Les étu­diants de Laval s’en­dettent deux fois plus qu’ailleurs au Qué­bec

Prêts du gou­ver­ne­ment

Le Nord - - ACTUALITÉS - Marc-An­dré Pelletier

Les étu­diants au cé­gep et à l’uni­ver­si­té au Qué­bec ont em­prun­té en un an plus de 481M$ du gou­ver­ne­ment et ont ob­te­nu près du double en bourse, ré­vèlent les plus ré­centes don­nées du mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion du Loi­sir et du Sport (MELS) ob­te­nues par TC Me­dia. Alors que le prêt oc­troyé par étu­diant a at­teint en moyenne 2815$ en 2010 au Qué­bec, il frise le double dans cer­taines ré­gions.

C’est à Laval que les étu­diants fré­quen­tant les éta­blis­se­ments post­se­con­daires se sont vus oc­troyer, toutes pro­por­tions gar­dées, les plus im­por­tantes sommes de l’État qué­bé­cois en 2010, soit la plus ré­cente an­née pour la­quelle le MELS dé­tient des don­nées. En moyenne, c’est 5 271,16$ qui ont été oc­troyés en prêts pour cha­cun des 1973 étu­diants de la ré­gion de Laval ayant re­çu l’aide de l’État, soit 1,87 fois plus qu’ailleurs au Qué­bec.

Mon­tréal ar­rive deuxième avec un prêt par étu­diant em­prun­teur de 3528$. La ré­gion de la Ca­pi­tale na­tio­nale suit avec 3 335$, de­vant la Mau­ri­cie (3 265$). Au to­tal, le gou­ver­ne­ment ga­ran­tis­sait en 2009-2010 pour quelque 3,4G$ pour l’en­semble des prêts étu­diants.

À l’in­verse de Laval, le Nord-du-Qué­bec (qui ne compte tou­te­fois que 61 em­prun­teurs) est la ré­gion où les étu­diants em­prun­teurs ont ob­te­nu le moins en prêts pour leurs études, avec une moyenne de 1 639,34$. La ré­gion de La­nau­dière suit avec 1 906,31$ par étu­diant.

«On veut ai­der ces gens-là, car ils se­ront la so­cié­té de de­main. Les re­ve­nus fa­mi­liaux sont moindres et il faut éva­luer les be­soins réels des étu­diants. C’est pour­quoi il y a eu quand même quelques ré­formes après le Som­met sur l’en­sei­gne­ment su­pé­rieur. Comme l’aide sup­plé­men­taire aux fa­milles. Avant, le pla­fond (don­nant droit à l’aide fi­nan­cière) ar­rê­tait à 28 000$ de re­ve­nu fa­mi­lial et main­te­nant, c’est 35 000$ et ce se­ra 45 000$ en 2015-2016», fait va­loir le mi­nistre de l’En­sei­gne­ment su­pé­rieur, de la Re­cherche et des Tech­no­lo­gies, Pierre Duchesne.

Nan­cy Scott, responsable des pro­grammes jeu­nesse chez Des­jar­dins est d’avis que l’un des fac­teurs qui ex­plique que les prêts consen­tis aux étu­diants des ré­gions sont plus éle­vés est le fait que ceux-ci doivent dé­pen­ser da­van­tage pour les frais connexes aux études. «Les étu­diants des ré­gions ren­contrent des dé­penses ad­di­tion­nelles, comme de lo­ge­ment ou de dé­pla­ce­ment puisque sou­vent, ils n’étu­dient pas dans leur ré­gion d’ap­par­te­nance», ex­plique

Les faillites ex­plosent

Les prêts étu­diants et autres dettes contrac­tées au­près d’ins­ti­tu­tions fi­nan­cières ou cartes de cré­dit fi­nissent par pe­ser lourd sur le bud­get et sont par­fois… fa­tals. Se­lon le MELS, le nombre de faillites chez les étu­diants em­prun­teurs au­près de l’État est pas­sé de 1241 à 1863 entre 20062007 et 2009-2010, soit une hausse de 50%.

À no­ter que le dé­lai après le­quel les étu­diants peuvent être li­bé­rés de leurs créances concer­nant les prêts est pas­sé, en 2010, de dix à sept ans, ce qui a pos­si­ble­ment contri­bué à faire aug­men­ter le nombre de faillites.

«L’en­det­te­ment di­mi­nue de­puis 2007. Les étu­diants qué­bé­cois sont beau­coup moins en­det­tés que leurs col­lègues du Ca­na­da an­glais ou que les Amé­ri­cains. Ils rem­boursent à 90% leurs em­prunts. Les faillites de­meurent quand même très rares. On a bo­ni­fié l’aide fi­nan­cière aux études et ce se­ra la pre­mière fois dans l’his­toire que le vo­lume de bourses se­ra su­pé­rieur au vo­lume de prêts. De cette fa­çon, on contri­bue à l’en­ri­chis­se­ment col­lec­tif», rap­porte le mi­nistre Duchesne.

De son cô­té, Fa­bien Ma­jor, ex­pert en fi­nances per­son­nelles, s’étonne de voir un aus­si haut taux de faillites.

«C’est in­quié­tant et très dé­ce­vant. Ça part mal dans la vie quand tu com­mences comme ça. En même temps, de nos jours, le cré­dit est tel­le­ment fa­cile à ob­te­nir. C’est pour­quoi il est plus im­por­tant que ja­mais de créer des bases pour l’édu­ca­tion au bud­get, car il ne faut pas ou­blier que faire faillite, ça hy­po­thèque l’ave­nir pen­dant en­vi­ron 10 ans. Ça m’in­quiète, car on manque énor­mé­ment d’édu­ca­tion fi­nan­cière. On fonce sans sa­voir où ça va nous me­ner. Sur­tout que les taux d’in­té­rêt ne fe­ront que mon­ter dans les pro­chaines an­nées.» Pas d’in­quié­tude à l’ho­ri­zon L’en­det­te­ment étu­diant n’est pas un phé­no­mène pré­oc­cu­pant, tant qu’il fi­gure au centre d’une pla­ni­fi­ca­tion bud­gé­taire bien or­don­née, es­timent deux spé­cia­listes des prêts étu­diants.

«L’im­por­tant, ex­plique Nan­cy Scott, responsable des pro­grammes jeu­nesse chez Des­jar­dins, c’est d’être en mode pré­ven­tion pour pré­ve­nir le sur­en­det­te­ment et évi­ter une trop grande dif­fé­rence entre les dé­penses et les re­ve­nus. Ce que l’on vise en amont, c’est une édu­ca­tion fi­nan­cière ap­pro­priée. On veut une as­si­dui­té d’épargne et c’est pour ça que l’ac­com­pa­gne­ment est im­por­tant. C’est im­por­tant de pré­ve­nir une consom­ma­tion ex­ces­sive chez les jeunes», ex­plique-t-elle.

Même son de cloche du cô­té de Melissa Jar­man, di­rec­trice gé­né­rale, ser­vices ban­caires aux étu­diants, chez RBC. «Bon nombre d’étu­diants de ni­veau post­se­con­daire sont res­pon­sables pour la pre­mière fois de la ges­tion de leurs dé­penses, fait-elle va­loir. S’ils éta­blissent un bud­get et ont la vo­lon­té d’ap­prendre à bien le gé­rer, ils éta­bli­ront des bases so­lides qui pour­raient avoir une in­ci­dence consi­dé­rable sur leur ave­nir financier. L’ac­qui­si­tion de bonnes ha­bi­tudes de ges­tion fi­nan­cière de­vrait être tout aus­si im­por­tante que l’ac­qui­si­tion de bonnes ha­bi­tudes d’études.»

Les bourses

En 2010, près de 900M$ en bourses ont été ac­cor­dés aux étu­diants des éta­blis­se­ments post­se­con­daires au Qué­bec. Les étu­diants de la ré­gion de Mon­tréal ont été les plus choyés de l’État à ce cha­pitre. Les étu­diants mon­tréa­lais ont re­çu 4 707,62$ alors que la moyenne s’est éta­blie à 3 825,85$ pour l’en­semble du Qué­bec. L’Es­trie suit avec 4217$ de bourses moyennes de­vant Laval à 4192$. Le Nord-du-Qué­bec s’est aus­si dis­tin­gué au cha­pitre des bourses avec une moyenne de 2 857$ consen­tis par em­prun­teur, soit la plus faible moyenne en pro­vince.

L’après-études

Au terme de ses études, l’étu­diant qué­bé­cois au­ra contrac­té une dette moyenne de 12 875$. En tra­vaillant pen­dant ses études, à rai­son de quelques heures par se­maine ou pen­dant la pé­riode es­ti­vale, l’étu­diant peut s’en sor­tir sans y al­ler d’un autre em­prunt, par exemple au­près d’une ins­ti­tu­tion fi­nan­cière.

«Outre ceux qui em­pruntent au­près du gou­ver­ne­ment, c’est une mi­no­ri­té d’étu­diants qui em­pruntent au­près d’une ins­ti­tu­tion fi­nan­cière pen­dant leurs études. C’est dû à des pra­tiques de saine ges­tion de cré­dit que nous avons réus­si à leur in­cul­quer ou qu’ils ont dé­ve­lop­pé», ex­plique Nan­cy Scott de Des­jar­dins.

«Quand les étu­diants em­pruntent, ils vont sur­tout faire une de­mande de marge de cré­dit ou de carte de cré­dit. Gé­né­ra­le­ment, la li­mite moyenne pour une carte de cré­dit étu­diante est de 300$. Ils ne pro­fitent pas de li­mites ex­ces­sives, ce qui fait que les faillites sont rares. C’est même une in­fime mi­no­ri­té», ajoute notre ex­perte.

Se­lon Melissa Jar­man, «le taux d’em­ploi s’ac­croît avec le ni­veau d’études. Étant don­né qu’un cer­ti­fi­cat, un di­plôme ou un grade uni­ver­si­taire aug­mente de plus de 45 % vos chances d’ob­te­nir un em­ploi, peu im­porte le che­min que vous em­prun­tez, l’en­sei­gne­ment post­se­con­daire est sans contre­dit l’un des meilleurs moyens d’as­su­rer votre ave­nir».

La Confé­rence des rec­teurs et des prin­ci­paux des uni­ver­si­tés du Qué­bec ain­si que la Fé­dé­ra­tion des cé­geps du Qué­bec n’ont pas sou­hai­té com­men­ter les ré­sul­tats de ce re­por­tage.

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