L’ex­plo­sion du jeu aé­rien

Le Nouvelliste - - SPORTS - MI­GUEL BUJOLD

MON­TRÉAL — C’est un double jeu pour la NFL. En chan­geant cer­tains de ses rè­gle­ments afin d’amé­lio­rer la sé­cu­ri­té des joueurs, le cir­cuit Goo­dell a par le fait même lar­ge­ment fa­vo­ri­sé le jeu of­fen­sif. Et les ama­teurs pré­fèrent les fes­ti­vals of­fen­sifs aux guerres de tran­chées qui se ter­minent 13-10.

Dire qu’il y a une ex­plo­sion du jeu aé­rien et de l’at­taque dans la NFL cette an­née n’est pas exa­gé­ré, loin de là. Les points et les tou­chés abondent et les fans aiment ça. La preuve : dans un uni­vers té­lé­vi­suel en pro­fonde mu­ta­tion, les cotes d’écoute de la NFL sont en hausse de 3 % cette sai­son, se­lon la mai­son Niel­sen. D’autres fac­teurs ex­pliquent cette aug­men­ta­tion, mais l’ava­lanche de points de­puis sep­tembre est sû­re­ment le plus im­por­tant.

Le jour­na­liste Mike San­do, d’ESPN, a écrit un ar­ticle sur l’ex­plo­sion du jeu aé­rien il y a quelques jours. Avant le match de jeu­di entre les Eagles de Phi­la­del­phie et les Giants de New York, un to­tal de 272 passes de tou­ché avait été lan­cé cette sai­son. C’était 25 de plus après les 77 pre­miers matchs de n’im­porte quelle autre sai­son de­puis 2002.

LES DÉ­FENSES SE DÉMÈNENT

Comme l’a fait re­mar­quer San­do, la qua­li­té des quart­sar­rières y est pour quelque chose. An­drew Luck est de re­tour au jeu; Pa­trick Ma­homes et Mit­chell Tru­bis­ky jouent par­ti­cu­liè­re­ment bien à leur deuxième sai­son; et l es re­crues Ba­ker May­field et Sam Dar­nold tirent leur épingle du jeu. De nos jours, très peu d’équipes ne comptent pas sur un pas­seur de bon ca­libre.

Ce­la étant dit, il fait peu de doute que la prin­ci­pale rai­son der­rière le phé­no­mène of­fen­sif de cette sai­son est les dif­fi­cul­tés po­sées aux dé­fenses. Les chan­ge­ments aux rè­gle­ments et l’ap­pli­ca­tion plus sé­vère de cer­tains autres, no­tam­ment ceux qui doivent ser­vir à as­su­rer la pro­tec­tion des quarts et des re­ce­veurs, ont ren­du la tâche des dé­fenses qua­si im­pos­sible.

Les quarts et les ai­liers es­pa­cés sont moins crain­tifs. Des sé­ries of­fen­sives qui au­raient ja­dis pris fin se pour­suivent grâce à des pé­na­li­tés qui ne font pas l’una­ni­mi­té. Et c’est sans par­ler du fait que les de­mis dé­fen­sifs ne peuvent pas tou­cher aux re­ce­veurs après une dis­tance de 10 verges.

DES RE­CORDS ET DES RE­CORDS

En sep­tembre, Ryan Fitz­pa­trick a éta­bli une nou­velle marque de la NFL en ob­te­nant 400 verges ou plus par la passe dans trois matchs consé­cu­tifs. Pas Dan Ma­ri­no, pas Kurt War­ner, pas Drew Brees, mais bien Fitz­pa­trick, un quart mé­diocre de 35 ans qui a joué pour sept équipes dif­fé­rentes et qui se­ra de re­tour sur le banc, di­manche, alors que c’est Ja­meis Wins­ton qui se­ra le par­tant des Buc­ca­neers de Tam­pa Bay à At­lan­ta.

À une époque pas si loin­taine, un match de 300 verges était con­si­dé­ré comme une ex­cel­lente jour­née de tra­vail pour un quart. C’est moins le cas au­jourd’hui. Trois cents verges, c’est presque de­ve­nu la norme.

De 1966 à 2017, les quarts at­tei­gnaient le pla­teau des 300 verges tous les 3,8 matchs. Dans les cinq pre­mières se­maines de la sai­son, c’est plu­tôt à chaque 1,4 match. Se­lon la NFL, le co­ef­fi­cient d’ef­fi­ca­ci­té des quarts était en moyenne de 84,2 entre 2002 et 2017. Il était de 93,4 avant la ren­contre de jeu­di entre les Eagles et les Giants, un saut de presque 10 points... Dé­men­tiel !

Kirk Cou­sins, lui, est de­ve­nu le pre­mier joueur de l’his­toire à réus­sir 30 passes ou plus dans quatre matchs consé­cu­tifs. Mais les Vi­kings du Min­ne­so­ta n’ont ga­gné qu’une seule de ces par­ties!

Dans toute l’his­toire de la NFL, il n’y avait ja­mais eu plus de deux se­maines au cours d’une même sai­son dans les­quelles les quarts avaient to­ta­li­sé 8000 verges de gains par la passe. Il y en a dé­jà eu trois lors des cinq pre­mières de cette an­née...

Cette trans­for­ma­tion du jeu au­ra des ré­per­cus­sions sur la fa­çon dont les équipes construi­ront leur for­ma­tion au cours des pro­chaines an­nées. Tan­dis que les quarts et les re­ce­veurs conti­nue­ront d’em­pi­ler des di­zaines de mil­lions, les joueurs qui évo­luent à d’autres po­si­tions risquent de faire de moins en moins d’ar­gent.

— PHOTOTHÈQUE AS­SO­CIA­TED PRESS

Les points et les tou­chés abondent dans la NFL cette an­née et la qua­li­té des quarts-ar­rières y est pour quelque chose. Pa­trick Ma­homes joue par­ti­cu­liè­re­ment bien à sa deuxième sai­son avec les Chiefs.

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