Re­fu­sés pour une faute com­mise il y a 18 ans

Le Nord - - ACTUALITÉS - Mathieu Ste-ma­rie

Une mère de fa­mille de quatre en­fants mène une charge contre le Centre jeu­nesse des Lau­ren­tides (CJL) qu’elle ac­cuse d’éta­blir des cri­tères de sé­lec­tion trop stricts.

My­riam Gin­gras, une édu­ca­trice de Saint- Jé­rôme, a ré­agi à notre re­por­tage pu­blié dans la der­nière édi­tion du jour­nal LE NORD qui rap­por­tait que le CJL était en pé­nu­rie de fa­milles d’ac­cueil.

Mme Gin­gras, qui dit qu'elle était prête à ac­cueillir deux en­fants si­non trois, ex­plique que sa de­mande pour de­ve­nir fa­mille d’ac­cueil a été re­fu­sée, en sep­tembre der­nier, puisque son conjoint, Be­noît Re­gim­bald, nous dit-elle, traîne un ca­sier ju­di­ciaire de­puis ses 18 ans: un ac­ci­dent de voi­ture alors qu’il condui­sait en état d’ébrié­té, il y a près de 20 ans.

Au dé­part, la fa­mille Gin­grasRé­gim­bald a es­suyé un re­fus tem­po­raire puisque, avance- t- on, le Centre jeu­nesse exi­geait la de­mande de par­don afin d’ef­fa­cer le ca­sier ju­di­ciaire.

Fâ­chée par cette dé­ci­sion, My­riam Gin­gras s’est tour­née vers le dé­pu­té de Saint- Jé­rôme Jacques Du­ches­neau pour faire contour­ner ce re­fus. « Pour la de­mande de par­don, nous de­vions dé­bour­ser 1 500 $, je de­vais res­ter à la mai­son entre huit et 18 mois ( le temps de re­ce­voir le par­don) et après le CJL ne m’as­su­rait pas que j’au­rais les en­fants. Ils n’ont pas vou­lu me le confir­mer», ex­plique-t-elle.

Ces dé­marches au­près d’un élu lui ont nui, croit-elle, puisque quelque temps plus tard, af­firme-t-elle, le CJL l’a in­for­mé que sa de­mande était re­fu­sée dé­fi­ni­ti­ve­ment. «Ils ne veulent pas que les gens se battent pour avoir les en­fants puisque le jour où ils vont les ren­voyer à leurs pa­rents, ils ne veulent pas que la fa­mille d’ac­cueil se batte pour les gar­der», croit Mme Gin­gras. Ré­si­gnée, elle a vou­lu en­ta­mer les dé­marches de par­don pour son conjoint, mais il était trop tard.

Cette der­nière trouve déplorable ce ver­dict d’au­tant plus qu’elle croyait que sa fa­mille avait toutes les qua­li­tés re­quises pour ac­cueillir des en­fants. « Il y en a qui se font mal­trai­ter et qui ne peuvent pas ve­nir chez nous à cause d’un bout de pa­pier», rage-t-elle.

Des cri­tères pré­cis

Au Centre jeu­nesse des Lau­ren­tides, on ex­plique que les lois sont mises en place par le gou­ver­ne­ment du Qué­bec, qu’elles sont les mêmes par­tout au Qué­bec et qu’elles doivent être ap­pli­quées. « Si un membre de la fa­mille d’ac­cueil a un ca­sier ju­di­ciaire, on ne les ac­cepte pas. Mal­heu­reu­se­ment pour cette fa­mille, c’est la loi » , dit Ju­lie Le­mieux- Cô­té, res­pon­sable des com­mu­ni­ca­tions du CJL.

Mme Le­mieux-Cô­té ne cache pas que les cri­tères de sé­lec­tion sont stricts. «. Les en­fants qui ar­rivent dans les fa­milles d’ac­cueil ont sou­vent de grosses ca­rences. Il faut donc que celles-ci aient le ba­gage né­ces­saire et ré­pondre à des cri­tères pré­cis», dit-elle.

Mme Le­mieux-Cô­té rap­porte tou­te­fois que des ar­ran­ge­ments peuvent être en­vi­sa­gés dans cer­tains cas.

Du temps per­du

My­riam Gin­gras conserve un sou­ve­nir amer de ses dé­marches au­près du CJL. En plus dit- elle, de perdre son temps, elle af­firme avoir per­du de l’ar­gent et la chance d’ai­der des en­fants en dif­fi­cul­té.

Du­rant quatre mois, elle a pas­sé par un pro­ces­sus ser­ré: soi­rée de ren­contre, soi­rée de sé­lec­tion, séance d’en­tre­vue où elle a dû ré­pondre no­tam­ment, avance-t-elle, à des ques­tions sur sa vie sexuelle. Vers la fin du pro­ces­sus, la fa­mille a dû se confor­mer à trois condi­tions. «Je de­vais ar­rê­ter de fu­mer, mon conjoint de­vait tra­vailler moins d’heures et ma fille de­vait ar­rê­ter de ve­nir nous voir dans notre lit lors­qu’elle fai­sait de mau­vais rêves » , ex­plique-t-elle.

Mal­gré les ef­forts de la fa­mille, le ca­sier ju­di­ciaire de son conjoint au­rait, semble-t-il, fait pen­cher la ba­lance en sa dé­fa­veur. «S’il avait vrai­ment l’in­ten­tion de re­fu­ser la de­mande de par­don, pour­quoi m’ont-ils fait perdre quatre mois?» s’in­ter­roge Mme Gin­gras.

La Jé­rô­mienne es­time que d’autres per­sonnes ont connu des si­tua­tions si­mi­laires. « Une de mes amies n’a pas pu de­ve­nir fa­mille d’ac­cueil puisque son conjoint a su­bi la vio­lence de son père lors­qu’il était jeune. Aux yeux du centre jeu­nesse, il est en­core vu comme une vic­time alors qu’il avait fait la paix avec son père des an­nées plus tard » , ra­conte-t-elle.

Six mois après ce re­fus, Mme Gin­gras, qui a re­com­men­cé à fu­mer, n’a tou­jours pas fait son deuil. « C’était un grand rêve d’ac­cueillir des en­fants, je vou­lais les ai­der», dit celle qui a dé­jà trois gar­çons et une fille.

En ter­mi­nant, l’édu­ca­trice re­marque que sa si­tua­tion baigne dans l’ab­surde. «Je peux avoir une gar­de­rie chez nous, mais je n’ai pas le droit d’être une fa­mille d’ac­cueil».

Mathieu Ste-ma­rie

La de­mande de My­riam Gin­gras pour de­ve­nir fa­mille d’ac­cueil a été re­fu­sée par le Centre jeu­nesse des Lau­ren­tides, en sep­tembre 2012.

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