DES COM­PA­RU­TIONS SOUS HAUTE TEN­SION

> Re­né Kègle et Fran­cis Mar­tel for­mel­le­ment ac­cu­sés du meurtre pré­mé­di­té d’Ophé­lie Mar­tin- Cyr > Deux corps re­trou­vés cal­ci­nés dans une voi­ture sur le che­min Brad­ley se­raient re­liés à l’af­faire

Le Nouvelliste - - LA UNE - PAULE VERMOT- DESROCHES pver­mot@le­nou­vel­liste.qc.ca

TROIS- RI­VIÈRES — « Pour­ris! » «Chiens sales!» «Trous de cul!» C’est sous une pluie d’in­jures que les deux pré­su­més meur­triers de la jeune Ophé­lie Mar­tin- Cyr, 19 ans, dont le corps a été re­trou­vé mer­cre­di ma­tin dans un champ de Ya­ma­chiche, ont été ac­cueillis au pa­lais de jus­tice de Trois- Ri­vières en fin de jour­née ven­dre­di. Des com­pa­ru­tions qui se sont dé­rou­lées sous haute ten­sion, alors que de nom­breux proches de la jeune vic­time ain­si que des proches des sus­pects étaient sur place pour as­sis­ter aux pro­cé­dures ju­di­ciaires.

Plus d’une qua­ran­taine de per­sonnes, dont le père de la jeune vic­time, des membres de sa fa­mille ain­si que ses amies très proches, ont as­sis­té à la com­pa­ru­tion. À l’ex­té­rieur, plus d’une tren­taine de per­sonnes ont at­ten­du plu­sieurs heures l’ar­ri­vée des deux ac­cu­sés, es­pé­rant pou­voir les voir et leur faire en­tendre leur fa­çon de pen­ser.

La ten­sion était d’ailleurs à ce point pal­pable qu’une di­zaine de po­li­ciers ont été ap­pe­lés en ren­fort par les constables spé­ciaux afin d’as­su­rer la sé­cu­ri­té sur place lors de l’ar­ri­vée des pré­ve­nus. Fi­na­le­ment, crai­gnant sans doute des dé­bor­de­ments, les deux ac­cu­sés n’ont pas fait leur en­trée à pied dans le pa­lais de jus­tice, et ont plu­tôt été em­me­nés en vé­hi­cule dans le ga­rage.

Fran­cis Mar­tel a été le pre­mier à com­pa­raître, une com­pa­ru­tion ex­trê­me­ment brève du­rant la­quelle le juge Jacques Tru­del a or­don­né la dé­ten­tion de l’in­di­vi­du pour les pro­cé­dures ju­di­ciaires, étant don­né la na­ture des ac­cu­sa­tions. Les traits ti­rés et le vi­sage en­flé, Mar­tel a je­té un bref coup d’oeil dans la salle et a fait mine de sa­luer une per­sonne, possiblement un proche ve­nu pour le sou­te­nir.

Re­né Kègle, pour sa part, est de­meu­ré plus long­temps dans le box des ac­cu­sés, alors que son avo­cate tar­dait à ar­ri­ver dans la salle. Du­rant ces longues se­condes d’at­tente, un lourd si­lence ré­gnait, pen­dant que l’ac­cu­sé a ba­layé très len­te­ment du re­gard l’en­semble de la salle. Les proches de la jeune vic­time n’ont, pour leur part, pas dé­tour­né leur re­gard de l’in­di­vi­du, cer­tains lais­sant échap­per des larmes et des san­glots.

À la sor­tie de la salle d’au­dience, les proches de la jeune vic­time ont pré­fé­ré ne pas s’adres­ser aux mé­dias.

CRAINTES

Dif­fi­cile en­core d’éta­blir clai­re­ment le fil des évé­ne­ments ou même les rai­sons qui ont me­né les deux hommes à en­le­ver la vie de la jeune femme de 19 ans, mais plu­sieurs sources in­diquent qu’elle connais­sait Re­né Kègle et qu’elle avait dé­jà ma­ni­fes­té son in­ten­tion de ne plus lui adres­ser la pa­role car elle le crai­gnait. « Elle ne l’au­rait ja­mais sui­vi de son plein gré, ça j’en suis convain­cue», a lan­cé sa très bonne amie, Ka­ry-Ann Bro­chu. Cette der­nière sou­ligne éga­le­ment qu’Ophé­lie avait un grand coeur et sou­hai­tait tou­jours ai­der les autres, mais que sa gé­né­ro­si­té lui au­ra sans doute joué de mau­vais tours en l’ame­nant vers de mau­vaises fré­quen­ta­tions.

D’autres sources éta­blissent qu’un vol se­rait sur­ve­nu chez l’un des deux sus­pects, et qu’en ten­tant d’élu­ci­der le vol, ils au­raient vou­lu ob­te­nir de l’in­for­ma­tion de la part des deux jeunes filles, qui au­raient pu connaître une per­sonne que les deux hommes sus­pec­taient du vol en ques­tion.

L’en­quête de la Sû­re­té du Qué­bec dans ce dos­sier se pour­suit et des élé­ments de preuves pour­ront être com­mu­ni­qués aux avo­cats de la dé­fense lors du re­tour en cour des deux in­di­vi­dus, le 23 no­vembre pro­chain. C’est d’ailleurs sans au­cun doute au cours du dé­rou­le­ment des pro­cé­dures ju­di­ciaires qu’on pour­ra da­van­tage com­prendre le fil des évé­ne­ments qui a me­né à ce drame qui s’est joué tôt, mer­cre­di ma­tin.

SOCIOFINANCEMENT

Une cam­pagne de sociofinancement a été lan­cée, ven­dre­di, sur le site GoFundMe.com, afin de sou­te­nir le père d’Ophé­lie Mar­tin-Cyr dans l’épreuve qu’il tra­verse. « Comme vous le sa­vez tous, Ma­rio ( Méo) a vé­cu l’une des pires épreuves qu’un parent puisse vivre, soit celle de perdre un en­fant. J’ai­me­rais que nous puis­sions tous s’unir afin de lui ex­pri­mer notre sou­tien et lui ap­por­ter le sup­port fi­nan­cier dont il a be­soin pour l’ai­der à tra­ver­ser cette ter­rible tra­gé­die » , a ins­crit l’ins­ti­ga­teur de la cam­pagne «Fonds Ophé­lie et Ma­rio», qui avait amas­sé 5530 $ au mo­ment de mettre sous presse.

LE COL­LÈGE EL­LIS EN DEUIL

De son cô­té, le Col­lège El­lis de Trois-Ri­vières, où étu­diait la vic­time ain­si que l’autre jeune femme qui l’ac­com­pa­gnait, a mis un ser­vice d’aide et de sou­tien psy­cho­lo­gique à la dis­po­si­tion des étu­diants et du per­son­nel qui pour­raient res­sen­tir le be­soin de par­ler de ces évé­ne­ments.

« Ophé­lie était une étu­diante dy­na­mique et ap­pré­ciée de tous ses com­pa­gnons et du per­son­nel. Nous sommes tous vrai­ment bou­le­ver­sés de ce qui s’est pro­duit et nous vou­lons of­frir nos plus sin­cères condo­léances à la fa­mille d’Ophé­lie » , ajoute Chan­tal Pou­lin, co­or­don­na­trice du pro­gramme de Tech­niques ju­ri­diques, pro­gramme dans le­quel étu­diait Ophé­lie Mar­tin-Cyr de­puis cette an­née.

Ophé­lie Mar­tin- Cyr

Re­né Kègle

Fran­cis Mar­tel

— PHO­TO: SYL­VAIN MAYER

Plu­sieurs per­sonnes, dont des amies très proches d’Ophé­lie Mar­tin- Cyr, ont te­nu à être pré­sentes pour l’ar­ri­vée des sus­pects et leur com­pa­ru­tion.

— PHO­TO: SYL­VAIN MAYER

Une di­zaine de po­li­ciers de Trois- Ri­vières ont été ap­pe­lés en ren­fort pour as­su­rer la sé­cu­ri­té sur place, en rai­son du très grand nombre de per­sonnes ve­nues pour as­sis­ter aux com­pa­ru­tions.

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