Des in­vec­tives à l’amé­ri­caine

JEAN-MARC BEAU­DOIN LA GRIFFE À BEAU­DOIN

Le Nouvelliste - - LA UNE - CHRO­NIQUE jm.beau­doin@le­nou­vel­liste.qc.ca Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

On au­rait pu cette se­maine se sa­tis­faire des élec­tions amé­ri­caines de mi-man­dat pour nour­rir notre goût du dé­bat et on au­rait été plus que rai­son­na­ble­ment gâ­té là-des­sus avec un trum­pisme triom­phant au Sé­nat et un trum­pisme dé­bou­lon­né à la Chambre des re­pré­sen­tants.

Mais pour cé­lé­brer avec in­ten­si­té le pre­mier an­ni­ver­saire des der­nières élec­tions mu­ni­ci­pales, qui ar­ri­vait presque en même temps, deux su­jets ont fait se ré­ani­mer avec une plus forte pas­sion la joute mu­ni­ci­pale à Trois-Ri­vières.

L’adop­tion sur di­vi­sion au con­seil mu­ni­ci­pal d’une po­li­tique aus­si­tôt cont­ro­ver­sée que celle de Vi­sion zé­ro et l’amorce of­fi­cieuse, mais très sen­tie, d’une cam­pagne pré­coce à la mai­rie de Trois-Ri­vières ont dé­clen­ché les hos­ti­li­tés.

Bien sûr, les mé­dias ont un peu ten­du la perche, mais la spon­ta­néi­té des op­po­sants à prendre les armes, on pour­rait d’ailleurs par­ler de bel­li­gé­rants tant les at­taques mu­tuelles ont été in­ci­sives, vi­ru­lentes, à des­sein as­sas­sin, per­met de lais­ser com­prendre qu’on n’at­ten­dait qu’une oc­ca­sion pour se sau­ter des­sus.

Il se peut que cer­tains Tri­flu­viens aient été ins­pi­rés par la fin de cam­pagne amé­ri­caine au ton to­ni­truant de leur pré­sident suf­fi­sant et bel­li­queux et que ce mo­dèle puisse pa­raître comme étant la nou­velle norme à at­teindre dans le dé­bat po­li­tique.

On se com­porte idéa­le­ment en ac­ti­viste, la fin jus­ti­fiant les moyens, la meilleure arme de­meu­rant, avant les ar­gu­ments phy­siques aux­quels on n’est pas ren­du, pas en­core, les in­sultes à pro­fu­sion avec une bonne dose de hargne. Comme si pour être à la hau­teur, il fal­lait des­cendre au plus bas.

Ras­su­rons-nous, dans les pe­tits échanges cor­sés et la­pi­daires aux­quels se sont li­vrés les che­va­liers des ré­seaux so­ciaux, on n’est pas des­cen­du jus­qu’à l’in­dé­cence de la Mai­son-Blanche qui a tru­qué, à la face du monde, une vi­déo pour faire com­mettre au re­por­ter de CNN, Jim Acos­ta un geste qu’il n’avait pas po­sé afin de jus­ti­fier son ex­pul­sion des lieux.

L’adop­tion de la Vi­sion zé­ro in­ver­sée en «Zé­ro Vi­sion» par cer­tains, et la confir­ma­tion de cer­taines as­pi­ra­tions à la mai­rie de Trois-Ri­vières, si elle était mise en jeu, jus­ti­fient par­fai­te­ment l’ex­pres­sion d’opi­nions, mais pas à la hau­teur du dé­fou­le­ment consta­té chez plu­sieurs.

Il est vrai que comme aux ÉtatsU­nis entre Dé­mo­crates et Ré­pu­bli­cains, de­puis trois élec­tions à la mai­rie de Trois-Ri­vières, la po­pu­la­tion est di­vi­sée presque à 50/50 en fa­veur ou contre le maire Yves Lé­vesque. Ses trois der­nières vic­toires ont été courtes.

On a bien ob­ser­vé que l’op­po­si­tion au pro­jet de Vi­sion zé­ro et de sa me­sure la plus per­cu­tante, qui est celle de ré­duire de 50 à 40 ki­lo­mètres la vi­tesse dans les quar­tiers ré­si­den­tiels, al­lait bien au-de­là du pro­jet.

C’est aux conseillères et conseillers qui ont sou­te­nu le pro­jet qu’on s’est beau­coup at­ta­qué sur le plan per­son­nel. On leur a crié des noms de toutes sortes. Le moindre ar­gu­ment à l’en­contre de cette «Vi­sion» était lar­ge­ment am­pli­fié. Mais en fi­li­grane, on sen­tait bien que ce qu’on leur re­pro­chait avant tout, c’était de s’être pré­sen­tés en porte à faux avec le maire Lé­vesque.

C’est peut-être là, pour une moi­tié de po­pu­la­tion, un bien plus grand mal que d’éven­tuelles rues convi­viales plus agréables au cy­cliste qu’à l’au­to­mo­bi­liste.

On s’est aus­si, dans plu­sieurs cas, ra­pi­de­ment in­di­gné que des per­sonnes puissent dé­jà ad­mettre leur in­té­rêt à bri­guer la mai­rie de Trois-Ri­vières, comme si ce­la se fai­sait dans le dos d’Yves Lé­vesque.

D’abord, ce der­nier a pré­ve­nu qu’il en se­rait à son der­nier man­dat en n’écar­tant pas la pos­si­bi­li­té d’être can­di­dat con­ser­va­teur aux élec­tions fé­dé­rales de l’an pro­chain.

Dans un tel contexte, son corps po­li­tique n’est pas en­core re­froi­di, mais il est au moins tiède. Il est nor­mal que s’il de­vait y avoir des élec­tions hâ­tives à la mai­rie de Trois-Ri­vières, cer­taines per­sonnes puissent dé­jà y pen­ser, vé­ri­fier leurs ap­puis au cas où, tâ­ter le ter­rain… être prêtes!

On ne va pas le rendre cou­pable de la chose, mais après cet été très dis­cret, sui­vi d’une conva­les­cence pour rai­sons de san­té, sans son ni image de­puis, qui prend l’al­lure d’une éclipse to­tale, le maire conva­les­cent ouvre lui-même la porte aux ten­ta­tions suc­ces­so­rales.

Le maire n’a pas don­né quelques si­gnaux que ce soit sur son état, s’il s’amé­liore ou pas. On ne sait tou­jours pas ce qui l’af­flige. Au­cune ap­pa­ri­tion, même fur­tive, au­cun clin d’oeil; même ses proches col­la­bo­ra­teurs po­li­tiques sont te­nus dans un ap­pa­rent si­lence ra­dio.

On se doute bien quand même qu’il suive la joute et que ce­la doit le ré­con­for­ter de consta­ter qu’à tra­vers les dé­bats qui émergent des dé­ci­sions prises à l’hô­tel de ville en son ab­sence, il se trouve plein de sup­por­teurs qui en pro­fitent pour prendre par­ti en sa fa­veur, alors qu’il n’a pas dit mot dans ces dos­siers. Que plu­sieurs le fassent à la hus­sarde trum­pienne ne de­vrait pas l’in­dis­po­ser pour au­tant.

Il reste que, comme l’écri­vait avec jus­tesse dans les pages édi­to­riales du Nou­vel­liste mon confrère Mar­tin Francoeur, un nou­vel ordre s’est ins­tal­lé à l’hô­tel de ville de Trois-Ri­vières de­puis les der­nières élec­tions mu­ni­ci­pales et qui, non pas pro­fite de l’ab­sence du maire, mais prend son as­su­rance au fil des mois.

Ce qui n’est pas sans risque. Le groupe ta­cite des huit, qui monte par­fois à neuf, a su­bi une vague de pro­tes­ta­tions après avoir avan­cé l’idée d’ac­croître les sa­laires, même si c’était pré­su­mé­ment à coût nul. Le pro­jet de mettre la pé­dale douce dans les rues de la ville a de nou­veau fait mon­ter la va­peur contre eux.

La fac­ture du pro­chain bud­get mu­ni­ci­pal et du nou­veau plan trien­nal d’im­mo­bi­li­sa­tions, avec bien sûr le taux de taxe qui les ac­com­pa­gne­ra, se­ront hau­te­ment consi­dé­rés.

— PHO­TO: SYL­VAIN MAYER

Deux su­jets ont fait se ré­ani­mer avec une plus forte pas­sion la joute mu­ni­ci­pale à Trois- Ri­vières.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.