La prière à Saint-Tite

Le Nouvelliste - - OPINIONS - An­dré Gendron Sha­wi­ni­gan

Alors que l e Qué­bec s’ap­prête à adop­ter le pro­jet de loi sur la neu­tra­li­té re­li­gieuse de l’État, la mi­nistre Ju­lie Bou­let confirme qu’elle conti­nue­ra de ré­ci­ter la prière avant le ro­déo de Saint-Tite. Le Mou­ve­ment laïque qué­bé­cois (MLQ) a dé­non­cé la tra­di­tion­nelle prière du cow­boy pro­non­cée par la mi­nistre du Tou­risme le 13 sep­tembre der­nier au Fes­ti­val wes­tern de Saint-Tite, rap­por­tait ré­cem­ment Le Nouvelliste.

Le pro­jet de loi 62 af­firme la neu­tra­li­té re­li­gieuse et prône la pres­ta­tion de ser­vices pu­blics à vi­sage dé­cou­vert avec pos­si­bi­li­té d’ac­com­mo­de­ments re­li­gieux...

Or, l a neu­tra­li­té n’est qu’une fa­cette de la laï­ci­té, les autres étant l’éga­li­té des per­sonnes, la li­ber­té de conscience et de re­li­gion, la sé­pa­ra­tion de la re­li­gion et de l’État et la neu­tra­li­té re­li­gieuse. Tout ce­la est bien tech­nique. Au fond, tout

tient dans le fait d’avoir un trai­te­ment égal pour les re­li­gions sans ex­clure ni pri­vi­lé­gier au­cune.

J’ai tou­jours cru que le droit de re­li­gion est un droit fon­da­men­tal et non un pri­vi­lège, si­non on ni­velle par le bas et c’est ce­la qui ne fait pas l’af­faire des purs et durs de la laï­ci­té.

L’en­jeu, c’est contre la prière à Saint-Tite, parce qu’elle est d’ins­pi­ra­tion chré­tienne, sans comp­ter que tout ce tol­lé existe pour un pro­jet d’in­té­rêt pri­vé et non pu­blic.

Aus­si bien re­nier notre iden­ti­té cultu­relle, notre pa­tri­moine mar­qué de tra­di­tions laïques et ju­déo­chré­tiennes à l’oc­ca­sion. Et après? Est-ce un mal, une faute, un pé­ché? Je suis de cette gé­né­ra­tion ju­déo­chré­tienne et je suis ca­pable de faire la dif­fé­rence.

Or, ce que font les par­tis d’op­po­si­tion à l’As­sem­blée na­tio­nale, les pu­ristes de la laï­ci­té, c’est de se ra­battre uni­que­ment sur la dé­ci­sion de la Cour su­prême. D’ac­cord, je veux bien la res­pec­ter, mais est-ce de l’évo­lu­tion, lo­gique,

alors que la ma­jo­ri­té des ci­toyens ne s’en­fargent pas dans les fleurs du ta­pis? Ne com­pli­quons pas les choses. Ne trou­vez-vous pas qu’à force de cou­per les che­veux en quatre, ce­la amène un cli­mat de sus­pi­cion?

Le ca­ri­ca­tu­riste du Nouvelliste du 6 oc­tobre der­nier sai­sis­sait bien l’en­jeu en par­lant de la fin des prières dans les lieux pu­blics, du re­trait des cru­ci­fix dans ces mêmes lieux et à la cabane à sucre, les oreilles de criss se­ront do­ré­na­vant des «oreilles neutres».

Dans une ré­cente opi­nion sur la pa­pau­té de Fran­çois, j’écri­vais qu’au nom de la laï­ci­té, la re­li­gion se­rait dé­pas­sée, dé­mo­dée, ar­chaïque, aux dires de cer­taines per­sonnes.

Ce­la fait court et ra­pe­tisse qui nous sommes et notre condi­tion d’êtres éga­le­ment spi­ri­tuels. On est fri­leux quand il s’agit de ques­tions re­li­gieuses.

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