Être soi­gné par une in­fir­mière dé­bor­dée, une crainte

Le Nouvelliste - - ACTUALITÉS - MI­CHEL SABA

MONT­RÉAL — Deux Qué­bé­cois sur trois in­diquent être mal à l’aise à l’idée de re­ce­voir des soins d’une in­fir­mière qui tra­vaille de­puis plus de huit heures consé­cu­tives, ré­vèle un son­dage Lé­ger com­man­dé par la Fé­dé­ra­tion in­ter­pro­fes­sion­nelle de la san­té du Qué­bec (FIQ).

En en­tre­vue à La Presse ca­na­dienne pour ré­agir au son­dage, le mi­nistre de la San­té, Gaé­tan Bar­rette, s’est dit pour sa part à l’aise à ce que les in­fir­mières tra­vaillent même jus­qu’à 16 heures, par­lant d’une si­tua­tion rare dans le ré­seau.

« Par­fois, le temps sup­plé­men­taire obli­ga­toire est né­ces­saire, ex­plique le mi­nistre Bar­rette. Il y a de la lit­té­ra­ture scien­ti­fique qui dit que jus­qu’à 16 heures, il n’y a pas de risques. Ce qui peut po­ser pro­blème, c’est plus de 16 heures.»

Le mi­nistre fai­sait ain­si ré­fé­rence à un autre élé­ment du son­dage. Dans le coup de sonde, 94 % des gens se disent mal à l’aise avec le fait de re­ce­voir des soins d’une in­fir­mière qui tra­vaille plus de 16 heures consé­cu­tives.

Le son­dage per­met éga­le­ment d’ap­prendre que quatre Qué­bé­cois sur cinq es­timent que les in­fir­mières sont sur­char­gées.

La po­pu­la­tion est d’ac­cord avec l es so­lu­tions pro­po­sées par l a FIQ de­puis des an­nées, conclut sa pré­si­dente, Ré­gine Laurent, en en­tre­vue.

RÉ­FORME BAR­RETTE

Se­lon elle, la ré­forme Bar­rette est tout sim­ple­ment un échec. Mme Laurent dé­plore par­ti­cu­liè­re­ment que d’im­menses struc­tures ad­mi­nis­tra­tives aient été créées, que des ser­vices aient été cen­tra­li­sés et que des soins à do­mi­cile ne soient plus of­ferts.

Mme Laurent re­lève aus­si que des éva­lua­tions de per­for­mance réa­li­sées dans les éta­blis­se­ments en­traînent des com­pres­sions chez les moins per­for­mants.

Le mi­nistre mar­tèle que 94 % des ré­pon­dants au son­dage se disent sa­tis­faits des soins qu’eux ou un proche ont re­çus. «Ce n’est pas un sys­tème qui se dé­té­riore, ça», a lan­cé le mi­nistre.

Se­lon l e son­dage, 12 % des ré­pon­dants es­timent que la si­tua­tion dans le ré­seau de la san­té est meilleure qu’il y a trois ans, 49 % qu’elle est identique et 40 % qu’elle est pire.

BAR­RETTE SE RÉ­JOUIT

M. Bar­rette se ré­jouit de cette sta­tis­tique, y li­sant que 61 % des son­dés constatent un sys­tème sem­blable ou qui s’amé­liore, contrai­re­ment au syn­di­cat qui ana­lyse que se­lon 89 % des ré­pon­dants, la si­tua­tion est pa­reille ou pire.

La FIQ fait preuve d’un « biais in­tel­lec­tuel » , es­time M. Bar­rette, qui ré­pète qu’un son­dage se lit «du mi­lieu vers le haut, pas le mi­lieu vers le bas».

« Les syn­di­cats mènent une cam­pagne de dé­ni­gre­ment du sys­tème de san­té et en­tre­tiennent un

SO­LU­TIONS PRO­PO­SÉES

Le syn­di­cat d’in­fir­mières et d’in­ha­lo­thé­ra­peutes sou­haite que le gou­ver­ne­ment éta­blisse un nombre maxi­mal de pa­tients par in­fir­mière. Une idée avec la­quelle 83 % des per­sonnes son­dées sont en ac­cord.

La FIQ in­dique que des « amé­lio­ra­tions si­gni­fi­ca­tives » ont été ob­ser­vées dans plu­sieurs pays où ce type de ra­tio a été im­plan­té.

Mme Laurent cite l’exemple de la Ca­li­for­nie où, dit- elle, les ra­tios ont per­mis de di­mi­nuer le taux de mor­ta­li­té, des chutes, des in­fec­tions et le « syn­drome de la porte tour­nante » , soit le fait d’en­trer dans le sys­tème de san­té et d’en res­sor­tir ra­pi­de­ment sans avoir re­çu les soins adé­quats.

Les in­fir­mières de­mandent éga­le­ment au mi­nistre de la San­té, Gaé­tan Bar­rette, de for­cer la main aux ges­tion­naires du ré­seau de la san­té pour qu’ils aug­mentent le nombre de postes à temps plein dans leurs éta­blis­se­ments.

« La FIQ, pen­dant les trois der­nières an­nées, a vé­hi­cu­lé que j’avais trop de pou­voir, ré­pond le mi­nistre. Et là, on me de­mande d’uti­li­ser mon pou­voir pour for­cer les gens lo­ca­le­ment à prendre cer­taines dé­ci­sions. N’y a- t- il pas contra­dic­tion? »

Cin­quante pour cent des in­fir­mières dé­tiennent un poste à temps par­tiel, se­lon le syn­di­cat, qui ex­plique que cette si­tua­tion ac­cen­tue le risque de for­cer des em­ployés à faire du temps sup­plé­men­taire par manque de per­son­nel.

Le son­dage a été réa­li­sé du 26 j uillet au 5 août au­près de 1960 Qué­bé­cois. Comme il s’agit d’un s on­dage Web, l a marge d’er­reur ne peut pas être cal­cu­lée parce que les per­sonnes n’ont pas été sé­lec­tion­nées de fa­çon aléa­toire.

— PHO­TO­THÈQUE LE SO­LEIL

Le son­dage Lé­ger com­man­dé par la Fé­dé­ra­tion in­ter­pro­fes­sion­nelle de la san­té du Qué­bec ré­vèle que quatre Qué­bé­cois sur cinq es­timent que les in­fir­mières sont sur­char­gées.

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