«Je l’ai fait par amour et vé­ri­té » - So­lange Trem­blay

L’af­faire Du­mont en salle le 14 sep­tembre

Le Nord - - ACTUALITÉS - Ri­chard Pas­cone

17 no­vembre 1990, Da­nielle Le­chas­seur se dit vic­time d’un viol à son do­mi­cile. Elle croit re­con­naître Mi­chel Du­mont bien que la des­crip­tion qu’elle fait de son agres­seur ne coïn­cide pas. Le 23 mai 1997, après avoir pur­gé les deux tiers de sa peine de 52 mois, Mi­chel Du­mont sort de pri­son. L’Af­faire Du­mont, un film de Podz ba­sé sur l’une des plus grandes er­reurs ju­di­ciaires du Qué­bec, était pré­sen­té pour la pre­mière fois au grand écran, di­manche, au Ci­né­ma Pine de Sainte-Adèle.

« J’ai l’im­pres­sion de voya­ger dans le temps, c’est vrai­ment la vraie his­toire, c’est une co­pie conforme, » par­tage So­lange Trem­blay, l’épouse de l’ac­cu­sé qui n’a ja­mais ces­sé de croire en son in­no­cence.

« So­lange, c’est 11 ans de com­bat, mais moi c’est toute ma vie parce que ça com­mence quand je suis tout jeune. C’est ve­nu me cher­cher, » confirme Mi­chel Du­mont.

Le com­bat d’une vie

Mère mo­no­pa­ren­tale de trois en­fants, Mme Trem­blay a in­ves­ti 11 ans de sa vie et 10 000 $ pro­ve­nant de ses éco­no­mies pour se battre contre un sys­tème en en­tier.

« J’ai com­men­cé à me battre quand ils sont ve­nus le cher­cher pour l’ame­ner en pri­son. J’ai vu qu’il était seul au monde, j’étais la seule qui croyait en lui. Ils l’ont tous lais­sé tom­ber, même sa fa­mille. Je l’ai fait par amour et vé­ri­té. Je le sa­vais in­no­cent, je ne vou­lais pas le lais­ser et je le vou­lais en­core dans mes bras. C’est au­jourd’hui, quand je vois le film, que je me rends compte de tout ce que j’ai pu faire, » ex­plique Mme Trem­blay.

Un sys­tème dé­faillant

Mi­chel Du­mont a-t-il per­du confiance dans le sys­tème ju­di­ciaire ? « Si tu sa­vais comment il y a d’avo­cats qui nous ont sou­ti­ré de l’ar­gent. C’est cen­sé être in­no­cent jus­qu’à preuve du contraire, mais dans les dos­siers d’agres­sion sexuelle, on di­rait que tu es condam­né d’avance. En 2001, quand j’ai été blanchi par les trois juges, j’ai vu qu’il y avait aus­si de la jus­tice. J’étais en­ca­dré par So­lange et par des bons avo­cats. »

Pas le même homme

Marc-André Gron­din joue avec brio le Mi­chel Du­mont des an­nées 90, un homme non­cha­lant de­vant la tem­pête qui s’abat sur lui. « Le pé­ni­ten­cier l’a chan­gé. Ça va faire 15 ans et ce n’est pas le même gars. Il n’est pas pa­tient, il est agres­sif et il pense tout le temps qu’on l’ac­cuse, » confie Mme Trem­blay. « Quand on est sor­tie du pé­ni­ten­cier le 23 mai 1997, on est al­lé cher­cher di­rec­te­ment mes en­fants. C’est là que j’ai su que mon gars avait été agres­sé. Lais­se­moi te dire que ça frappe. J’ai man­gé ma claque, » ex­plique M. Du­mont. « Deux, trois se­maines après, on ap­prend que sa fille a été abu­sée par le fils du foyer d’ac­cueil, » ajoute So­lange.

« Sup­po­sée vic­time »

À sa sor­tie du pé­ni­ten­cier, Mi­chel Du­mont n’en vou­lait pas à Da­nielle Le­chas­seur, bien qu’elle ait avoué s’être trom­pée. 15 ans plus tard, sa per­cep­tion semble avoir chan­gé au­près de celle qu’il qua­li­fie de « sup­po­sée vic­time » : « La jus­tice est cen­sée être ca­pable de dé­tec­ter s’il y a eu ou non un crime. Avec les ex­per­tises qu’ils ont, la Cou­ronne n’au­rait pas dû em­bar­quer dans tout ça. » Les ex­pli­ca­tions dans le film de Podz.

Plu­sieurs en­jeux lé­gaux

En 2009, Mi­chel Du­mont a ac­cep­té un rè­gle­ment hors cour de la Ville de Bois­briand, qui était elle aus­si pour­sui­vie aus­si en rai­son des agis­se­ments de ses po­li­ciers. La Ville de Bois­briand a d’ailleurs sou­le­vé une in­jonc­tion per­ma­nente pour em­pê­cher qu’on y fasse ré­fé­rence dans le film.

Il s’agit là de l’un des en­jeux lé­gaux qui ont com­pli­qué la tâche à la pro­duc­tion, comme l’ex­plique Ni­cole Ro­bert. « Ça été un gros en­jeu et une cause de sou­ci. Tout le dos­sier lé­gal a pris beau­coup d’am­pleur. Ce qu’on n’avait pas réa­li­sé, c’est que quand on ra­conte la vie de gens qui existent, on doit avoir le plus de ga­ran­ties pos­sible que per­sonne ne peut re­ve­nir contre nous. Il a fal­lu étu­dier de prêt toutes les lignes du scé­na­rio. Ça l’a été des mo­ments très durs, on a eu des mo­ments de co­lère in­tense. C’était un frein à notre créa­ti­vi­té, mais aus­si à notre dé­sir d’être fi­dèle à ce qu’on croyait s’être pas­sé. On a trou­vé le moyen pour que les mots et les vir­gules sa­tis­fassent tout le monde. Il y a des choses qu’on au­rait vou­lu plus sou­li­gner, mais ils sont en­core là, re­gar­dez bien le film, vous en ti­re­rez vos conclu­sions, » in­vite la pro­duc­trice.

L’ONU der­rière eux

Mi­chel Du­mont et So­lange Trem­blay sont tou­jours en at­tente du ré­sul­tat de leur ap­pel d’une pour­suite de 2,5 millions de dol­lars au Pro­cu­reur gé­né­ral du Qué­bec et à ce­lui du Ca­na­da. L’ONU a don­né son ap­pui au couple dans le dos­sier. L’or­ga­nisme des Na­tions Unies af­firme que les gou­ver­ne­ments qué­bé­cois et ca­na­diens au­raient dû dé­dom­ma­ger M. Du­mont. « Ça fait dix mois qu’on a pas­sé en Cour et ils sont en dé­li­bé­ré, » ex­plique Mme Trem­blay qui s’oc­cupe tou­jours du dos­sier.

Mi­chel Du­mont en compagnie de l’ac­trice Ma­ri­lyn Cas­ton­guay, à sa droite et So­lange Trem­blay, à sa gauche.

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