PRO­BLÈME D’ODEURS

Des ci­toyens de­meu­rant à proxi­mi­té de l’usine Kru­ger se disent très in­com­mo­dés par les mau­vaises odeurs

Le Nouvelliste - - LA UNE - Avec la col­la­bo­ra­tion de Marc Ro­chette GA­BRIEL DELISLE ga­briel.delisle@le­nou­vel­liste.qc.ca

TROIS-RI­VIÈRES — Quelques jours après l’inau­gu­ra­tion de la «nou­velle » ma­chine nu­mé­ro 10 de l’usine Kru­ger de Trois- Ri­vières, des ré­si­dents du quar­tier voi­sin de l’usine se disent très in­com­mo­dés par les mau­vaises odeurs.

Ces ci­toyens ha­bitent sur le bou­le­vard de la Com­mune, une rue bor­dée de plu­sieurs gros arbres si­tuée tout juste de­vant le parc Pie-XII. Le groupe ren­con­tré par Le Nou­vel­liste af­firme avoir choi­si ce sec­teur de Trois-Ri­vières en grande par­tie en rai­son de la pré­sence du parc et de ses in­fra­struc­tures.

D’em­blée, ces ré­si­dents af­firment ne pas être contre la conver­sion de la ma­chine nu­mé­ro 10 au coût de 250 mil­lions pour fa­bri­quer du car­ton haut de gamme 100 % re­cy­clé. Ils sou­tiennent sur­tout être ra­vis que ce­la puisse conso­li­der 270 em­plois.

« Je n’ai rien contre les em­plois, mais i l y a un gros pro­blème d’odeur et de pous­sière. C’est in­sou­te­nable quand les vents sont do­mi­nants vers chez nous. C’est as­sez in­tense pour dire que j e se­rais prête à dé­mé­na­ger, comme ma voi­sine. […] C’est l’fun pour les em­plois, mais si le monde dé­serte l e quar­tier parce que ça pue trop… » , dé­plore Ju­lie Lo­ran­ger, une ré­si­dente du bou­le­vard de la Com­mune.

«Quand on est la pre­mière ville la plus pol­luée au Qué­bec, il y a de quoi se ques­tion­ner. Des études dé­montrent que ce n’est pas bon pour les pou­mons.»

An­dréanne Bois­vert ha­bite dans le quar­tier de­puis 2009. La mère d’un jeune gar­çon de onze mois sou­tient que les odeurs sont très désa­gréables pour les voies res­pi­ra­toires. « Ça pogne à la gorge. Je suis asth­ma­tique et ce n’est pas quelque chose que je veux lais­ser à mon en­fant. Il faut prendre les choses en mains. Trois- Ri­vières est une ville qui offre beau­coup de choses, mais ce n’est pas une ville qui pue», es­time-t-elle.

Les ci­toyens af­firment que les pro­blèmes d’odeurs se sont ma­ni­fes­tés au prin­temps der­nier, dès l’ou­ver­ture de l a ma­chine 10. Lors d’une jour­née par­ti­cu­liè­re­ment hu­mide, l es ré­si­dents dé­crivent l’odeur comme in­te­nable. « Quand ça sent vrai­ment, on ferme les fe­nêtres et on ne sort pas de­hors. On ne pro­fite pas de nos ga­le­ries, on ne va pas au parc et on ne fait pas de BBQ » , ajoute Mme Lo­ran­ger.

« On a aus­si dû vivre avec une fine pous­sière presque tout l’été. Il y en avait avant, on est quand même aus­si près du port, mais il y a vrai­ment eu une aug­men­ta­tion consi­dé­rable. On de­vait la­ver nos voi­tures deux fois par se­maine.»

Le pro­prié­taire de Fruits et lé­gumes en gros si­tué sur la rue Pois­son est lui aus­si aux prises avec un pro­blème de pous­sière ces der­niers mois. Il sou­tient de­voir la­ver très sou­vent les fe­nêtres pour s’en dé­bar­ras­ser. « Je dois aus­si la­ver très sou­vent mon vé­hi­cule, parce qu’il se ra­masse avec plein de pous­sière » , avoue Maxime Clé­ment.

La di­rec­tion de l’usine du boul evard Gene- H.- Kru­ger ne nie pas qu’il y a un pro­blème avec les odeurs. Il sem­ble­rait que les boues ré­si­duelles se­raient à l’ori­gine de ces mau­vaises odeurs. «On a iden­ti­fié ce qui était la cause. J’ai dé­jà par­lé dans d’autres tri­bunes qu’on avait le trai­te­ment de boues à faire avec le trai­te­ment des eaux. On a dé­cou­vert qu’il y avait une cer­taine sen­teur as­so­ciée à cette boue- là, qui est un re­jet de nos pro­cé­dés», sou­te­nait mar­di lors de l’inau­gu­ra­tion de la ma­chine nu­mé­ro 10 Ni­co­las Clou­tier, di­rec­teur gé­né­ral de l’usine Kru­ger qui ajou­tait que la di­rec­tion en­tend cor­ri­ger la si­tua­tion. « On a iden­ti­fié aus­si des pro­duits neu­tra­li­sants de cette sen­teur-là. Ce qui fait qu’au­jourd’hui, on a de bons ré­sul­tats qu’on suit de ma­nière as­sez ser­rée au quo­ti­dien.»

Ça pogne à la gorge. Je suis asth­ma­tique et ce n’est pas quelque chose que je veux lais­ser à mon en­fant. Il faut prendre les choses en mains. Trois- Ri­vières est une ville qui offre beau­coup de choses, mais ce n’est pas une ville qui pue

Conseiller sor­tant du dis­trict Ma­rie- de- l’In­car­na­tion et can­di­dat à la mai­rie de Trois- Ri­vières, Jean- Fran­çois Au­bin est al­lé à la ren­contre des ci­toyens du bou­le­vard de la Com­mune. Il es­time que la Ville doit tra­vailler avec Kru­ger pour ré­gler cette pro­blé­ma­tique. « On peut com­prendre qu’ils ont une nou­velle ma­chine et une nou­velle tech­no­lo­gie qu’ils sont en train de ro­der, mais il faut ré­gler le pro­blème», sou­tient le can­di­dat à la mai­rie de Trois-Ri­vières.

Le can­di­dat au poste de conseiller mu­ni­ci­pal du dis­trict de La Vé­ren­drye, Da­ny Car­pen­tier, ap­puie la dé­marche des ci­toyens du bou­le­vard de la Com­mune. Il était éga­le­ment sur place ven­dre­di après-mi­di lorsque Le Nou­vel­liste s’est ren­du sur les lieux.

Il es­time que le man­dat d’un conseiller mu­ni­ci­pal est d’ac­com­pa­gner ces ci­toyens pour qu’ils ob­tiennent des ré­ponses de l’en­tre­prise. « Quand on va se rendre compte que ça sent, si au moins on sait que ça ne vient pas d’un pol­luant, on va dé­jà être ras­su­ré», af­firme-t-il. « Et le su­jet des odeurs r evient s ouvent du­rant mon porte-à-porte.»

— PHO­TO: AR­CHIVES LE NOU­VEL­LISTE

La di­rec­tion de l’usine Kru­ger de Trois- Ri­vières avoue tra­vailler à cor­ri­ger le pro­blème de mau­vaises odeurs.

— PHO­TO: STÉ­PHANE LES­SARD

Ju­lie Lo­ran­ger, Diane Vi­gneault et An­dréanne Bois­vert, qui tient son gar­çon de onze mois dans ses bras, sont exas­pé­rées des mau­vaises odeurs qui émanent, se­lon elles, de l’usine Kru­ger.

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