«Je sou­haite que les gens qui se­ront élus ne tra­vaille­ront pas pour leur in­té­rêt per­son­nel»

Le Nouvelliste - - ACTUALITÉS - GUY VEILLETTE

SHA­WI­NI­GAN — Le maire de Sha­wi­ni­gan, Mi­chel An­gers, crain­til de perdre cer­tains des conseillers avec les­quels il s’est si bien en­ten­du de­puis quatre ans? Au cours des der­niers jours, il n’a pas ra­té d’oc­ca­sions pour rap­pe­ler l’im­por­tance d’un conseil uni au­tour de la table, comme ce­lui qui lui a per­mis de tra­ver­ser le der­nier man­dat sans le moindre vote en as­sem­blée pu­blique.

L’har­mo­nie fai­sait même par­tie de ses prio­ri­tés lors de son point de presse de mar­di, qui por­tait sur ses en­ga­ge­ments... pour le dé­ve­lop­pe­ment so­cial et les ser­vices mu­ni­ci­paux.

«Toutes les opi­nions sont prises en compte, mais nous par­lons d’une même voix au conseil», ex­pli­quet-il. «On veille tard le lun­di soir (en séance pri­vée), mais l’ob­jec­tif est de se concer­ter. Per­sonne n’aime les chi­canes. Entre 2005 et 2009, c’était as­sez hou­leux à Sha­wi­ni­gan, de même qu’entre 2009 et 2013 à TroisRi­vières. Je sou­haite que les gens qui se­ront élus ne tra­vaille­ront pas pour leur in­té­rêt per­son­nel, mais pour le bien com­mun».

Lors du dé­bat pré­sen­té par la Chambre de com­merce et d’in­dus­trie de Sha­wi­ni­gan mer­cre­di soir, cet élé­ment est ressorti à nou­veau. Fran­çois Bo­nen­fant a com­pa­ré cette re­cherche d’una­ni­mi­té au fonc­tion­ne­ment d’un par­ti po­li­tique.

« Il y a des in­jus­tices à Sha­wi­ni­gan et il faut les mettre sur la table! » , sou­ligne-t-il.

« Les gens s’en­tendent bien » , constate Ju­de­line Cor­ri­veau, l’autre as­pi­rante. « Mais j’ai­me­rais voir des dé­bats. C’est pour ça que je vou­drais mettre de l’avant l’idée de co­mi­tés de quar­tier. À l’hô­tel de ville, on n’en­tend pas les conseillers.»

Lors de ce dé­bat, M. An­gers a rap­pe­lé que cette pra­tique de gar­der les dé­bats der­rière les portes closes était ob­ser­vée dans la grande ma­jo­ri­té des mu­ni­ci­pa­li­tés à tra­vers le Qué­bec. Les dif­fé­rends n’ont pas à être ex­po­sés au grand jour, in­siste-t-il.

«Ce se­rait su­per in­té­res­sant pour les jour­na­listes, mais pas très pro­duc­tif » , sou­ligne- t- il. « Ce que la po­pu­la­tion aime, c’est une équipe qui tra­vaille ser­ré. Ce n’est pas né­ces­sai­re­ment mon opi­nion qui pré­vaut, mais mal­gré ça, je vais dé­fendre la po­si­tion de la ma­jo­ri­té du conseil comme si c’était la mienne. De­puis huit ans, nous avons dé­ci­dé d’avoir un conseil uni et je pense que les gens l’ap­pré­cient gran­de­ment.»

DEUX VOTES

En fait, le der­nier man­dat s’est par­ti­cu­liè­re­ment dis­tin­gué par le fait que toutes les ré­so­lu­tions ont été adop­tées à l’una­ni­mi­té. Lors du pre­mier man­dat de Mi­chel An­gers, des votes avaient été pris sur deux dos­siers, ce qui n’em­pêche vi­si­ble­ment pas le maire sor­tant de qua­li­fier cette équipe de tout aus­si unie.

En mars 2010, le conseiller du dis­trict de l a Ci­té, Alain Lord, avait de­man­dé le vote sur une ré­so­lu­tion pré­voyant no­tam­ment un cré­dit de taxes fon­cières de... 35 ans à la nou­velle Co­opé­ra­tive de so­li­da­ri­té en ha­bi­ta­tion de Saint- Jean- des- Piles, pour son pro­jet de ré­si­dence pour per­sonnes âgées. Jo­sette Al­lardGi­gnac et Jean-Yves Trem­blay s’étaient éga­le­ment pro­non­cés contre cette me­sure, mais la ré­so­lu­tion avait été adop­tée à cinq voix contre trois.

Puis, en mars 2013, c’est l e conseiller du dis­trict des Boi­sés, Ber­nard Cayouette, qui avait de­man­dé le vote lors du dé­bat sur l’or­ga­ni­sa­tion d’un ré­fé­ren­dum sur l a f ameuse cli nique d’acu­punc­ture, dans le sec­teur Sha­wi­ni­gan- Sud. Étant don­né que des tra­vaux avaient été en­tre­pris sans sa­voir si le chan­ge­ment d’uti­li­sa­tion se­rait per­mis dans la nou­velle zone, il es­ti­mait que le conseil mu­ni­ci­pal de­vait re­je­ter le pro­jet. Cette fois, seul M. Cayouette s’était op­po­sé à l’adop­tion de cette ré­so­lu­tion.

De­puis l’élec­tion de no­vembre 2013 tou­te­fois, l’una­ni­mi­té par­faite règne au conseil mu­ni­ci­pal. L’ap­pel du maire à pour­suivre dans cette voie cache- t- i l une crainte de ne pou­voir re­pro­duire ce mo­dèle?

« Je laisse le soin à la po­pu­la­tion de dé­ter­mi­ner qui se­ront les hommes et les femmes qui se­ront au­tour de la table du conseil » , com­mente M. An­gers. « J’ai fait le même mes­sage en 2009, en 2013 et c’est ce­lui que je fais en 2017. Je veux tra­vailler de cette fa­çon. »

M. An­gers af­firme qu’il a sent i au­tant de dé­bats « cor­sés » dans son pre­mier que dans son deuxième man­dat. Mal­gré l es votes te­nus entre 2009 et 2013, il qua­li­fie tout de même ce terme d’ « har­mo­nieux » .

« Ja­mais je ne vais m’op­po­ser à quel­qu’un qui veut ex­pri­mer son droit de vote», as­sure-t-il. « Le lun­di soir, je dis aux gens que s’ils ne sont ab­so­lu­ment pas d’ac­cord, ils pour­ront s’ex­pri­mer le len­de­main ( à la séance pu­blique). Je n’ai pas de pro­blème avec ça. Mais quand on re­vient le len­de­main, ils ne s’ex­priment pas. Ils y ont pen­sé et fi­na­le­ment, ils laissent tom­ber.»

« Ce que j e ne sou­haite pas, c’est de voir l’équi­valent des par­tis po­li­tiques » , ajoute- t- il, le plus sé­rieu­se­ment du monde. « Des gens qui disent que tout ce qu’on fait, ce n’est pas bon, de fa­çon sys­té­ma­tique. Comme ça se passe à l’échelle pro­vin­ciale, par exemple. Même si c’est une bonne ac­tion, c e n ’e s t j a mais b i e n . J e n e veux vrai­ment pas em­bar­quer là- de­dans. »

— PHO­TO: SYL­VAIN MAYER.

Les dé­ci­sions adop­tées à l’una­ni­mi­té ont re­pré­sen­té l’une des ca­rac­té­ris­tiques du der­nier conseil mu­ni­ci­pal de Sha­wi­ni­gan.

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