La rup­ture amou­reuse, un important dé­clen­cheur de vio­lence conju­gale

Une cher­cheuse de l’UQTR rap­pelle que d’al­ler cher­cher de l’aide est un geste de cou­rage

Le Nouvelliste - - ACTUALITÉS - GABRIEL DELISLE

TROIS- RIVIÈRES — Une per­sonne vi­vant une rup­ture conju­gale dif­fi­cile doit voir les dé­marches à trou­ver de l’aide psy­cho­lo­gique comme une ré­ac­tion cou­ra­geuse, af­firme Su­zanne Lé­veillée, pro­fes­seure de psy­cho­lo­gie à l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Trois- Rivières. Une dif­fi­cile rup­ture peut sou­vent être à l’ori­gine de gestes vio­lents.

« C’est sûr que la rup­ture amou­reuse est un dé­clen­cheur dans plus de 50 % des cas de vio­lence conju­gale graves. Si on re­garde les chiffres seule­ment, c’est un des dé­clen­cheurs les plus im­por­tants», sou­tient Su­zanne Lé­veillée, qui rap­pelle que l’ex- conjointe d’Ugo Fre­dette, Vé­ro­nique Barde, a été re­trou­vée morte.

La cher­cheuse à l’UQTR mène de­puis 2015 un pro­jet de re­cherche sur la vio­lence conju­gale dans un contexte de sé­pa­ra­tion in­ti­tu­lé «Vio­lence conju­gale et sé­pa­ra­tion: in­ter­ve­nir pour di­mi­nuer le risque de com­por­te­ments de plus en plus vio­lents».

«C’est un programme pour in­for­mer les gens et dé­ve­lop­per des ate­liers pour mieux se re­prendre en main, pour mieux com­prendre ce qui se passe en eux lors­qu’ils font face à des rup­tures dif­fi­ciles», ex­plique la pro­fes­seure en psy­cho­lo­gie à l’UQTR, qui pré­cise que les hommes sont plus nom­breux que les femmes à su­bir des rup­tures non sou­hai­tées.

Quelles sont l es rai­sons qui poussent un conjoint et un père à agir ain­si? La pro­fes­seure de psy­cho­lo­gie avoue qu’il est trop tôt pour se pro­non­cer sur le cas d’Ugo Fre­dette, mais af­firme que gé­né­ra­le­ment les hommes qui agissent ain­si ont des per­son­na­li­tés fra­giles

« Ce s ont gé­né­ra­le­ment des per­sonnes qui ont des f ra­gi­li­tés au niveau de leur per­son­na­li­té. Des in­di­vi­dus, des hommes qui peuvent se montrer dans l e contrôle de l a si­tua­tion de l’autre et plus pos­ses­sif que l a moyenne des gens » , af­firme la cher­cheuse à l’UQTR.

« Ces hommes peuvent avoir une r é a c t i on de c ol è r e t r è s forte mé­lan­gée à de la dé­tresse psy­cho­lo­gique.»

La ma­ni­fes­ta­tion de co­lère ex­trême, qui peut al­ler jus­qu’à l’ho­mi­cide conju­gal, se ma­ni­feste sou­vent, note Su­zanne Lé­veillée, lorsque l’aide psy­cho­lo­gique re­quise n’a pas été de­man­dée. « Des gens se disent qu’ils vont s’ar­ran­ger tout seuls. Ils se disent qu’ils vont être capables et as­sez forts. Ils ne vont pas consul­ter » , dé­plore-t-elle.

« Ils peuvent y al­ler une fois, mais après ils ar­rêtent. Des gens ont l’im­pres­sion que c’est un signe de fai­blesse de consul­ter, mais pour­tant, c’est plu­tôt le contraire.»

Des proches d’Ugo Fre­dette ont avoué à des jour­na­listes que son couple tra­ver­sait une pé­riode dif­fi­cile ces der­niers temps. Mal­gré tout, il est très dif­fi­cile d’ima­gi­ner qu’une per­sonne puisse com­mettre de tels gestes. «Quand on a un in­con­fort à voir que quel­qu’un ne va pas bien, on peut lui don­ner des res­sources sur l’aide pos­sible. C’est le mes­sage qu’on peut dire. Si on a un ap­pel d’une per­sonne qui est en dé­tresse, sur­tout à la suite d’une rup­ture trop dif­fi­cile, on peut le ré­fé­rer à des or­ga­nismes pour hommes ou des res­sources d’aide. On ne veut pas que cette dé­tresse s’am­pli­fie » , sou­tient Mme Lé­veill ée. « Ça peut du­rer plu­sieurs se­maines et ce n’est pas fa­cile à dé­ce­ler.»

Après la pu­bli­ca­tion de l’Alerte AMBER, de nom­breuses per­sonnes qui connaissent ou ont

— PHO­TO: LA PRESSE CA­NA­DIENNE

C’est dans cette mai­son de Saint- Eus­tache que l’ex- conjointe d’Ugo Fre­dette, Vé­ro­nique Barde, a été re­trou­vée sans vie.

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