Pour en fi­nir avec le sa­laire

Le Progrès Weekend - - ÉDITORIAL - MARC ÉSDT-ITHOILRAIIARLEISTE omp­sint-ioh­nil@ailres@ole­qil.ucot­mi­dien.com

La grogne était in­évi­table ; la contes­ta­tion aus­si. En fait, tous les in­gré­dients étaient réunis pour que les élus de Sa­gue­nay se fassent la­pi­der sur la place pu­blique : comment ne pas être pi­qué au vif lors­qu’un groupe sé­lect de dé­ci­deurs se vote une aug­men­ta­tion sa­la­riale après avoir im­po­sé, à tous les contri­buables, une aug­men­ta­tion de taxes de quelque 4 % ? Pour ajou­ter aux ar­gu­ments des cri­tiques, la ré­so­lu­tion a été adop­tée le 1er oc­tobre, jour des élec­tions gé­né­rales au Qué­bec. Les plus cy­niques voient une cor­ré­la­tion entre le choix de cette date et l’im­po­pu­la­ri­té de la dé­ci­sion ; les autres, da­van­tage une er­reur de ju­ge­ment de la part du con­seil. Mais sur un point, tous se re­joignent : ce dos­sier au­rait mé­ri­té da­van­tage d’ex­pli­ca­tions, dans un sou­ci de clar­té et de trans­pa­rence.

D’en­trée de jeu, il faut rap­pe­ler que Sa­gue­nay est pré­cur­seure dans ce dé­bat qui, au cours des pro­chains mois, risque de faire rage dans plus d’une col­lec­ti­vi­té du Qué­bec. La dé­ci­sion d’Ot­ta­wa de rendre im­po­sables les al­lo­ca­tions de dé­penses ver­sées aux conseillers mu­ni­ci­paux à comp­ter de 2019 au­ra une in­ci­dence im­por­tante sur le re­ve­nu de chaque élu. Il en se­ra de même pour les dé­pu­tés de l’As­sem­blée na­tio­nale. Un ajus­te­ment s’im­po­sait donc, dans la me­sure où l’on exige de nos re­pré­sen­tants d’être de plus en plus pré­sents et im­pli­qués dans leur man­dat. Car, pour ceux qui en doutent en­core, le tra­vail d’un conseiller mu­ni­ci­pal à Sa­gue­nay né­ces­site un in­ves­tis­se­ment de temps co­los­sal, qui n’a rien à voir avec un em­ploi à temps par­tiel. D’ailleurs, il y au­rait lieu de dé­ter­mi­ner de fa­çon of­fi­cielle qu’il s’agit d’une tâche à temps plein, ce qui éli­mi­ne­rait toutes nuances pos­sibles à ce su­jet.

Dans ce dos­sier d’aug­men­ta­tion des sa­laires, c’est tou­te­fois le désen­ga­ge­ment du gou­ver­ne­ment pro­vin­cial qui de­vrait être mis à l’avant-plan. Pour­quoi Qué­bec n’a-t-il pas sim­ple­ment éta­bli une charte de sa­laires se­lon les réa­li­tés de chaque ag­glo­mé­ra­tion, in­cluant le nombre de ci­toyens re­pré­sen­tés, le ter­ri­toire des dis­tricts et le ra­tio entre la tâche et la fonc­tion ?

En pel­le­tant ain­si la responsabilité aux conseillers de dé­ter­mi­ner leur propre sa­laire, le gou­ver­ne­ment leur a of­fert un ca­deau de Grec. Sur­tout en pé­riode de res­tric­tions bud­gé­taires.

Lundi der­nier, lors de la séance ré­gu­lière du con­seil, un ci­toyen, Jacques Trem­blay, s’est ex­pri­mé sur le su­jet en qua­li­fiant l’aug­men­ta­tion « d’abu­sive et mo­ti­vée uni­que­ment par l’ap­pât du gain ». Est-ce le cas ?

Ce se­rait en ef­fet abu­sif si les élus avaient le loi­sir de n’as­sis­ter aux réunions de co­mi­tés que lors­qu’ils le sou­haitent. Abu­sif éga­le­ment s’ils avaient le loi­sir de n’ac­cor­der qu’une di­zaine ou qu’une quin­zaine d’heures par se­maine à leurs fonc­tions de conseiller, au terme des­quelles ils fer­maient la ligne. Mais, comme l’a sou­li­gné la mai­resse Jo­sée Né­ron, la fonc­tion de conseiller et de maire a gran­de­ment évo­lué, sur­tout de­puis que tous sont do­ré­na­vant ap­pe­lés à par­ti­ci­per ac­ti­ve­ment à l’épa­nouis­se­ment de Sa­gue­nay.

Il se­rait d’ailleurs in­té­res­sant de connaître le taux de pré­sence de chaque élu aux com­mis­sions aux­quelles il par­ti­cipe, un mé­ca­nisme qui dé­mon­tre­rait sans doute l’am­pleur de la tâche à ac­com­plir. Sa­gue­nay au­rait éga­le­ment pu faire des com­pa­ra­tifs entre le tra­vail des conseillers et ce­lui d’autres corps pro­fes­sion­nels.

Car, à la base, nous sou­hai­tons être re­pré­sen­tés par des per­sonnes de qua­li­té, d’âges et de sexes va­riés, is­sues de dif­fé­rents sec­teurs d’ac­ti­vi­tés. Et ça, ça se paie !

Al­ma a dé­jà an­non­cé qu’elle aug­men­te­ra, elle aus­si, le sa­laire de ses élus. Toutes les autres villes en fe­ront au­tant, et Sa­gue­nay au­ra agi en pa­ra­ton­nerre puis­qu’elle a dé­ci­dé de tran­cher ra­pi­de­ment. Sa­lue­rons-nous alors le cou­rage po­li­tique de ce con­seil avec la même éner­gie que celle qui anime ac­tuel­le­ment la cri­tique ? Fau­dra voir…

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