«On se­rait le pre­mier pays au monde à abo­lir le ser­vice postal » - Ch­ris­tian Mar­tel

Plan d’ac­tion de Postes Ca­na­da

Le Nord - - ACTUALITÉS - Fran­çoise Le Guen

Se­lon Ch­ris­tian Mar­tel, di­rec­teur na­tio­nal (Qué­bec) du Syn­di­cat des tra­vailleurs et tra­vailleuses des postes ( STTP), si Poste Ca­na­da met son pro­jet ( Plan d’ac­tion) à exé­cu­tion, à Saint-Jé­rôme, 35 fac­teurs sur une soixan­taine pour­raient perdre leur em­ploi « des per­sonnes qui font rou­ler l’éco­no­mie».

« Pour le mo­ment nous fai­sons des pres­sions au­près de nos al­liés po­li­tiques, com­mu­nau­taires, au­près des mu­ni­ci­pa­li­tés, il y a aus­si une cam­pagne de sen­si­bi­li­sa­tion qui se fait au­près de la po­pu­la­tion au su­jet de la dé­ci­sion in­sen­sée de Postes Ca­na­da, » dé­plore-t-il.

Le Syn­di­cat des tra­vailleurs et tra­vailleuses des postes se dit en ef­fet ex­trê­me­ment pré­oc­cu­pé par ce qu’il ap­pelle une « dé­ci­sion ir­ré­flé­chie », celle de Postes Ca­na­da de mettre fin à la li­vrai­son du cour­rier à do­mi­cile et d’aug­men­ter consi­dé­ra­ble­ment le prix des timbres.

Un tol­lé de pro­tes­ta­tions

« Il y a un tol­lé de pro­tes­ta­tions, les gens ne se lais­se­ront pas faire. C’est ser­vice et un droit ac­quis que les gens ont de­puis 100 ans, 150 ans dans cer­tains en­droits, pour­quoi on abo­li­rait ce ser­vice-là ? » s’in­ter­roge M. Mar­tel. « C’est in­sen­sé. On va être le pre­mier pays au monde à abo­lir le ser­vice postal. Ça n’a ja­mais été fait ailleurs! »

« Nous, au ni­veau syn­di­cal, on a des pro­jets qu’on a sou­mis à Postes Ca­na­da, mais ce n’est ja­mais bon. Quand Postes Ca­na­da a an­non­cé ça, on n’était même pas avi­sé au ni­veau du syn­di­cat. D’au­tant que, la semaine d’avant, on a ren­con­tré la haute di­rec­tion à Ottawa et, en au­cun cas, ils nous ont par­lé qu’ils al­laient abo­lir la li­vrai­son aux portes des fac­teurs. La moindre des choses au­rait été d’en par­ler avec le syn­di­cat » , dé­plore-t-il.

« On a eu des cen­taines de té­lé­phones dans les bu­reaux des sec­tions lo­cales. Les gens pa­ni­quaient. Ils an­noncent, avant Noël, qu’ils vont cou­per 6 à 8 000 em­plois. Et c’est sous-es­ti­mé, se­lon moi, ça va être plus que ça. C’est énorme, peut- être 9 000 ou 10 000, » laisse tom­ber M. Mar­tel.

M. Mar­tel se ques­tionne éga­le­ment sur les chiffres qu’an­nonce la so­cié­té d’État quant au nombre de per­sonnes qui doivent prendre leur re­traite d’ici cinq ans : « Quand Postes Ca­na­da dit que va être fait par at­tri­tion, je pense que ce n’est pas vrai. On a vé­ri­fié nos listes et ce n’est pas vrai qu’il y en a au­tant qui sont prêts à prendre leur re­traite. Un gros maxi­mum de 2 000 per­sonnes va prendre leur re­traite d’ici cinq ans » , pense-t-il.

« On ne le ca­che­ra pas, Postes Ca­na­da est ren­table, mais mal ad­mi­nis­trée, ce n’est pas des avant- gar­distes. On a des idées qu’on leur a pro­po­sées. Par exemple, on leur a pro­po­sé des ser­vices ban­caires, on a des bu­reaux de poste dans toutes les pe­tites mu­ni­ci­pa­li­tés. Ça se fait ailleurs. Mais ils ont dit non! »

« Postes Ca­na­da est ren­table »

Ch­ris­tian Mar­tel sou­ligne éga­le­ment que la dis­tri­bu­tion des co­lis est ren­table « avec les com­mandes par l’Internet, il se livre ac­tuel­le­ment 1 mil­lion et de­mi de co­lis par jour au Qué­bec, c’est énorme. On a des in­fra­struc­tures dans tout le Ca­na­da, dans les ré­gions éloi­gnées, et plu­sieurs com­pa­gnies de trans­port se servent de Postes Ca­na­da pour la li­vrai­son. »

Il rap­pelle que la mi­nistre des Trans­ports Li­sa Raitt, du­rant la grève des postes et le lock-out de juin 2011, avait im­po­sé une loi spé­ciale, ar­guant que le ser­vice postal était es­sen­tiel à l’éco­no­mie du pays « et c’est pour ce­la que les dé­pu­tés avaient vo­té le re­tour au tra­vail. Le dis­cours n’est plus le même, 1 ans et de­mi plus tard! »

Le 11 dé­cembre der­nier, en ré­ac­tion au plan d’ac­tion en cinq points de Postes Ca­na­da, Li­sa Raitt, dé­cla­rait : « Dans le monde nu­mé­rique d’au­jourd’hui, les Ca­na­diens en­voient beau­coup moins de cour­rier qu’au­pa­ra­vant. Se­lon Postes Ca­na­da, un foyer ca­na­dien moyen achète en­vi­ron une à deux dou­zaines de timbres par an. Étant don­né la faible de­mande, le vo­lume de cour­rier a chu­té d’en­vi­ron 25 pour cent par adresse de­puis 2008, et il conti­nue de bais­ser. [...] Le gou­ver­ne­ment du Ca­na­da ap­puie Postes Ca­na­da dans ses ef­forts pour rem­plir son man­dat d’as­su­rer son au­to­no­mie fi­nan­cière afin de pro­té­ger les contri­buables, tout en mo­der­ni­sant ses ac­ti­vi­tés et en adap­tant les ser­vices pos­taux aux choix des Ca­na­diens. »

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