L’église Sainte-Mar­celle : un mo­dèle de re­cy­clage

Le Nord - - ACTUALITÉS - Fran­çoise Le Guen

S’il est un mo­dèle de chan­ge­ment de vo­ca­tion d’église, celle de l’église Sainte-Mar­celle en est un. 10 ans plus tard, le Mé­ri­dien 74 rayonne sur le quar­tier et donne à la po­pu­la­tion la pos­si­bi­li­té d’avoir un lieu de ren­contres qui lui per­met, entre autres, de dé­ve­lop­per un sentiment d’ap­par­te­nance

Ac­tuel­le­ment, une tren­taine d’or­ga­nismes co­ha­bitent dans l’église, re­nom­mée le Mé­ri­dien 74. Plus de mille cinq cents per­sonnes viennent chaque semaine y cher­cher des ser­vices. Une dy­na­mique de so­li­da­ri­té so­ciale et cultu­relle s’est ain­si en­ra­ci­née au fil des ans et s’élar­git vers un par­te­na­riat de plus en plus di­ver­si­fié.

L’his­toire

Au prin­temps 2003, le conseil de fa­brique de la paroisse Sainte-Mar­celle dé­cide de pro­cé­der à la fermeture de l’église. Des frais ma­jeurs de ré­no­va­tion et une in­ca­pa­ci­té à sou­te­nir l’en­tre­tien et le chauf­fage des lieux en ont été les fac­teurs dé­ci­sifs. La Fon­da­tion Cla­ra Bou­geois s’offre alors pour prendre la re­lève et pour­suivre les oeuvres de cha­ri­té. Après avoir si­gné un bail le pre­mier juillet 2003, c’est en fé­vrier 2004 que l’or­ga­nisme le Mé­ri­dien 74 en de­vient le pro­prié­taire. Le cler­gé cède la bâ­tisse pour 1 $. « On ne vou­lait pas en faire un lieu avec une conno­ta­tion re­li­gieuse, on a des per­sonnes qui viennent ici de dif­fé­rentes al­lé­geances et, pour nous, c’était im­por­tant de trou­ver un nom plus neutre. Et à Saint-Jé­rôme on est sur le mé­ri­dien 74! » nous ex­plique Line Cha­loux, di­rec­trice du Cof­fret, re­la­tant l’his­toire de l’aven­ture du Mé­ri­dien 74. L’église de­vient donc un centre com­mu­nau­taire, et d’ailleurs, « s’est comme ça qu’on réus­sit à faire vivre cette grosse bâ­tisse. Un or­ga­nisme seul n’y ar­ri­ve­rait pas », nous dit Line Cha­loux. Il y en­core des messes dans l’église, « cinq groupes re­li­gieux font par­tie de « nos co­locs ». Les messes n’ont ja­mais ces­sé le di­manche ma­tin en ce qui concerne l’Église ca­tho­lique tra­di­tion­nelle. Elles ont lieu dans la nef. Le di­manche ma­tin éga­le­ment, une cé­ré­mo­nie avec des pro­tes­tants se dé­roule dans la salle com­mu­nau­taire au sous-sol et, dans l’après­mi­di, deux autres cé­ré­mo­nies ont lieu avec des évan­gé­listes et des bap­tistes. En­fin, le ven­dre­di ma­tin, il y a une cé­lé­bra­tion dans la cha­pelle avec les ado­ra­teurs.

Un casse-tête : la ges­tion de la bâ­tisse

Une réa­li­té ce­pen­dant, la ges­tion de la bâ­tisse est lourde. « Pour sur­vivre, il faut être plu­sieurs; juste le chauf­fage, c’est 25 000 $. C’est la plus grosse dé­pense avec l’en­tre­tien et la ré­no­va­tion. Il a fal­lu re­faire les égouts l’an pas­sé, re­faire le toit à notre ar­ri­vée. On est à re­faire le clocher. Il a aus­si fal­lu re­faire les salles de bain. Il faut re­faire le sys­tème de chauf­fage, re­faire les fe­nêtres dans la nef. » La moi­tié du toit, cô­té sud, a été au coût de 35 000 $. «Il fau­dra éven­tuel­le­ment qu’on re­fasse le cô­té nord.» Heu­reu­se­ment, une des forces de l’or­ga­nisme com­mu­nau­taire est l’ac­cès à des sub­ven­tions sa­la­riales, donc à de la main-d’oeuvre. « Ce qui nous aide le plus est qu’on re­çoit des per­sonnes en ré­in­ser­tion so­ciale qui ont une ex­per­tise. On est alors ca­pable de prendre cette main d’oeuvre et d’en­tre­te­nir les lieux, de ré­pa­rer,» men­tionne Line Cha­loux. Le Mé­ri­dien 74 a éga­le­ment eu de l’aide grâce a des sub­ven­tions du CLD. Mais, en réa­li­té, le Mé­ri­dien 74 est en­core à la recherche de fi­nan­ce­ment.

Un ser­vice es­sen­tiel

« On pour­rait tou­jours s’adres­ser à Pa­tri­moine Ca­na­da, mais on sait qu’il n’y au­ra pas d’ar­gent. Saint-Jé­rôme a dé­ci­dé qu’on était un pa­tri­moine de la ville, mais on n’est pas un pa­tri­moine re­con­nu par Pa­tri­moine Ca­na­da. On est entre deux eaux», nous confie Line Cha­loux. Mais sur­tout, « on vou­drait éta­blir, au-de­là d’être un pa­tri­moine bâ­ti, le fait d’être un pa­tri­moine com­mu­nau­taire. On a 1 500 per­sonnes par semaine qui viennent cher­cher des ser­vices. On est un ser­vice es­sen­tiel et c’est dans cette dé­marche-là qu’on veut dé­mon­trer qu’on a be­soin du sup­port de la com­mu­nau­té pour main­te­nir les ser­vices.» Le Mé­ri­dien 74 abrite ef­fec­ti­ve­ment de nom­breux or­ga­nismes entre autres les Serres de Cla­ra et le Cof­fret (aide aux nou­veaux ar­ri­vants), et le comp­toir ali­men­taire du quar­tier Sainte-Mar­celle, un quar­tier dé­fa­vo­ri­sé. « Dans le quar­tier, il y une pau­vre­té ex­trême. On est né­ces­saire pour l’équi­libre so­cial !» Line Cha­loux nous parle éga­le­ment d’im­pact d’ordre cultu­rel, « pour dé­ve­lop­per une culture de paix une culture de co­opé­ra­tion. » Se­lon elle, toutes les églises de­vraient être re­cy­clées en centres com­mu­nau­taires. Un re­tour à l’ori­gine lorsque, pen­dant la co­lo­ni­sa­tion, les églises « étaient une ga­ran­tie d’éta­blir dans chaque vil­lage un lieu d’ap­par­te­nance, de rayon­ne­ment et de sou­tien !»

Le dé­fi

«Dans un pre­mier temps, notre dé­fi est fi­nan­cier. Ce qu’on ai­me­rait, c’est que la Ville puisse nous sou­te­nir dans l’en­tre­tien et la ré­pa­ra­tion de la bâ­tisse et même jusque dans l’offre de ser­vices. Et il faut s’oc­cu­per de tous les quar­tiers, la pau­vre­té est par­tout », ajoute-t-elle. (VOIR DOS­SIER PAGES 12 ET 13)

Photo Fran­çoise le Guen

Line Cha­loux, fon­da­trice de la Fon­da­tion Cla­ra-Bour­geois, di­rec­trice gé­né­rale de l’or­ga­nisme le COF­FRET, nous parle du Mé­ri­dien 74.

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