Un deuxième ro­man pour Do­ma

Aa­naa : dans la brume des temps

Le Nord - - DIVERTISSEMENT ET SPECTACLES - Fran­çoise Le Guen

Après «Je vou­lais rê­ver à l’ombre des mos­quées» Do­ma pu­blie Aa­naa : dans la brume des temps, un ré­cit cam­pé en grande par­tie dans le Grand Nord.

Le lec­teur vi­vra le pé­riple de Line à la recherche de sa grand-mère An­na. Un ré­cit à sa­veur cha­ma­nique avec pour thème l’amour in­croyable qui unit et réuni­ra la pe­tite fille et sa grand-mère.

Un pé­riple à tra­vers les océans, de la Gua­de­loupe au Qué­bec jus­qu’au Groen­land. Les deux femmes sillon­ne­ront des che­mins dé­con­cer­tants, ren­con­tre­ront des es­prits, chan­ge­ront d’ap­pa­rence, sui­vront les Inuit d’hier à au­jourd’hui, jus­qu’à ce que le des­tin les fasse se re­trou­ver et qu’An­na de­vienne Aa­naa…

Une quête

Do­ma, l’au­teure, nous confie qu’une bonne par­tie de ce livre s’ins­pire de sa vie, en par­ti­cu­lier l’aven­ture au Groen­land pour re­trou­ver cet oiseau mi­gra­teur, cette Oie blanche qui est au coeur du ro­man. Et ce­la fai­sait des an­nées que Do­ma vou­lait écrire sur sa grand-mère, qui l’a prin­ci­pa­le­ment éle­vé. « J’ai l’im­pres­sion que ma grand-mère, qui est morte il y a une tren­taine d’an­nées, est tou­jours là, quelque part. Les ma­ni­fes­ta­tions que je ra­conte dans le livre, je les ai réel­le­ment eus et pour­tant je suis quel­qu’un de très car­té­sien! » Le pre­mier voyage au Groen­land, elle l’a fait il y a deux ans. Elle y est aus­si re­tour­née l’an­née der­nière.

« J’ai fait deux ex­pé­di­tions dans l’Ex­trême-Nord du Groen­land pour me sen­tir à même d’en par­ler. J’ai eu la grande chance de faire la pre­mière ex­pé­di­tion, il y a deux ans, avec des scien­ti­fiques qui al­laient inau­gu­rer un ins­ti­tut po­laire. Et j’ai eu la chance de pou­voir par­ler avec beau­coup de per­sonnes, beau­coup d’Inuits, » nous ex­plique Do­ma en confiant qu’au-de­là des pay­sages, ses ex­pé­di­tions furent tein­tées de ren­contres hu­maines et en­ri­chis­santes.

Pour l’au­teure, c’était comme une es­pèce d’ur­gence, il fal­lait qu’elle aille au Groen­land, un en­droit in­con­tour­nable. « Dans cet en­droit que je ne connais­sais pas du tout. »

Lorsque Do­ma s’en­vole pour le Groen­land, elle a dé­jà com­men­cé à écrire le ro­man « mais la construc­tion de tout ce qui se passe au Groen­land s’est faite pen­dant cette ex­pé­di­tion, au fur et à me­sure que je ra­conte des évè­ne­ments qui se sont pas­sés là-bas. J’ai construit la deuxième par­tie de mon livre en fonc­tion des émo­tions res­sen­ties là-bas. »

Deux mondes

« On ne peut pas al­ler dans ces contrées-là et ne pas être tou­ché par les pay­sages, par la force qui se dé­gage, par la force des gens qui y ha­bitent, et, en même temps, par leur pas­sé, ob­serve Do­ma. C’est in­con­tour­nable, tout ce qui ar­rive main­te­nant vient de la ma­nière dont s’est pas­sée leur “évo­lu­tion « et de leur confron­ta­tion avec notre monde mo­derne.» Dans le ré­cit, elle nous pro­mè­ne­ra du monde vi­sible au monde in­vi­sible, une in­cur­sion dans le monde des es­prits, du cha­ma­nisme du Grand Nord. Do­ma nous ex­plique par ailleurs qu’elle n’était pas for­cé­ment in­té­res­sée par le cha­ma­nisme au dé­part.

« C’est quand je suis ar­ri­vée là-bas et que j’ai été tel­le­ment tou­ché par la force qui se dé­ga­geait des gens et des mon­tagnes, des ré­gions, que j’ai vrai­ment res­sen­ti cette es­pèce de condi­tion­ne­ment qu’on a face à la na­ture. Elle est im­pla­cable. Là-bas on a vrai­ment la convic­tion qu’il y a des es­prits qui di­rigent et je com­prends par­fai­te­ment ces gens qui ont vé­cu si long­temps en ne pen­sant qu’à ça, et qui, au-de­là de ce qu’on leur a im­po­sé comme re­li­gion, gardent en­core main­te­nant une forme de gra­ti­tude en­vers la na­ture et res­sentent de lui de­voir quelque chose quand elle donne à man­ger. »

Le mi­roir de ce qui nous at­tend

Le ro­man est en­tre­cou­pé de faits his­to­riques et de conscien­ti­sa­tion sur la réa­li­té du Grand Nord. « Je ne sais pas si on peut par­ler de vi­rus po­laire nous dit Do­ma avec une pointe d’hu­mour, mais j’ai be­soin d’en par­ler. Tout le monde est très conscient des pro­blèmes cli­ma­tiques qu’il peut y avoir. Le but était d’en par­ler pour faire com­prendre aux gens que, peu im­porte où on ha­bite, peu im­porte com­ment on vit, ça a une in­fluence sur des gens qui ne sont de toute fa­çon qu’un mi­roir de ce qui nous at­tend. »

Do­ma se sent avant tout pri­vi­lé­giée. « De pou­voir par­ler avec les gens, par­ler de leurs pro­blèmes et des so­lu­tions qu’ils mettent en place pour es­sayer de les ré­soudre, c’est un grand avan­tage que tout le monde n’a pas.»

Elle nous par­tage avec émo­tion ce sentiment fort, cette sorte d’ivresse qu’elle a res­sen­tie dans le Nord en ar­ri­vant dans la glace... « On prend conscience de la mort ou de la vie, ça n’a plus d’im­por­tance, c’est un vé­ri­table ap­pel pour al­ler plus loin, un be­soin, un mo­ment pré­sent. Ça n’a rien à voir avec ce que l’on a connu! Et ce que j’ai res­sen­ti dans le Nord est un rap­pel avec le dé­sert du Sa­ha­ra, de la na­ture qui va dé­ci­der de votre vie ou de votre mort. »

Do­ma sou­haite par­ta­ger beau­coup de choses avec les lec­teurs, au­tant les pro­blèmes d’en­vi­ron­ne­ment que l’ap­proche de cette po­pu­la­tion au Ca­na­da et au Qué­bec, la confron­ta­tion avec les au­toch­tones, du com­ment ça se passe au pré­sent par exemple pour les Groen­lan­dais qui as­pire à l’au­to­no­mie.

En at­ten­dant, Do­ma nous confie que son der­nier livre lui tient par­ti­cu­liè­re­ment à coeur « J’y parle de mon en­fance. Je l’ai tel­le­ment construit avec ce qui m’in­té­res­sait, les oies, par exemple, sont une pas­sion pour moi ! »

Les pho­tos et dessins sont de Do­ma qui est aus­si une ar­tiste plas­ti­cienne.

Aa­naa : dans la brume des temps - Do­ma – Edi­tion L’Har­mat­tan - ISBN : 978-2-343-01080-9 : 273 pages

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