Quand tout ne baigne pas...

Le Nouvelliste - - CINÉMA - ÉRIC MOREAULT

Soyons hon­nête: on se de­man­dait pour­quoi Le grand bain mé­ri­tait les hon­neurs d’une pré­sen­ta­tion spé­ciale à Cannes, en mai der­nier, même hors com­pé­ti­tion. Bien sûr, il y a la dis­tri­bu­tion du ton­nerre pour in­ter­pré­ter ces huit qua­dra­gé­naires po­qués (dé­pression, chô­mage, sé­pa­ra­tion…) qui se mettent à la nage syn­chro­ni­sée… Mais il y a plus. Cette co­mé­die hu­maine compte sur un charme fou qui en fait un mo­ment de ci­né­ma pur bon­heur.

Gilles Lel­louche, dont c’était la pre­mière réa­li­sa­tion so­lo, a pré­fé­ré ne pas jouer dans son long mé­trage. Une bonne i dée. Il a pu se concen­trer sur sa mise en scène – c’est plu­tôt bien fil­mé même si ça ne ré­in­vente pas le genre – et, sur­tout, me­ner à bon port son ré­cit sans s’épar­piller, ce qui n’est pas évident avec au­tant de per­son­nages.

Il s’est d’abord concen­tré sur Ber­trand (Ma­thieu Amal­ric). L’homme souffre d’un mal-être et de la crise de la qua­ran­taine. Pour soi­gner ce spleen, il va se joindre à un groupe d’hommes tout aus­si éprou­vés qui pra­tiquent la nage syn­chro­ni­sée comme une forme de thé­ra­pie.

Pour in­ter­pré­ter ces per­dants ma­gni­fiques, Lel­louche a pu comp­ter sur la crème des ac­teurs: Be­noît Poel­voorde, Guillaume Ca­net, Phi­lippe Ka­te­rine (to­ta­le­ment dé­ca­lé et dé­so­pi­lant en homme en­fant) et Jean- Hu­ghes An­glade. Ce der­nier y joue un père sé­pa­ré qui rêve en­core à la gloire d’un groupe rock sans se rendre compte que son manque de talent fait honte à sa fille ado­les­cente…

Tous vi vent des pro­blèmes di­vers et sont com­plè­te­ment désor­ga­ni­sés. Il faut dire que leur en­traî­neuse ( Vir­gi­nie Efi­ra), une an­cienne gloire des bas­sins qui noie sa peine, est plus oc­cu­pée à lire qu’à les faire pra­ti­quer leurs cho­ré­gra­phies. Elle se­ra tem­po­rai­re­ment rem­pla­cée par Aman­da ( Leïle Be­kh­ti), une femme à poigne qui va sou­mettre la bande à une dis­ci­pline digne des Olym­piques… en vue des cham­pion­nats du monde !

À ce pro­pos, les scènes tour­nées en Nor­vège par Lel­louche sont ab­so­lu­ment su­perbes. Il a su ma­gni­fier la beau­té sau­vage des lieux pen­dant ce court laps de temps où son long mé­trage se trans­forme en film rou­tard.

Les scènes aqua­tiques sont, bien sûr, pré­texte à une trame so­nore qui puise aux grands suc­cès pop des an­nées 1980 et qui re­cycle même Cha­riots of Fire de Van­ge­lis.

Tout ça reste très pré­vi­sible, mais Lel­louche n’a pas eu la main trop lourde, même en trai­tant de dé­pression. Évi­dem­ment, on peut y voir une ra­dio­gra­phie cri­tique d’une cer­taine mas­cu­li­ni­té qui souffre de son manque de re­pères. Ou pas.

L’ac­teur et réa­li­sa­teur fran­çais a sur­tout vou­lu pré­sen­ter un film po­pu­laire qui est drôle et in­tel­ligent et em­preint d’une douce fo­lie. C’est plu­tôt rare. Sor­ti il y a deux se­maines en France, Le grand bain a fait le plein de spec­ta­teurs (presque deux mil­lions d’en­trées). On com­prend pour­quoi.

Mais der­rière le rire, il y a aus­si des larmes.

— PHO­TO MK2 MILE END

On peut voir, dans Le grand bain, une ra­dio­gra­phie cri­tique d’une cer­taine mas­cu­li­ni­té qui souffre de son manque de re­pères. Ou pas.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.