UNE ROUTE DES BRAS­SEURS SANS SHA­WI­NI­GAN

«Une belle preuve qu’on manque de so­li­da­ri­té»

Le Nouvelliste - - LA UNE - GUY VEILLETTE guy.veillette@le­nou­vel­liste.qc.ca

SHA­WI­NI­GAN — L’im­pos­si­bi­li­té d’ef­fec­tuer un rap­pro­che­ment et un vote di­vi­sé au co­mi­té du Fonds d’ap­pui au rayon­ne­ment des ré­gions ont scel­lé le sort de la Route des bras­seurs de la Mau­ri­cie au cours des der­niers jours. Le Trou du diable se­ra bel et bien ex­clu de ce par­cours tou­ris­tique, un ré­sul­tat que di­gère très mal le maire de Sha­wi­ni­gan, Mi­chel An­gers.

« La Mau­ri­cie a sou­vent de la dif­fi­cul­té à se dé­mar­quer comme ré­gion ad­mi­nis­tra­tive», fait-il re­mar­quer. «On a une belle preuve qu’on manque de so­li­da­ri­té entre nous.»

Ro­bert La­londe, pré­sident de la Table des pré­fets et pré­sident du co­mi­té ré­gio­nal de sé­lec­tion des pro­jets du Fonds d’ap­pui au rayon­ne­ment des ré­gions ( FARR), s’est pen­ché sur le dos­sier pour ten­ter de dé­nouer l’im­passe. En août, le maire de Sha­wi­ni­gan sug­gé­rait de tout sim­ple­ment re­ti­rer l’aide fi­nan­cière de 53 000 $ pré­vue au FARR si le Re­grou­pe­ment des mi­cro­bras­se­ries de la Mau­ri­cie main­te­nait sa po­si­tion d’ex­clure Le Trou du diable de sa Route des bras­seurs.

Le vote s’est fi­na­le­ment te­nu lors d’une confé­rence té­lé­pho­nique. Les MRC de Mas­ki­non­gé, de Mé­ki­nac et des Che­naux pré­fé­raient le sta­tu quo, soit le pro­jet ini­tia­le­ment ap­prou­vé sans la pré­sence du Trou du diable sur le cir­cuit. Sha­wi­ni­gan et La Tuque ne fai­saient pas le poids. Il semble que Trois-Ri­vières n’ait pas par­ti­ci­pé à ce vote.

M. An­gers rap­pelle que l’un des ob­jec­tifs du FARR consiste à... fa­vo­ri­ser la concer­ta­tion entre les ter­ri­toires.

«On au­ra man­qué une très belle oc­ca­sion de dire à des gens qui sou­haitent faire un dé­bat idéo­lo­gique de re­faire leurs de­voirs et que dans l’éven­tua­li­té où il y au­rait des ex­clu­sions, il n’y au­rait pas d’ar­gent » , rage le maire de Sha­wi­ni­gan. «S’il avait fal­lu qu’une mi­cro­bras­se­rie de n’im­porte quel ter­ri­toire soit ex­clue d’une dé­marche sem­blable, je me se­rais op­po­sé de fa­çon sys­té­ma­tique à la re­mise d’ar­gent. Je suis pro­fon­dé­ment dé­çu que trois pré­fets re­pré­sen­tant de plus pe­tites mi­cro­bras­se­ries qui ont été ai­dées par Le Trou du diable ré­agissent ain­si. Tout ce qu’on réus­sit à faire, c’est d’ex­clure d’une dé­marche ré­gio­nale une en­tre­prise qui a ou­vert des portes. Je ne com­prends ab­so­lu­ment pas ce genre de ré­flexion.»

«C’est toute une jam­bette», dé­plore M. An­gers. « On prend de l’ar­gent pu­blic pour faire la pro­mo­tion d’une di­vi­sion. C’est un peu pa­ra­doxal.»

AUTRES RÉ­AC­TIONS

M. La­londe confirme avoir re­çu le man­dat d’éva­luer le dos­sier à la Table des pré­fets.

«C’est ce que j’ai fait et j’ai re­mis mes com­men­taires», ex­plique-t-il. «J’en concluais qu’on de­vrait ai­der le pro­jet de la Route des bras­seurs tel qu’il nous avait été pré­sen­té. Mais ça n’em­pêche pas qu’au cours des pro­chaines an­nées, Le Trou du diable puisse être de­dans un jour.»

Ma­rie-Claude Thif­feault, co­fon­da­trice du Re­grou­pe­ment des mi­cro­bras­se­ries de la Mau­ri­cie, pré­voit une an­nonce pu­blique sur le fonc­tion­ne­ment de la Route des bras­seurs à court terme. Outre le mon­tant de 53 000 $ du FARR, le pro­jet in­clut une aide fi­nan­cière de 27 000 $ de l’En­tente sur le par­te­na­riat ré­gio­nal en tou­risme et une mise de fonds de 20 000 $ des douze mi­cro­bras­se­ries par­te­naires.

« On n’a pas réus­si à s’en­tendre avec Mol­son Coors sur la forme d’une éven­tuelle ren­contre » , ex­plique Mme Thif­feault. « Notre pro­jet met de l’avant les mi­cro­bras­se­ries in­dé­pen­dantes de la Mau­ri­cie. La fi­liale de Mol­son Coors, Le Trou du diable, ne cor­res­pond pas à ce cri­tère. Nous dé­ci­dons donc d’al­ler de l’avant.»

Vi­si­ble­ment, Isaac Trem­blay, co­fon­da­teur du Trou du diable, veut mettre cette his­toire der­rière lui.

«On voit qu’il n’y a pas de consen­sus», ob­serve-t-il. « Alors on dit c’est beau, on ne se­ra pas là. Je pense que ce se­rait mieux qu’on y soit, mais si ça fait de la chi­cane, on pré­fère ne pas être là.»

«C’est plate, parce que ça s’ap­pelle la Route des bras­seurs de la Mau­ri­cie et je suis un bras­seur de la Mau­ri­cie», ajoute-t-il. « Mais ce n’est pas moi qui pi­lote ça. Des gens ne veulent pas qu’on soit de­dans, alors on ne se­ra pas de­dans.»

Tel qu’ex­pri­mé l’été der­nier, la di­rec­tion du Broad­way Pub conti­nue­ra d’être so­li­daire au Trou du diable dans ce dos­sier. Même si elle ré­pond aux cri­tères de la Route des bras­seurs de la Mau­ri­cie, elle re­fuse, dans les condi­tions ac­tuelles, de se joindre au cir­cuit.

«On ne veut pas faire par­tie d’une as­so­cia­tion qui tire à bou­lets rouges sur l’autre mi­cro­bras­se­rie de Sha­wi­ni­gan», com­mente Jean-Luc Mar­chand, coac­tion­naire et di­rec­teur gé­né­ral du Broad­way Pub. Se­lon lui, les re­la­tions se sont même amé­lio­rées avec Le Trou du diable de­puis la fa­meuse tran­sac­tion.

«On se parle en­core plus!», sou­ri­til. « Nous sommes en com­mu­ni­ca­tion constante. Ils nous ont même of­fert d’ana­ly­ser nos bières dans leur la­bo­ra­toire. La co­opé­ra­tion est vrai­ment bonne. Je me vois bien mal faire par­tie d’une or­ga­ni­sa­tion qui veut les sor­tir par­tout. Le dé­bat a été com­plè­te­ment dé­vié. On par­lait d’une route tou­ris­tique et c’est de­ve­nu un com­bat idéo­lo­gique.»

On au­ra man­qué une très belle oc­ca­sion de dire à des gens qui sou­haitent faire un dé­bat idéo­lo­gique de re­faire leurs de­voirs et que dans l’éven­tua­li­té où il y au­rait des ex­clu­sions, il n’y au­rait pas d’ar­gent — Mi­chel An­gers

— PHO­TO: FRAN­ÇOIS GER­VAIS

Le maire de Sha­wi­ni­gan, Mi­chel An­gers.

— PHO­TO: FRAN­ÇOIS GER­VAIS

Ro­bert La­londe, pré­sident de la Table des pré­fets.

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