Ré­cu­pé­ra­tion Mau­ri­cie est in­quiète

Le Nouvelliste - - LA UNE - BRIGITTE TRAHAN brigitte.trahan@le­nou­vel­liste.qc.ca

SAINT- ÉTIENNE- DES- GRÈS — La Ré­gie de ges­tion des ma­tières ré­si­duelles de la Mau­ri­cie et son prin­ci­pal par­te­naire, Ré­cu­pé­ra­tion Mau­ri­cie, at­tendent, non sans in­quié­tude, les ef­fets de la fer­me­ture du mar­ché chi­nois, pré­vue d’ici la fin de l’an­née, à l’im­por­ta­tion de cer­taines ma­tières ré­cu­pé­rées re­cy­clables.

En juillet der­nier, la Chine avait an­non­cé à l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale du com­merce qu’elle fer­mait dé­sor­mais ses fron­tières à l’im­por­ta­tion de pa­piers mixtes, de po­ly­éthy­lène, PVC et po­ly­sty­rène, de tex­tiles et de sco­ries de va­na­dium.

Se­lon Re­source Re­cy­cling, la Chine a pro­cé­dé à des ins­pec­tions mi­nu­tieuses des deux tiers de ses com­pa­gnies de re­cy­clage et consta­té de nom­breuses in­frac­tions en­vi­ron­ne­men­tales. Cer­taines de ces en­tre­prises ont dû fer­mer leurs portes. Il ap­pert que de grandes quan­ti­tés de dé­chets, voire de ma­tières dan­ge­reuses, ont été trou­vées dans les ma­tières re­cy­clables im­por­tées par ce pays. Ces ma­tières, a in­di­qué le gou­ver­ne­ment chi­nois, me­nacent la san­té de sa po­pu­la­tion de même que son en­vi­ron­ne­ment.

L’in­dus­trie de la ré­cu­pé­ra­tion est in­quiète de la perte d’un aus­si vaste mar­ché et c’est aus­si le cas de Ré­cu­pé­ra­tion Mau­ri­cie où l’on at­tache sa cein­ture puisque le choc de cette dé­ci­sion pour­rait frap­per fort... ou pas. « Il y a eu des im­pacts concrets au cours des der­niers mois » , constate le di­rec­teur gé­né­ral de Ré­cu­pé­ra­tion Mau­ri­cie, Da­niel Cas­si­vi, mais per­sonne ne sait en­core jus­qu’à quel point ils s’ag­gra­ve­ront. Même les cour­tiers n’en sont pas en­core cer­tains, dit-il.

Da­niel Cas­si­vi in­dique qu’il en­tend en ef­fet deux dis­cours dif­fé­rents éma­nant du mi­lieu. Pre­mier son de cloche: un coup dur sur­vien­drait en 2018 qui pour­rait être sem­blable à la crise de 2008, voire pire, alors que les ré­cu­pé­ra­teurs furent obli­gés d’en­fouir leurs ma­tières ou même de payer pour s’en dé­par­tir. Cette crise avait frap­pé la ré­gion du­re­ment.

L’autre écho qui vient aux oreilles de Ré­cu­pé­ra­tion Mau­ri­cie est beau­coup plus po­si­tif. Il y a des cour­tiers qui sont en ef­fet à la re­cherche d’autres mar­chés en Asie, prin­ci­pa­le­ment en Co­rée, en Ma­lai­sie et en Tur­quie.

S’il y a es­poir de s’en ti­rer avec ces mar­chés, il n’est tou­te­fois pas ga­ran­ti que le prix se­ra aus­si bon qu’avec la Chine, nuance le di­rec­teur gé­né­ral.

Ré­cu­pé­ra­tion Mau­ri­cie ne vend f ort heu­reu­se­ment pas toutes ses ma­tières en Chine. Cer­taines ma­tières plas­tiques t rouvent pre­neurs l o c a l e ment, c h e z So­le­no Re­cy­clage d’Yamachiche, par exemple, ou ailleurs en Amé­rique du Nord in­dique M. Cas­si­vi. « Pour le pa­pier jour­nal, on fait af­faire avec des cour­tiers», dit-il, de même que pour les fa­meux sacs de plas­tique.

L’ex­por­ta­tion de­meure donc le noyau dur de la sur­vie de RM puisque 60 % des ma­tières qu’elle ré­cu­père, du car­ton et du pa­pier pour la plu­part, s’en vont à l’étran­ger, ce qui re­pré­sente rien de moins que 50 % de ses re­ve­nus.

RM a trai­té entre 38 000 et 40 000 tonnes de ma­tières par an­née, de­puis 2014, dont 7000 tonnes ven­dues par an­née de car­ton, entre 2015 et 2017 et 20 000 tonnes de pa­pier.

Les ré­cu­pé­ra­teurs du Qué­bec sont en dis­cus­sion de­puis plu­sieurs mois au su­jet des im­pacts de la dé­ci­sion chi­noise. «On at­tend. On es­saie de voir ve­nir les coups » , in­dique M. Cas­si­vi

On se met aus­si en mode so­lu­tion en amé­lio­rant la qua­li­té des ma­tières qui sont ex­por­tées. De­puis août, «on a re­mar­qué que nos cour­tiers de­ve­naient plus exi­geants au ni­veau de la qua­li­té. Ils nous ont ren­du vi­site pour nous ex­pli­quer la si­tua­tion», dit-il.

On sait que RM est sur le point d’an­non­cer un pro­jet de mo­der­ni­sa­tion de 2,7 mil­lions $ dans son centre de tri de Saint-Étienne-des-Grès. Ré­cu­pé­ra­tion Mau­ri­cie, rap­pe­lons-le, ap­par­tient à 49 % à la Ré­gie de ges­tion des ma­tières ré­si­duelles de la Mau­ri­cie et à 51 % au Groupe RCM. Cet in­ves­tis­se­ment, qui était pré­vu de­puis plu­sieurs an­nées, per­met­tra d’amé­lio­rer gran­de­ment la qua­li­té des ma­tières triées sur place.

De­puis qu’il a com­men­cé à sen­tir les im­pacts de la dé­ci­sion de la Chine, en août, RM est al­lé au-de­vant des coups en ajou­tant des postes de triage et des postes de contrôle de la qua­li­té afin d’amé­lio­rer la qua­li­té de ses ma­tières ex­por­tées.

M. Cas­si­vi sou­haite que des dis­cus­sions s’amorcent avec Éco En­tre­prises Qué­bec et Re­cyc-Qué­bec «pour voir com­ment ils peuvent nous ai­der dans cette pé­riode-là.» « Pour nous, c’est im­por­tant que le re­cy­clage conti­nue. Si l’on ar­rê­tait, ce se­rait beau­coup d’an­nées d’ef­forts de per­dues.»

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