Alexandre dé­joue les ex­perts

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - LAURE GAGNON-TREM­BLAY lga­gnon-trem­blay@le­quo­ti­dien.com

Lors­qu’on vi­site la cour ar­rière d’Alexandre For­tin, on y voit plu­sieurs plates-bandes rem­plies de dif­fé­rentes fleurs de toutes les cou­leurs. Le jeune homme de 21 ans se consi­dère lui-même comme un pas­sion­né de jar­di­nage. Son « da­da », comme il l’ex­plique, est de faire pous­ser dif­fé­rentes sortes de plantes, no­tam­ment le pa­vot, en plus de s’amu­ser à faire de l’hy­bri­da­tion. Alexandre a com­men­cé à se pas­sion­ner pour les fleurs à l’âge de 12 ans, lors­qu’il a de­man­dé à ses pa­rents d’avoir une serre. « Mes pa­rents pen­saient que c’était une pas­sion pas­sa­gère. J’avais dé­jà vou­lu faire du pia­no, avoir une trot­ti­nette élec­trique et un scoo­ter, comme tous les jeunes. Mais ça avait tou­jours pas­sé. Sauf que l’idée d’avoir une serre est res­tée coin­cée dans ma tête pen­dant au moins un an. Alors mon père a dé­ci­dé de m’en faire une. Ce qui m’a don­né le goût de tra­vailler avec les fleurs, c’est de tra­vailler dans le po­ta­ger dans ma serre », ex­plique-t-il.

Le jar­di­nier ajoute que s’il a per­du un peu l’in­té­rêt de faire pous­ser les lé­gumes, sa pas­sion pour les fleurs s’est dé­ve­lop­pée pen­dant ses études à l’Ins­ti­tut de tech­no­lo­gie agroa­li­men­taire de Saint-Hya­cinthe, dans le pro­gramme de Pay­sage et com­mer­cia­li­sa­tion en hor­ti­cul­ture or­ne­men­tale.

« Il y a trois choses à sa­voir sur moi. Je suis pas­sion­né. Plus tard, j’aimerais créer une pé­pi­nière pour pou­voir pro­duire et vendre ce que je veux. Je suis un col­lec­tion­neur. J’ai no­tam­ment une plante qui a sur­vé­cu à des ra­dia­tions. Et j’adore les plantes, ce n’est pas com­pli­qué ! Je ra­masse des plantes que les gens ne veulent plus, je m’oc­cupe de toutes les plates-bandes chez moi et par­fois chez mes tantes et mes oncles. J’aime même désher­ber ! », ra­conte le jeune homme.

Par­mi toutes les plantes dont il s’oc­cupe, l’une de celles dont il est le plus fier est le Me­co­nop­sis be­to­ni­ci­fo­lia, c’est-à-dire le pa­vot bleu de l’Hi­ma­laya, une plante ori­gi­naire du Ti­bet, qui est éga­le­ment l’em­blème des Jar­dins de Mé­tis, en Gas­pé­sie.

« Quand j’étais plus jeune, j’ai en­ten­du Lar­ry Hodg­son, c’est-àdire le Jar­di­nier pa­res­seux, par­ler de cette plante, en di­sant que c’était dif­fi­cile de s’en oc­cu­per, qu’elle était très ca­pri­cieuse, et qu’elle avait ten­dance à se sui­ci­der. Ça veut dire qu’elle va fleu­rir, mais qu’elle va mou­rir après, parce qu’elle met toute son éner­gie dans la pro­duc­tion de graines et n’en met pas pour sur­vivre à l’hi­ver », ex­plique-t-il.

Alexandre For­tin ajoute que lors­qu’il a choi­si de se pro­cu­rer du pa­vot bleu, plu­sieurs em­ployés de dif­fé­rent centre de jar­di­nage lui dé­con­seillaient d’es­sayer de la faire pous­ser. « On me di­sait que je ne se­rais ja­mais ca­pable de le faire fleu­rir, que plu­sieurs jar­di­niers plus ex­pé­ri­men­tés n’avaient pas réus­si. Main­te­nant, ça fait cinq ans que j’en ai, et ça fleu­rit chaque an­née ! Ce n’est pas la plus im­pres­sion­nante, car elle est toute pe­tite. Mais c’est vrai­ment une réus­site, vu sa dif­fi­cul­té », men­tionne-t-il.

Le jeune homme ai­me­rait éven­tuel­le­ment être connu pour ses hy­bri­da­tions de pa­vots. L’an der­nier, il a réus­si à créer un pa­vot mi­nia­ture, qui me­sure quelques pouces alors qu’ha­bi­tuel­le­ment, la plante peut at­teindre quelques pieds.

« Je n’ai pas seule­ment des plantes hy­brides. J’ai une grosse col­lec­tion de plantes plus rares, qui ne poussent pas na­tu­rel­le­ment ici. J’ai des mé­ta­sé­quoias, qui sont dans la même fa­mille que les sé­quoias géants de Ca­li­for­nie, mais qui ne de­viennent pas né­ces­sai­re­ment aus­si gros. Ce qui est in­té­res­sant, c’est qu’ils perdent leurs ai­guilles. J’ai aus­si de l’érable du Ja­pon. Ce qui est plai­sant au Saguenay, c’est qu’on a une forte ac­cu­mu­la­tion de neige, ce qui pro­tège les plantes pen­dant l’hi­ver », pour­suit-il.

Par­mi ses plantes plus rares, Alexandre For­tin a un hos­ta Em­boï­de­ry, une plante vi­vace à feuilles, qui se­rait un pro­duit de la radiation. « Je ne pen­sais ja­mais mettre la main sur cet hos­ta, car ha­bi­tuel­le­ment, il se vend aux en­chères à plus de 300 $ aux ÉtatsU­nis. Sauf qu’il y a un pro­duc­teur à Qué­bec, Vi­vaces Merle Bleu, qui a réus­si à mettre la main des­sus et l’a di­vi­sé. Et j’ai réus­si à avoir l’un d’entre eux, quelques heures avant que tout son stock parte aux États-Unis ! », men­tionne le jar­di­nier.

« La plante a sur­vé­cu à une radiation, mais per­sonne ne sait quel est l’évènement exac­te­ment. C’est quel­qu’un qui l’a trou­vé dans son jardin, et en fai­sant des ana­lyses, il a réa­li­sé que l’ADN avait été mo­di­fié. Et c’est quelque chose qui n’ar­rive qu’avec la radiation. La mu­ta­tion se re­marque avec la bor­dure de la feuille, qui est beau­coup plus on­du­lée que les ho­stas nor­maux », ajoute Alexandre.

Se­lon lui, même si faire pous­ser ces plantes re­pré­sente un gros dé­fi, le ré­sul­tat en vaut la peine. Le jeune homme par­tage d’ailleurs les pho­tos des flo­rai­sons de ses plantes sur Fa­ce­book, sur la page Le Jardin des Souvenirs.

— PHO­TO COURTOISIE

L’une des plantes pré­fé­rées d’Alexandre For­tin, et l’une de celles qu’il est le plus fier d’avoir fait pous­ser, est le Me­co­nop­sis be­to­ni­ci­fo­lia, c’est-à-dire le pa­vot bleu de l’Hi­ma­laya.

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