IN­VES­TIS­SE­MENT MA­JEUR IM­MI­NENT

Un in­ves­tis­se­ment ma­jeur se­rait an­non­cé d’ici la fin de l’an­née

Le Nouvelliste - - LA UNE - GUY VEILLETTE guy.veillette@le­nou­vel­liste.qc.ca

SHAWINIGAN — Un an après une ac­qui­si­tion qui a dé­sta­bi­li­sé les cer­ti­tudes du mi­lieu tis­sé ser­ré des mi­cro­bras­se­ries, Mol­son Coors s’ap­prête à an­non­cer un in­ves­tis­se­ment ma­jeur au Trou du diable à Shawinigan, qui per­met­tra à l’usine de l’ave­nue de la Sta­tion de dou­bler sa pro­duc­tion en 2019.

« Les fon­da­tions sont faites, les pièces sont pla­cées » , ex­plique Isaac Trem­blay, co­fon­da­teur du Trou du diable et res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment des af­faires. « Nous en­ta­mons la fin du pro­ces­sus de sou­mis­sions. Nous sommes op­ti­mistes de pou­voir dé­voi­ler le pro­jet avant la fin de l’an­née.»

Cet im­por­tant in­ves­tis­se­ment flotte dans l’air de­puis plu­sieurs mois. Es­sen­tiel­le­ment, il per­met­tra de faire pas­ser de 18 000 à 36 000 hec­to­litres la pro­duc­tion an­nuelle dans l’an­cienne Wa­bas­so. La di­rec­tion pré­voit la créa­tion d’un deuxième quart de tra­vail, de sorte que deux équipes bras­se­ront sans ar­rêt de 6 h à 21 h tous les jours.

« Du cô­té de Mol­son Coors, les fonds sont au­to­ri­sés, il n’y a au­cun sou­ci», ren­ché­rit San­dra Ga­gnon, chef se­nior, com­mer­cia­li­sa­tion chez Six Pints, la fi­lière de bières de spé­cia­li­té de la mul­ti­na­tio­nale. « Nous sommes prêts, mais il reste quelques fi­celles à at­ta­cher avant d’en­clen­cher la phase phy­sique. Avant la fin de l’an­née 2019, nous de­vrions avoir le fruit de cette ex­pan­sion.»

Pa­ral­lè­le­ment, Mol­son Coors planche sur une deuxième phase d’in­ves­tis­se­ment, qui per­met­trait d’ajou­ter un autre 50 % de pro­duc­tion. À moyen terme, le Trou du diable pro­dui­rait ain­si plus de 50 000 hec­to­litres sur l’ave­nue de la Sta­tion. «Ça de­vrait se dé­ployer beau­coup plus ra­pi­de­ment que la pre­mière phase...», glisse M. Trem­blay, qui ne cache pas qu’il a dû ap­pri­voi­ser un nou­veau rythme de dé­ci­sion avec son nou­veau pro­prié­taire.

L’offre des pro­duits en can­nettes fait tou­jours par­tie des plans, mais dif­fi­cile d’éta­blir un échéan­cier pré­cis pour le mo­ment. Dans son der­nier rap­port an­nuel, Mol­son Coors sou­ligne que la bière dans ce conte­nant re­pré­sente main­te­nant 59 % de ses ventes au Ca­na­da. Aux États- Unis, cette pro­por­tion grimpe à 67 %!

« Nous sommes tou­jours en pro­ces­sus d’in­for­ma­tion » , ré­sume M. Trem­blay. « On pré­voyait ça dans la phase II, mais ça se peut main­te­nant que ça se fasse dans l a pre­mière phase. Je pousse là-des­sus.»

« On ne se ra­con­te­ra pas de peurs » , in­ter­vient Mme Ga­gnon. «Tout le monde est au cou­rant que la can­nette est en crois­sance. On ne re­gar­de­ra pas le train pas­ser.»

PLUS DE CAL­CULS

Sans faire de bruit, des in­ves­tis­se­ments ont tout de même été réa­li­sés au cours de la der­nière an­née au la­bo­ra­toire. Comme pré­vu, les pre­miers mois après la tran­sac­tion ont sur­tout per­mis aux deux par­ties de mieux se connaître. Quelques em­ployés se sont ajou­tés sur le plan ad­mi­nis­tra­tif, mais le grand coup se­ra don­né en 2019, sur­tout avec la créa­tion d’un nou­veau quart de tra­vail.

« C’est un nou­vel uni­vers, ex­trê­me­ment com­plexe, mais aus­si ex­trê­me­ment com­pé­tent » , constate M. Trem­blay. « Nous avons tou­jours été très ins­tinc­tifs. Main­te­nant, il faut se de­man­der ce qu’on va faire en 2021. Il faut se pro­je­ter dans le fu­tur, parce qu’en grande en­tre­prise, il faut ge­ler des ca­pi­taux et dire aux ac­tion­naires où on s’en va.»

Au-de­là de ces nou­veaux ré­flexes à dé­ve­lop­per, l es r etom­bées concrètes de cette nou­velle as­so­cia­tion ont ra­pi­de­ment dé­frayé la man­chette, avec l’offre des pro­duits au Centre Bell, au Fes­ti­val wes­tern de Saint-Tite, au Grand Prix de Trois- Ri­vières, à l’Am­phi­théâtre Co­ge­co, au Fes­tiVoix, à la Place Bell à La­val...

«Que le Trou du diable ait ac­cès à ces évé­ne­ments cultu­rels, je trouve ça mer­veilleux», sou­rit le co­fon­da­teur de la mi­cro­bras­se­rie. «Je peux vous dire que ça vaut la peine!»

CONTROVERSES

Si, à l’in­terne, l’in­té­gra­tion du Trou du diable à Six Pints et Mol­son Coors s’est ef­fec­tuée sans trop faire de vagues jus­qu’à main­te­nant, la ré­ac­tion du mi­lieu a ré­ser­vé quelques bour­rasques.

La dé­cep­tion s’est d’abord ma­ni­fes­tée avec l’an­nu­la­tion du con­grès de l’As­so­cia­tion des mi­cro­bras­se­ries du Qué­bec pré­vu à Shawinigan en 2018, puis avec la dé­ci­sion de la tri­flu­vienne Le Temps d’une pinte d’or­ga­ni­ser le Mi­cro- fes­ti­val de la bière in­dé­pen­dante en même temps que la Soi­rée des bras­seurs de Shawinigan. Sans ou­blier la contro­verse de la Route des bras­seurs.

M. Trem­blay pré­tend que der­rière les ca­mé­ras, les re­la­tions de­meurent gé­né­ra­le­ment très cor­diales. Mais il ne nie pas qu’à cer­tains bars ou res­tau­rants, les pro­duits du Trou du diable n’étaient plus l es bien­ve­nus parce qu’ils avaient per­du leur in­dé­pen­dance.

« Au plan pro­fes­sion­nel, on tombe dans une com­pé­ti­ti­vi­té, comme si j’étais main­te­nant en de­hors de la confré­rie » , re­marque- t- il. « C’est as­sez com­plexe comme re­la­tion, mais je pense qu’il y a tou­jours un res­pect. Cer­tains sont ou­verts, d’autres tou­jours fer­més au su­jet de la dé­ci­sion d’af­faires que nous avons prise. On s’en at­ten­dait, mais si on ne pre­nait des dé­ci­sions que pour rendre des gens heu­reux, on n’en pren­drait ja­mais.»

« C’est un dé­bat idéo­lo­gique en dé­fa­veur du consom­ma­teur » , ajoute Mme Ga­gnon. « L’idée est de pou­voir mettre sur les ta­blettes de bons pro­duits, avec les styles que les consom­ma­teurs veulent avoir. Tra­vaillons donc main dans la main pour faire gran­dir la ca­té­go­rie au lieu de se ti­rer des roches!»

Nous sommes prêts, mais il reste quelques fi­celles à at­ta­cher avant d’en­clen­cher la phase phy­sique. Avant la fin de l’an­née 2019, nous de­vrions avoir le fruit de cette ex­pan­sion.

— PHO­TO: SYL­VAIN MAYER

San­dra Ga­gnon, chef se­nior, com­mer­cia­li­sa­tion chez Six Pints en com­pa­gnie d’Isaac Trem­blay, co­fon­da­teur du Trou du diable et res­pon­sable du dé­ve­lop­pe­ment des af­faires.

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