Au re­voir pe­tit train de bam­bou

JO­NA­THAN CUSTEAU

Le Nouvelliste - - ARTS MAGAZINE -

un programme bien rem­pli pour faire la tour­née de Bat­tam­bang. Après nous être ar­rê­tés à un étal im­pro­vi­sé où des vil­la­geois vendent de l’es­sence em­ma­ga­si­née dans des bou­teilles de bois­sons ga­zeuses, nous avons fait le plein de la mo­to­cy­clette. Et nous sommes par­tis, sans casque, pour at­teindre le train de bam­bou.

J’ai payé une di­zaine de dol­lars pour fran­chir les sept ki­lo­mètres sur une voie fer­rée dans un état la­men­table. De chaque cô­té, la vé­gé­ta­tion s’im­pose et tente de re­prendre ses droits. À mi-che­min, quand un autre train de bam­bou s’amène, on s’im­mo­bi­lise, on des­cend, et les conduc­teurs dé­mé­nagent les pla­te­formes à bout de bras pour per­mettre aux deux bo­lides de re­prendre leur route.

Ren­du à des­ti­na­tion, j’abou­tis­sais dans un vil­lage où on me pro­po­sait d’ache­ter de quoi me ra­fraî­chir. Un dol­lar pour un jus de lit­chi. Après, y’a les en­fants qui se pro­met­taient de me faire vi­si­ter, qui m’ont em­me­né dans une grange où on traite le riz avant de l’em­bal­ler dans de grands sa­chets.

Bien sûr qu’ils es­pèrent une pe­tite ré­tri­bu­tion. Et au mo­ment de re­brous­ser che­min, l’homme qui m’avait ven­du un jus m’a mur­mu­ré de ne pas ou­blier le pour­boire du conduc­teur. Les 10 $, di­sait-il, ne ser­vaient qu’à payer les droits d’uti­li­sa­tion du che­min de fer. Sont créa­tifs!

Mine de rien, mes yeux s’ou­vraient sur un monde dif­fé­rent. C’est tout le reste, tout ce qu’il me res­tait en­core à voir, qui me ren­drait heu­reux d’être tom­bé dans le pan­neau du train de bam­bou.

Mon chauf­feur de mo­to m’a mon­tré des chauves-sou­ris ap­pe­lées rous­settes, ou re­nards vo­lants. Per­chées dans un arbre, elles se sont en­vo­lées quand l’homme a lan­cé quelques pé­tards par terre.

Plus loin, à un stand à fruits, il m’a ache­té deux co­ros­sols pour me faire goû­ter avant de me gui­der vers des temples aban­don­nés dignes de ceux qu’on trouve dans les plus grandes villes, tant au Cam­bodge qu’en Thaï­lande. Non seule­ment j’y étais com­plè­te­ment seul, mais de là, j’avais une vue im­pre­nable sur la steppe en contre­bas.

En­fin, nous sommes ar­ri­vés à temps, un peu avant le cou­cher du so­leil, pour voir des mil­liers, si­non des mil­lions, de chauves-sou­ris mi­nia­tures sor­tir d’une grotte en for­mant d’im­menses es­saims. Quand la lu­mière dis­pa­raît, elles partent à la chasse.

Nous sommes ren­trés dans la noir­ceur la plus to­tale, gui­dés par le phare fai­blard d’une vieille mo­by­lette. Sans le train de bam­bou, peut-être que tout ça chan­ge­ra...

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— PHO­TO LA TRIBUNE, JO­NA­THAN CUSTEAU

Le train de bam­bou consiste en une pla­te­forme de bois sur des roues. Il est pro­pul­sé par un pe­tit mo­teur à ba­teau.

— PHO­TO LA TRIBUNE, JO­NA­THAN CUSTEAU

Au bout du che­min de fer, après avoir pris le train de bam­bou à Bat­tam­bang, on abou­tit dans ce pe­tit vil­lage.

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