Eva et Hit­ler, hé­ros de ro­man

Le Nouvelliste - - ARTS MAGAZINE - ISABELLE MA­THIEU ima­thieu@le­so­leil.com

«Est-ce que c’est un livre de fille?» Un ami, pas­sion­né de Deuxième Guerre mon­diale, pose la ques­tion en voyant le jo­li mi­nois d’Eva Braun sur la page cou­ver­ture du der­nier JeanPierre Char­land. Ré­ponse : oui. Et réus­si.

La re­cherche his­to­rique im­pres­sion­nante donne toute sa sa­veur à cette grosse brique de 500 pages, le pre­mier tome d’une sé­rie. Dans Un jour mon prince vien­dra, l’au­teur couvre l’en­fance de la maî­tresse d’Hit­ler jus­qu’à 1935, avec quelques cha­pitres, ha­bi­le­ment in­ter­ca­lés, qui se dé­roulent à la fin du san­glant conflit.

Sous la plume de Char­land, les per­son­nages his­to­riques de­viennent des hé­ros de ro­man. Il est fas­ci­nant d’en­tendre leur voix, de les ima­gi­ner bou­ger.

La jeune Eva, élève peu stu­dieuse, qui aime le ci­né­ma et la pho­to­gra­phie, gran­dit dans la sombre Al­le­magne de la Grande Guerre.

Char­land ré­sume ef­fi­ca­ce­ment la fin du conflit et l’ar­ri­vée d’une pro­pa­gande hai­neuse contre les Juifs, ter­reau fer­tile pour le na­zisme.

Le ro­man prend vé­ri­ta­ble­ment son en­vol à mi-par­cours quand, en 1929, Eva Braun ren­contre un po­li­ti­cien en pleine mon­tée, por­tant une mous­tache à la Char­lie Cha­plin : Adolf Hit­ler.

Au fil des ren­dez-vous, Eva de­vient la maî­tresse se­crète du fu­tur Füh­rer.

Le lec­teur connaît les crimes odieux de Hit­ler et de son ré­gime; l’amour ob­ses­sif de la jeune fille pour le ca­po­ral au­tri­chien n’en de­vient que plus in­tri­gant.

Ob­nu­bi­lée parle charme ma­gné­tique du tri­bun, Eva ac­court dès qu’il l’ap­pelle. Elle souffre de ses ab­sences et ja­louse les ve­dettes qui croisent le che­min de Hit­ler.

L’au­teur passe beau­coup de temps à son­der le coeur de son hé­roïne, à dé­crire ses états d’âme. D’où l’aver­tis­se­ment pour les gars.

Le ro­man au­rait, à mes yeux, ga­gné à être un peu com­pres­sé. Cer­tains pas­sages de la vie d’Eva, sur­tout lors­qu’elle cache sa re­la­tion avec Hit­ler, sont car­ré­ment ré­pé­ti­tifs.

L’au­teur a un tic d’écri­ture; il ap­pelle Eva « la blonde » et Adolf Hit­ler «son amant » ad nau­seam. Aga­çant.

MA COTE HHH

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