FRAN­COEUR

Bom­bar­dier: rire du monde en pleine face

Le Nouvelliste - - LA UNE - MAR­TIN FRAN­COEUR m.fran­coeur@le­nou­vel­liste.qc.ca

Ilya cer­tai­ne­ment toutes sortes de sub­ti­li­tés qui nous échappent dans l’an­nonce de la sup­pres­sion, par Bom­bar­dier, de 5000 em­plois dont 2500 au Qué­bec. Mais ce qui ne nous échappe pas, c’est le ca­rac­tère dé­goû­tant d’une telle an­nonce, compte te­nu des sommes im­por­tantes que la com­pa­gnie a re­çues de la part des gou­ver­ne­ments et compte te­nu aus­si des hausses de ré­mu­né­ra­tion consi­dé­rables que se sont ac­cor­dées ses di­ri­geants.

C’est la troi­sième re­struc­tu­ra­tion ma­jeure que Bom­bar­dier an­nonce de­puis 2015. Et elle frappe de plein fouet 2500 fa­milles qué­bé­coises, à un mois et de­mi de Noël. Même si on es­saie de mon­trer de l’op­ti­misme pour les tra­vailleurs qui per­dront leur em­ploi, on ne peut pas res­ter in­sen­sible à cette si­tua­tion et à ses im­pacts sur l’in­dus­trie et sur les sous-trai­tants.

On es­saie de nous dire que les tra­vailleurs n’au­ront pour la plu­part pas de dif­fi­cul­té à trou­ver un em­ploi compte te­nu de la vi­ta­li­té du sec­teur de l’aé­ro­nau­tique au Qué­bec et des be­soins en maind’oeuvre de plu­sieurs en­tre­prises. Le pas­sage d’un em­ploi à l’autre n’est ce­pen­dant pas aus­si fa­cile pour ceux qui en sont les prin­ci­paux concer­nés.

On es­saie aus­si de nous dire, du cô­té de Bom­bar­dier, que l’in­ves­tis­se­ment du gou­ver­ne­ment du Qué­bec dans Bom­bar­dier est un in­ves­tis­se­ment dans le pro­gramme de la CSe­ries, qu’il est at­ta­ché avec les em­plois et le pro­gramme et l’ave­nir du centre dé­ci­sion­nel stra­té­gique de la CSe­ries. On nous de­mande de ne pas mê­ler les choses.

Ça, c’est un mes­sage de re­la­tions pu­bliques. Parce qu’on sait très bien, même si c’est vrai que l’in­ves­tis­se­ment du gou­ver­ne­ment était pour la CSe­ries, que c’est Bom­bar­dier qui pro­fite de­puis plu­sieurs an­nées des me­sures de sou­tien de la part des gou­ver­ne­ments. Que c’est Bom­bar­dier qui pro­cède à des mises à pied. Que ce sont des di­ri­geants de Bom­bar­dier qui em­pochent une ré­mu­né­ra­tion de 40 mil­lions $ par an­née.

La per­cep­tion du pu­blic est im­pi­toyable de­vant le trai­te­ment que s’ac­cordent l es di­ri­geants d’une com­pa­gnie gras­se­ment sub­ven­tion­née. On a beau nous dire qu’il s’agit de sa­laires et de primes com­pa­rables à celles des com­pé­ti­teurs, que ces per­son­nes­là font un tra­vail dé­li­cat de prise de dé­ci­sions, il n’en de­meure pas moins que pour bien des payeurs de taxes, on a l’im­pres­sion que Bom­bar­dier leur rit en pleine face.

On a eu la même im­pres­sion lorsque la CSe­ries a été ven­due au géant eu­ro­péen Air­bus, sans que cette der­nière n’ait un sou à ver­ser. Le dé­ve­lop­pe­ment de la CSe­ries avait coû­té 6 mil­liards $US et à plu­sieurs égards, l’in­ter­ven­tion du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial était né­ces­saire et jus­ti­fiée.

Le pro­blème, dé­plore-t-on en­core, c’est que l’aide gou­ver­ne­men­tale s’est faite dans une di­vi­sion spé­ci­fique et non pas dans la so­cié­té mère. Cette in­ter­ven­tion com­par­ti­men­tée pri­vait en quelque sorte le gou­ver­ne­ment et la po­pu­la­tion de tout droit de re­gard sur les ac­ti­vi­tés de la com­pa­gnie.

Quand un gou­ver­ne­ment met du ca­pi­tal dans une en­tre­prise, i l doit y avoir des me­sures de contrôle, des ga­ran­ties exi­gées, des règles concer­nant la red­di­tion de comptes. L’ex­pé­rience ré­cente des in­ter­ven­tions gou­ver­ne­men­tales dans des «fleu­rons» au­rait dû nous le dé­mon­trer.

Il faut ti­rer des le­çons de ces fias­cos qui semblent mal­heu­reu­se­ment se suc­cé­der. S’il est lé­gi­time d’ai­der fi­nan­ciè­re­ment des en­tre­prises comme Bom­bar­dier, il im­porte d’im­po­ser des condi­tions plus sé­vères pour en­ca­drer cette aide.

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