Quatre heures pour convaincre

Le Nord - - LA UNE - Fran­çoise Le Guen

La Ville de Saint-Jé­rôme n’avait pas fait les choses à moi­tié. Du cô­té de la Ville, un pa­nel des di­rec­teurs. Du cô­té des ci­toyens, quelque 300 per­sonnes s’étaient dé­pla­cées à cette ren­contre d’in­for­ma­tion sur pro­jet du pro­lon­ge­ment du bou­le­vard du RoiC­harles, mar­di der­nier. L’en­jeu, la taxe spéciale pour les in­fra­struc­tures du pro­lon­ge­ment bou­le­vard du Roi-Charles.

La ten­sion était pal­pable dans la salle, ten­sion liée à l’in­quié­tude et la co­lère des ci­toyens pré­sents. Des ci­toyens qui veulent un vrai dé­bat, agir pa­ci­fi­que­ment et sur des as­sises lé­gales. Ten­sion du cô­té des re­pré­sen­tants de la Ville et forte pré­sence po­li­cière.

Convaincre de la per­ti­nence du pro­jet

D’en­trée de jeu, la mai­resse sup­pléante Re­née Ar­se­nault an­non­çait la cou­leur : « Nous sommes convain­cus du cô­té de la ville que c’est un bon pro­jet et qu’il est né­ces­saire. »

Le pro­jet ? Un dé­ve­lop­pe­ment ré­si­den­tiel dans le sec­teur Bel­lefeuille d’une soixan­taine de mai­sons, dont 50 le long du bou­le­vard Roi-Charles, qui né­ces­site son pro­lon­ge­ment.

Le cri du coeur des ci­toyens était una­nime : ils n’ac­ceptent pas ni ne com­prennent pour­quoi ils vont de­voir as­su­mer une taxe spéciale pour épon­ger le coût, de près de 2 700 000 $, que la Ville va dé­frayer pour les in­fra­struc­tures du dé­ve­lop­pe­ment du pro­jet do­mi­ci­liaire des Sen­tiers du Roi (ré­si­dants plus ceux du bas­sin élar­gi de taxa­tion).

Une pé­ti­tion de­man­dant l’abo­li­tion ce cette taxe spéciale et l’ar­rêt des tra­vaux avait d’ailleurs été dé­po­sée lors du der­nier conseil mu­ni­ci­pal.

La Ville in­forme

Du cô­té de la Ville, ce soir-là, il s’agis­sait d’in­for­mer. Du cô­té des ci­toyens, il s’agis­sait de se faire en­tendre, de faire com­prendre que cette taxe était in­ac­cep­table pour eux. D’au­tant que bien des ré­si­dants du coin n’ont pas de gros re­ve­nus. Un dia­logue de sourds qui a du­ré quatre heures. Et quatre heures plus tard, pas grand-chose n’avait bou­gé. « Pour­quoi payer pour des in­fra­struc­tures dans un quar­tier qui n’est pas le nôtre d’au­tant que les routes que nous em­prun­tons ne sont pas car­ros­sables. Nous n’al­lons pas non plus pou­voir vendre nos mai­sons à cause de cette taxe, pour­quoi ne pas avoir fait de ren­contre avant ? » fai­saient par­tie des ques­tion­ne­ments.

« On a per­mis aux gens de s’ex­pri­mer »

« On a in­for­mé et per­mis aux gens de s’ex­pri­mer, » nous dit le len­de­main, Louis Pa­rent, di­rec­teur des com­mu­ni­ca­tions.

Il nous a par ailleurs été per­mis d’ap­prendre que la pré­sence po­li­cière ren­for­cée fai­sait suite à des me­naces en­ten­dues par le per­son­nel, du van­da­lisme à l’en­droit de la pan­carte du pro­mo­teur et du com­merce de l’an­cien conseiller mu­ni­ci­pal, Mi­chel Des­Chênes, qui avait ma­ni­fes­té être fa­vo­rable au pro­jet.

« Un manque fla­grant de dé­mo­cra­tie »

Pour Be­noît Che­vrier, le porte-pa­role du Co­mi­té des Ci­toyens du Do­maine Ray­mond (CCDLR), cette soi­rée té­moigne d’un manque fla­grant de dé­mo­cra­tie.

« Le pro­mo­teur a tous les per­mis re­quis, il peut com­men­cer, nous dit d’un ton amer le porte-pa­role. Il y a beau­coup de res­sen­ti­ment. »

« On ne connait pas la po­si­tion de cha­cun des conseillers. On a en­core des ques­tions à po­ser au pro­chain conseil mu­ni­ci­pal, » lance Be­noît Che­vrier.

Le Co­mi­té des Ci­toyens rap­pelle que cette sur­taxe a été dé­cré­tée par la Ville à un bas­sin élar­gi de taxa­tion qui compte 508 pro­prié­tés, pro­prié­tés qui as­su­me­ront 55 % du coût de l’em­prunt. Et rap­pelle que, dans ce bas­sin élar­gi de taxa­tion, 589 per­sonnes ont si­gné la pé­ti­tion sur en­vi­ron 600 per­sonnes. « Si ra­re­ment un pro­jet fait l’una­ni­mi­té, en­core plus ra­re­ment voit-on 98,3 % des « bé­né­fi­ciaires » s’y op­po­ser alors que de toute évi­dence, nous ne sommes en au­cun cas, bé­né­fi­ciaires du pro­jet. »

Une plainte a été of­fi­ciel­le­ment dé­po­sée au­près du MAMROT le 30 avril 2013.

Pho­to Fran­çoise le Guen

Lors de la ren­contre d’in­for­ma­tion du mar­di 30 avril concer­nant le pro­jet du pro­lon­ge­ment du bou­le­vard du Roi-Charles.

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