Jacques Grand’mai­son ho­no­ré

Mé­daille du ju­bi­lé de dia­mant de la reine Eli­za­beth II

Le Nord - - LA UNE - Fran­çoise Le Guen

Man­da­té par le Gou­ver­neur gé­né­ral du Ca­na­da M.Da­niel Johns­ton, le maire de Saint-Jé­rôme, M.Marc Gas­con, a re­mis la Mé­daille du ju­bi­lé de dia­mant de la reine Eli­za­beth II à Mon­sei­gneur Jacques Grand’Mai­son. La cé­ré­mo­nie a eu lieu lun­di à la mai­rie de Saint-Jé­rôme, en pré­sence de nom­breux in­vi­tés de marque.

En­core à pied d’oeuvre à 81 ans

Na­tif de Saint-Jé­rôme, Jacques Grand’Mai­son compte par­mi les théo­lo­giens, so­cio­logues et écri­vains les plus re­mar­quables de la so­cié­té qué­bé­coise, tant par l’éten­due de son oeuvre que par sa por­tée. Jacques Grand’Mai­son est avant tout un ob­ser­va­teur pers­pi­cace, par­fois dé­ran­geant, de la so­cié­té qué­bé­coise et de son évo­lu­tion. Il au­ra contri­bué à l’his­toire in­tel­lec­tuelle du Qué­bec de­puis la Ré­vo­lu­tion tran­quille. De­puis plus de 55 ans, Jacques Grand’Mai­son a oeu­vré à Saint-Jé­rôme comme ci­toyen et comme prêtre. Il est en­core à pied d’oeuvre à 81 ans « De toutes les crises ac­tuelles, celle de la non-ap­par­te­nance, de la désap­par­te­nance est une des plus graves, a-t-il pris le temps de par­ta­ger lors de la cé­ré­mo­nie. Il n’y a pas de so­cié­té et d’ins­ti­tu­tion saine et dy­na­mique sans le sens du vé­cu et pra­ti­qué de l’ap­par­te­nance du­rable. Tous les en­jeux ac­tuels ont des im­pli­ca­tions de long terme.»

Il ter­mi­nait par : « Je pense que les aî­nés peuvent trans­mette le goût, le sens, la pa­tience, le cou­rage du long terme. Les ex­pé­riences les plus belles, les plus heu­reuses, les plus fé­condes sont celles qui ont pris le temps de mû­rir. »

Dé­cloi­son­ner les dis­cours

Jacques Grand’Mai­son a fait ses études au Grand sé­mi­naire de Montréal, à l’Université Grégorienne du Va­ti­can, et il a ob­te­nu son doc­to­rat à l’Université de Montréal, où il a été pro­fes­seur ti­tu­laire à la Fa­cul­té de théo­lo­gie de 1967 à 1998. Sa double for­ma­tion aca­dé­mique re­flète une in­ten­tion tôt réa­li­sée de dé­cloi­son­ner les dis­cours en­fer­més dans les dé­li­mi­ta­tions dis­ci­pli­naires du droit, de la so­cio­lo­gie, de la psy­cho­lo­gie et de la théo­lo­gie, entre autres.

Le Pont entre les gé­né­ra­tions

So­cio­logue, théo­lo­gien et écri­vain, Jacques Grand’Mai­son a conduit une ex­pé­rience-pi­lote de for­ma­tion des jeunes chô­meurs, ac­com­pa­gnée d’une étude sur la si­tua­tion du sec­teur pro­fes­sion­nel en édu­ca­tion au Qué­bec. Les textes qui en dé­coulent ont ins­pi­ré à la fois la pre­mière lé­gis­la­tion ca­na­dienne sur le re­cy­clage et le re­clas­se­ment de la main- d’oeuvre, et la ré­forme des écoles tech­niques.

Il a je­té les bases d’une pé­da­go­gie so­ciale ori­gi­nale, qui a in­fluen­cé consi­dé­ra­ble­ment di­vers mou­ve­ments so­cio­po­li­tiques. En pa­ral­lèle, son ap­port théo­lo­gique et pas­to­ral au sein des églises chré­tiennes n’était pas moins consi­dé­rable.

Il a di­ri­gé dans les an­nées 90 une vaste re­cherche-ac­tion sur les gé­né­ra­tions qué­bé­coises et leurs rap­ports, et a ap­por­té un concours consi­dé­rable au groupe in­fluent Le Pont entre les gé­né­ra­tions.

Jacques Grand’Mai­son a été éga­le­ment di­rec­teur des col­lec­tions Hau­teur d’homme et Quel ? aux Édi­tions Le­méac. Il a col­la­bo­ré as­si­dû­ment aux quo­ti­diens La Presse et Le De­voir. Il a lui-même pu­blié une qua­ran­taine d’ou­vrages et col­la­bo­ré à une ving­taine d’autres. Une cen­taine d’ar­ticles, d’es­sais lit­té­raires et poé­tiques ont nour­ri la ré­flexion des Qué­bé­cois sur la so­cié­té, l’éco­no­mie et l’édu­ca­tion. On pense en par­ti­cu­lier à son ou­vrage «Quand le ju­ge­ment fout le camp» Es­sai sur la dé­cul­tu­ra- tion pa­ru en 1999.Un livre qui lui te­nant par­ti­cu­liè­re­ment à coeur.

Ici, on se sou­vien­dra de son im­pli­ca­tion pas­sion­née, alors qu’il est confron­té à la dure réa­li­té de Saint-Jé­rôme qui connaît une dif­fi­cile pé­riode de chô­mage. In­ter­pel­lé par la ré­volte des chô­meurs et des ou­vriers, Grand’Mai­son in­cite alors les élus à trou­ver, avec les ou­vriers, des so­lu­tions nou­velles pour re­dy­na­mi­ser le mi­lieu.

Jacques Grand’Mai­son n’a ces­sé de pro­po­ser une ré­flexion éclai­rée et un en­ga­ge­ment sen­sible aux en­jeux fon­da­men­taux de notre monde mo­derne.

Pour ter­mi­ner, on ne peut s’em­pê­cher de par­ta­ger une ci­ta­tion ti­rée de l’ou­vrage «Quand le ju­ge­ment fout le camp» : «Il y a une étroite re­la­tion entre une conscience molle, une pen­sée molle et une langue molle.»

Pho­to Fran­çoise Le Guen

Mon­sei­gneur Jacques Grand’Mai­son et le maire de Saint-Jé­rôme, M. Marc Gas­con. « J’es­père que cette cé­ré­mo­nie don­ne­ra le goût à nos jeunes de dé­cou­vrir son oeuvre, à nos in­tel­lec­tuels le goût de la re­dé­cou­vrir, et que nos chro­ni­queurs y pui­se­ront des élé­ments pour don­ner da­van­tage de pro­fon­deur à leurs textes », a dé­cla­ré M. Gas­con.

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