ST-HILAIRE

Dif­fi­cile tran­si­tion

Le Progrès Weekend - - LA UNE -

Le 5 no­vembre 2017, les Sa­gue­néens ont re­mis leur sort entre les mains de Jo­sée Né­ron dans une forte pro­por­tion de près de 50 %, lui oc­troyant ain­si un man­dat clair : rompre en­fin avec deux dé­cen­nies de gou­ver­nance en ca­ti­mi­ni, de co­pi­nage et d’ad­mi­nis­tra­tion sur la carte de cré­dit. Il y a un an, la po­pu­la­tion s’est don­né une mai­resse qui in­car­nait un chan­ge­ment dra­co­nien en ma­tière d’ad­mi­nis­tra­tion mu­ni­ci­pale ; une femme qui pen­dant quatre an­nées, avait su te­nir tête à un sys­tème que tous re­dou­taient. Forte de ses ap­puis et pro­pul­sée par le scan­dale de Pro­mo­tion Sa­gue­nay, Jo­sée Né­ron avait carte blanche pour la­ver plus blanc que blanc et re­don­ner à l’hô­tel de ville ses lettres de « no­blesse dé­mo­cra­tique ». Un chan­tier sti­mu­lant pour la nou­velle mai­resse, certes, mais ô com­bien im­po­sant dans l’uni­vers réel de la ges­tion pu­blique !

Tous s’en­ten­daient pour dire que la tran­si­tion se­rait dif­fi­cile, et les douze der­niers mois nous ont per­mis de le consta­ter. Car, au-de­là des beaux dis­cours et des en­ga­ge­ments de cam­pagne élec­to­rale, gou­ver­ner une ville de­meure un exer­cice fort com­plexe.

Dès les pre­miers jours, Jo­sée Né­ron a mis sur pied un co­mi­té de tran­si­tion com­po­sé de l’éthi­cienne Isa­bel Bro­chu, de l’an­cien dé­pu­té pé­quiste Sté­phane Bé­dard et de l’an­cien maire de Ship­shaw, Ré­jean Ber­ge­ron. Char­gé d’ana­ly­ser de fa­çon ex­haus­tive le fonc­tion­ne­ment mu­ni­ci­pal, le co­mi­té a ac­cou­ché, quelques se­maines plus tard, d’un rap­port dé­vas­ta­teur sur l’état des fi­nances de la ville. Bref, la si­tua­tion était en­core pire que ce qu’ima­gi­nait Jo­sée Né­ron lors­qu’elle était dans l’op­po­si­tion.

C’est de cette ville qu’a hé­ri­té Jo­sée Né­ron ; une ville sur­en­det­tée, mal en point dans ses in­fra­struc­tures, où les sub­ven­tions étaient ac­cor­dées en fonc­tion des hu­meurs de cer­tains haut pla­cés, de fa­çon ar­bi­traire, sans au­cun pro­ces­sus de sé­lec­tion. Elle a hé­ri­té du chaos. Et il fau­dra plus qu’une an­née pour dé­tis­ser la toile de l’an­cienne ad­mi­nis­tra­tion et re­cons­truire le sys­tème mu­ni­ci­pal sur des bases plus saines. D’ailleurs, tout laisse croire que le pro­chain bud­get se­ra à l’image de ce­lui pré­sen­té cette an­née : hausse de taxe et coupes dans les dé­penses. C’est ça, un len­de­main de veille: payer pour les er­reurs du pas­sé.

Sur le plan po­li­tique, Jo­sée Né­ron a éga­le­ment ap­pris à la dure. Sans doute, elle ga­gne­rait à bo­ni­fier son équipe d’un ou deux stra­tèges sup­plé­men­taires dont le rôle se­rait de pal­lier ses la­cunes, no­tam­ment en ma­tière de com­mu­ni­ca­tion et de lea­der­ship. Car, bien qu’elle soit apte à as­su­rer à la ges­tion d’une mu­ni­ci­pa­li­té, la mai­resse n’a pas un don in­né pour la po­li­tique. À moins que ce soit parce qu’elle re­fuse d’écou­ter les conseils de son en­tou­rage, com­ment ex­pli­quer qu’elle n’ait pas su ras­sem­bler les membres de son con­seil au­tour d’une vi­sion com­mune, d’une ligne di­rec­trice, d’une stra­té­gie concer­tée ou même d’un plan d’ave­nir ? L’écla­te­ment du con­seil, maintes fois rap­por­té dans les mé­dias au cours de cette pre­mière an­née, té­moigne d’un manque de sy­ner­gie à l’hô­tel de ville.

Na­tu­rel­le­ment, il y a le fait que le con­seil de ville est com­po­sé de 12 in­dé­pen­dants sur 15, et que la mai­resse Né­ron est cheffe de l’Équipe du re­nou­veau dé­mo­cra­tique. Lors de la der­nière élec­tion, la po­pu­la­tion de Sa­gue­nay a clai­re­ment re­je­té le concept des par­tis en po­li­tique mu­ni­ci­pale. Jo­sée Né­ron a dû prendre acte de ce constat et adap­ter sa gou­ver­nance en fonc­tion de celle-ci, ce qui n’a pas tou­jours été fa­cile. La le­vée de bou­cliers des élus de Jon­quière, unis en bloc contre la construc­tion d’un nou­vel am­phi­théâtre au centre-ville de Chi­cou­ti­mi, en est un bel exemple.

Il est dif­fi­cile de croire qu’une autre per­sonne au­rait fait beau­coup mieux que la mai­resse dans les cir­cons­tances. Même qu’elle a fait un bon bout de che­min en ce qui concerne la trans­pa­rence. Certes, il s’en trou­ve­ra tou­jours pour la cri­ti­quer, à tort ou à rai­son. Il y au­ra tou­jours cette op­po­si­tion fé­roce née de per­sonnes ayant vé­cu l’amer­tume de la dé­faite lors du scru­tin de 2017, dont le chef du Par­ti des ci­toyens, Do­mi­nic Ga­gnon, et la pré­si­dente de l’As­so­cia­tion des contri­buables de Sa­gue­nay, Mé­la­nie Bou­cher. Cer­tains joue­ront en­core les belles-mères, comme le fait de temps à autre l’ex-conseiller Luc Boi­vin et, plus ré­cem­ment, son an­cien col­lègue Luc Black­burn.

Or, après un an d’adap­ta­tion, l’heure est ve­nue pour Jo­sée Né­ron de s’épa­nouir comme mai­resse et de mon­trer à tous de quel bois elle se chauffe.

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