L’art de dire n’im­porte quoi

Le Nouvelliste - - OPINIONS - Ch­ris­tiane Ber­nier Trois-Rivières

Le 22 août der­nier, on m’a fait écou­ter une en­tre­vue où le maire de Trois-Rivières, Yves Lé­vesque, est in­ter­viewé par une ra­dio de Qué­bec.

Dans cette en­tre­vue, on peut en­tendre M. Lé­vesque dire des gens qui ma­ni­festent qu’ils « ne sont pas des gens qui payent des im­pôts comme tout le monde » . Ce «co­mique» est convain­cu qu’il paie plus d’im­pôt que les re­ve­nus de 25 ma­ni­fes­tants. Pour lui, ce sont des gens sur l’aide so­ciale. Il va même plus loin en pré­ten­dant que les gens qui re­ven­diquent le font, peu im­porte le dos­sier.

Je vous rap­pelle que cet homme est maire de Trois-Rivières. Ses propos trans­pirent son mé­pris pour ses conci­toyens qui ne pensent pas comme lui.

As­sez ra­pi­de­ment, son dis­cours va vers un su­jet d’ac­tua­li­té tou­chant Trois-Rivières. La pé­ti­tion contre le pas­sage de l’oléo­duc Éner­gie Est est une pé­ti­tion qui dé­range monsieur. Dans l’en­tre­vue, on peut l’en­tendre dire que les gens qui signent ne se­raient co­hé­rents que s’ils se pro­me­naient en «bi­cycle à pé­dale», car «l’automobile, ça ne marche pas à l’eau po­table».

C’est vous dire comment le sin­gu­lier per­son­nage est igno­rant du dos­sier. Il est pour­tant clair que ce bi­tume, par­mi les plus pol­luants au monde, ne fe­ra que pas­ser. Outre le fait que notre maire confond pé­trole et es­sence, il fut maintes fois men­tion­né lors des au­diences du BAPE. Alors où était notre maire? Sa­chez que ce pé­trole est des­ti­né à l’ex­por­ta­tion et nos au­to­mo­biles n’en boi­ront pas une goutte, et sur­tout pas nos voi­tures élec­triques.

Puis sort de sa bouche la fa­meuse phrase as­sas­sine: «On a la chance d’avoir le pé­trole de l’Al­ber­ta qui fait en sorte que ça nous donne de la pé­réqua­tion». N’est-ce pas là une forme d’aide so­ciale M. Lé­vesque? De qué­man­der de la pé­réqua­tion au fé­dé­ral pour se payer des ser­vices? Pourquoi le Qué­bec ne pour­rait-il pas être in­no­va­teur dans le dé­ve­lop­pe­ment des éner­gies re­nou­ve­lables: l’éner­gie so­laire, l’éo­lien, l’hy­dro­élec­tri­ci­té, la géo­ther­mie et la bio­masse. Ce n’est pour­tant pas le choix qui manque. Ce der­nier a une vi­sion plu­tôt courte de pen­ser que l’ave­nir ré­side dans les éner­gies fos­siles, causes de phé­no­mènes ex­trêmes que nous vi­vons et que nos en­fants vi­vront pour les pro­chains siècles.

En s’ i nfor­mant un peu, M. Lé­vesque pour­rait aus­si ap­prendre ce qu’est le « mal hol­lan­dais » . Un phé­no­mène éco­no­mique ob­ser­vé qui s’est pro­duit lors des an­nées 2002 à 2008. Ce mal est at­tri­bué à l’ex­ploi­ta­tion pé­tro­lière en Al­ber­ta qui a fait mon­ter la de­vise ca­na­dienne et par cau­sa­li­té, fait bais­ser l’ex­por­ta­tion lo­cale, en l’oc­cur­rence l’ex­por­ta­tion ma­nu­fac­tu­rière au Qué­bec. Cette mon­tée de la de­vise ca­na­dienne au­rait fait perdre en­vi­ron 32 000 em­plois au Qué­bec.

Pen­dant son en­tre­vue, il va jus­qu’à dire que si plu­sieurs maires du Qué­bec sont contre le pas­sage de l’oléo­duc, c’est «à cause des groupes de pres­sion». Aus­si bien dé­cla­rer que les maires de ces villes ne sont pas suf­fi­sam­ment in­tel­li­gents pour pen­ser par eux-mêmes, ou bien, se­rai­til que ces maires écoutent leurs ci­toyens ou en­core, parce qu’ils sont conscients du dan­ger?

Sans que l’ani­ma­teur lui pose la ques­tion con­cer­nant le dan­ger de fuite, il s’em­presse à dire qu’il y a des ins­ti­tu­tions qui sont là pour s’as­su­rer que les normes soient res­pec­tées. C’est pour­tant les mêmes normes qui sont de­man­dées à l’in­dus­trie pé­tro­lière à tra­vers le Ca­na­da et qui, mal­gré tout, font quand même en sorte que des dé­gâts sur­viennent ré­gu­liè­re­ment un peu par­tout au pays. Yves Lé­vesque pro­page en­suite l’idée sim­pliste et ir­res­pon­sable que le trans­port de pé­trole par train et par ba­teau est plus dan­ge­reux que par oléo­duc, en fai­sant ré­fé­rence à Lac- Mé­gan­tic. En­core là, il fait la preuve qu’il ne connaît qu’une in­fime par­tie des consé­quences de ce pro­jet, ne dis­tin­guant ni les mor­ta­li­tés, ni les quan­ti­tés, ni les fré­quences. L’in­ten­tion pre­mière der­rière cet oléo­duc est de pou­voir aug­men­ter la pro­duc­tion du pé­trole en Al­ber­ta et de l’ex­por­ter. Il n’y a tout sim­ple­ment pas suf­fi­sam­ment de rails, tout sim­ple­ment pas suf­fi­sam­ment de trains pour trans­por­ter tout ce pé­trole. TransCa­na­da n’a pas le choix de sor­tir tout ce pé­trole par pi­pe­line. Et l’oléo­duc ne di­mi­nue­ra en rien le trans­port du pé­trole par train.

M. Lé­vesque est pas­sé maître à dire n’im­porte quoi.

M. Lé­vesque, nous nous sou­vien­drons de vous le 5 no­vembre.

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