­tion di­mi­nue le nombre d’heures d’ac­ti­vi­tés. «On n’a pas l’ar­gent. Par exemple, nous avons des de­mandes de par­ti­ci­pants pour ve­nir 2/3 jours se­maines et on ne peut pas leur of­frir, sans comp­ter la liste d’at­tente,» dé­nonce William. Les cinq em­ployés ac­cueillent une cin­quan­taine de par­ti­ci­pants. «Nous avons une sur­charge de tra­vail, nous sommes très sol­li­ci­tés, ré­fé­rés par des or­ga­nismes de la ré­gion, des tra­vailleurs, cher­cheurs d’em­ploi, le bouche-à-oreille de par­ti­ci­pants et d’in­ter­ve­nants. C’est un pro­blème so­cial, » sou­tient De­nise Ga­gnon. Pour toutes ces rai­sons, le Re­grou­pe­ment des groupes po­pu­laires en al­pha­bé­ti­sa­tion du Qué­bec (RGPAQ), dont fait par­tie le Coin al­pha, a don­né en sep­tembre der­nier le coup d’en­voi à sa cam­pagne na­tio­nale : En­semble contre l’anal­pha­bé­tisme – Dos­sier urgent et prio­ri­taire. Le RGAQ ré­clame que le mi­nis­tère de l’édu­ca­tion, du Loi­sir et du Sport fasse de l’anal­pha­bé­tisme une prio­ri­té na­tio­nale. Que le gou­ver­ne­ment qué­bé­cois consi­dère l’al­pha­bé­ti­sa­tion comme l’édu­ca­tion et qu’il s’en­gage à éle­ver la lutte contre l’anal­pha­bé­tisme au rang de prio­ri­té na­tio­nale. Les liens entre la lutte au dé­cro­chage sco­laire, la lutte à l’anal­pha­bé­tisme et la lutte à la pau­vre­té se font ai­sé­ment. www.en­semble.rgpaq.qc.ca. Le Coin Al­pha, 475 Rue La­vio­lette, SaintJé­rôme QC J7Y 2T8, 450- 436-2099. * Se­lon l’en­quête in­ter­na­tio­nale sur l’al­pha­bé­ti­sa­tion et les com­pé­tences des adultes, réa­li­sée en 2003

De­nise Ga­gnon, di­rec­trice gé­né­rale du Coin Al­pha fait la pro­mo­tion de la cam­pagne na­tio­nale du RGPAQ : En­semble contre l’anal­pha­bé­tisme – Dos­sier urgent et prio­ri­taire.

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