At­taques voi­lées de Mi­chaëlle Jean contre Ki­ga­li

Le Nouvelliste - - ACTUALITÉS -

ERE­VAN, Ar­mé­nie — Si elle doit cé­der sa place comme grande pa­tronne de l a Fran­co­pho­nie, ven­dre­di, Mi­chaëlle Jean ne l’au­ra pas fait en tai­sant l’in­quié­tude qu’éveille en elle l’idée de voir le Rwan­da la lui ra­vir. La se­cré­taire gé­né­rale a ser­vi une mise en garde aux membres de l’or­ga­ni­sa­tion, les en­joi­gnant à ne pas cé­der aux « pe­tits ar­ran­ge­ments entre États» et à ne pas re­nier leurs idéaux dé­mo­cra­tiques.

On sa­vait qu’elle n’avait pas l’in­ten­tion de rendre les armes et son titre de se­cré­taire gé­né­rale de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale de la Fran­co­pho­nie (OIF) sans se battre jus­qu’au bout, et la Ca­na­dienne l’a prou­vé jeu­di, y al­lant d’un ul­time plai­doyer de­vant un par­terre rem­pli de di­zaines de chefs d’États et de gou­ver­ne­ments réunis en som­met à Ere­van, en Ar­mé­nie.

« Au mo­ment où nous mar­chons vers le 50e an­ni­ver­saire de la Fran­co­pho­nie, de­man­dons- nous ici à Ere­van, en toute conscience et en toute res­pon­sa­bi­li­té, de quel cô­té de l’His­toire nous vou­lons être», a ar­gué dans une al­lo­cu­tion ponc­tuée de sous- en­ten­dus celle que tous voient s’in­cli­ner de­vant sa ri­vale, la mi­nistre des Af­faires étran­gères du Rwan­da, Louise Mu­shi­ki­wa­bo.

« Sommes- nous prêts à ac­cep­ter que les or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales soient uti­li­sées à des fins par­ti­sanes [...] Sommes-nous prêts à ac­cep­ter que la dé­mo­cra­tie, les droits et les li­ber­tés soient ré­duits à de simples mots, que l’on vide de leur sens au nom de la real­po­li­tik, de pe­tits ar­ran­ge­ments entre États ou d’in­té­rêts par­ti­cu­liers?», a-t-elle vi­gou­reu­se­ment mar­te­lé.

C’est que le Rwan­da — une na­tion afri­caine di­ri­gée de main au­to­ri­taire par le pré­sident Paul Ka­game, que le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau a ren­con­tré tout juste après le dis­cours de l’an­cienne gou­ver­neure gé­né­rale, jeu­di — n’a pas un bi­lan par­ti­cu­liè­re­ment re­lui­sant en ma­tière de droits dé­mo­cra­tiques et de li­ber­té de la presse.

Mal­gré ce­la, la nu­mé­ro deux de Ki­ga­li a réus­si à dé­cro­cher l’ap­pui de la France, prin­ci­pal bailleur de fonds de l’OIF, ain­si que le sou­tien d’une flo­pée de pays de l’Union afri­caine. Et le gou­ver­ne­ment ca­na­dien, après avoir ap­puyé Mi­chaëlle Jean, a f i na­le­ment re­non­cé et an­non­cé son in­ten­tion de se ral­lier au consen­sus qui se des­sine.

Celle qui a aus­si été l ar­guée en dé­but de se­maine par le pre­mier mi­nistre dé­si­gné du Qué­bec, Fran­çois Le­gault, a conclu ce der­nier plai­doyer pu­blic en en­joi­gnant ses ouailles à «choi­sir entre [...] pro­gres­ser ou ré­gres­ser » , car « une or­ga­ni­sa­tion qui ruse avec les va­leurs et les prin­cipes est dé­jà une or­ga­ni­sa­tion mo­ri­bonde».

HOM­MAGE DE TRU­DEAU

Un peu plus t ôt, l e pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau lui avait ren­du hom­mage lors de l’al­lo­cu­tion qu’il a pro­non­cée en ou­ver­ture du XVIIe Som­met de la Fran­co­pho­nie jeu­di, à la veille de l’élec­tion de la pro­chaine se­cré­taire gé­né­rale de l’OIF — une po­li­tesse qu’a aus­si faite le pré­sident fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron à Mi­chaëlle Jean.

«Je veux sou­li­gner quel­qu’un d’ex­tra­or­di­naire, une amie […] pour son tra­vail re­mar­quable à la tête de la Fran­co­pho­nie. Mi­chaëlle s’est af­fir­mée comme ar­dente dé­fen­seure des femmes, fai­sant no­tam­ment va­loir leur droit à l’édu­ca­tion et mi­li­tant pour leur éman­ci­pa­tion», a-t-il dit.

Bon joueur, le pré­sident Ma­cron a te­nu à fé­li­ci­ter celle sur qui il n’a pas mi­sé. « La Fran­co­pho­nie doit être cet es­pace qui se bat pour le droit des femmes — et je veux ici sa­luer le tra­vail qui a été réa­li­sé par Mi­chaëlle Jean, à la­quelle je rends hom­mage, qui s’est f or­te­ment mo­bi­li­sée dans ce com­bat », a-t-il ex­po­sé vers la fin de son al­lo­cu­tion d’une qua­ran­taine de mi­nutes.

Les chances de Mi­chaëlle Jean d’être re­con­duite pour un se­cond man­dat de quatre ans à la tête de l’OIF sont consi­dé­rées ex­ces­si­ve­ment minces, voire nulles. Tra­di­tion­nel­le­ment, l’élec­tion à ce poste se fait par voie de consen­sus, et non par vote. Les chefs d’États et de gou­ver­ne­ments peuvent ce­pen­dant ré­cla­mer la te­nue d’un vote.

Des di­ri­geants afri­cains res­sen­ti­raient ce­pen­dant un cer­tain ma­laise d’avoir en quelque sorte été pla­cés de­vant le fait ac­com­pli, d’après une source bien au fait de la cam­pagne à la di­rec­tion. Quelques-uns au­raient même ex­pri­mé di­rec­te­ment au­près de la can­di­date du Ca­na­da qu’ils se re­trou­vaient dans une « pos­ture im­pos­sible».

— PHO­TO: LA PRESSE CA­NA­DIENNE

Le pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau a ren­du hom­mage à Mi­chaëlle Jean lors de l’al­lo­cu­tion qu’il a pro­non­cée en ou­ver­ture du XVIIe Som­met de la Fran­co­pho­nie jeu­di.

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