Vingt mois pour avoir se­coué son bé­bé

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - STÉ­PHANE BÉGIN sbe­gin@le­quo­ti­dien.com

Le père de fa­mille qui a se­coué sa fillette de moins de sept se­maines prend le che­min de la pri­son pour les 20 pro­chains mois. Le juge Mi­chel Bou­dreault, de la Cour du Qué­bec, a ren­du sa sen­tence ven­dre­di ma­tin au Pa­lais de jus­tice de Chi­cou­ti­mi. Il im­pose une pé­riode de pro­ba­tion de trois an­nées et il in­ter­dit à l’homme d’avoir des contacts avec son ex­con­jointe et la fillette, main­te­nant âgée de près de quatre ans.

Le 17 no­vembre 2013, l’homme de 32 ans, que nous ne pou­vons iden­ti­fier afin de pro­té­ger l’iden­ti­té de la vic­time, s’oc­cupe du pe­tit bé­bé pen­dant que la ma­man donne un cours.

L’in­di­vi­du est af­fai­ré à ses études lorsque l’en­fant se met à pleu­rer. Il le prend dans ses bras dans l’es­poir de le cal­mer. Mais les pleurs ne s’ar­rêtent pas pour au­tant.

À un mo­ment don­né, l’ac­cu­sé, au phy­sique tout de même im­po­sant, se­coue le bé­bé d’avant en ar­rière et en­suite de cô­té. Tout ça en quelques se­condes. Et il le dé­pose brus­que­ment dans son lit.

Ra­pi­de­ment, la fillette cesse de res­pi­rer et de­vient bleue. L’in­di­vi­du com­mu­nique d’ur­gence avec son frère et contacte en­suite sa conjointe pour l’avi­ser de la si­tua­tion. Il en­tre­prend des ma­noeuvres de ré­ani­ma­tion afin de ra­me­ner l’en­fant à la vie.

L’en­fant a été ame­né à l’hô­pi­tal de Jon­quière et a été di­ri­gé vers ce­lui de Chi­cou­ti­mi où les mé­de­cins dé­tectent un épan­che­ment de sang au cer­veau. À par­tir de là, l’en­fant est trans­fé­ré à Qué­bec où le syn­drome du bé­bé se­coué est ra­pi­de­ment dé­tec­té.

Dès les pre­miers ins­tants, la mère de l’en­fant a soup­çon­né son conjoint d’être à l’ori­gine de la si­tua­tion, mais il a nié à plu­sieurs re­prises avoir fait quoi que ce soit à son bé­bé, qui n’a pré­sen­te­ment au­cune sé­quelle.

En in­ter­ro­ga­toire, l’ac­cu­sé a men­tion­né ne pas sa­voir ce qu’il lui a pris. Il vi­vait une pé­riode stres­sante, dit-il.

Le juge Bou­dreault es­time que « ni les dif­fi­cul­tés fi­nan­cières de l’homme, son im­pa­tience ou sa perte de contrôle ne peuvent ex­pli­quer de s’en prendre à un en­fant, sans dé­fense, qui ne peut se sau­ver ou ré­pli­quer. Ce soir-là, vous n’aviez ni consom­mé d’al­cool ou de stu­pé­fiants et vous au­riez dû sa­voir que vous pou­viez cau­ser des bles­sures à l’en­fant ».

« En plus, vous avez com­mis trois gestes de vio­lence, en le se­couant à deux re­prises et en le dé­po­sant brus­que­ment dans son lit. Vous avez in­fli­gé des souf­frances graves à l’en­fant », a re­pris le ma­gis­trat.

SA­TIS­FAIT

Pour sa part, Me Luc Tou­ran­geau, avo­cat du père de fa­mille, s’est mon­tré sa­tis­fait de la sen­tence, lui qui avait sug­gé­ré 15 mois de dé­ten­tion contre 24 pour la Cou­ronne.

« La sen­tence m’ap­pa­raît adé­quate et ap­pro­priée. La si­tua­tion n’est pas fa­cile pour mon client, car il s’agit d’un drame épou­van­table pour tout le monde. Ça s’est pas­sé en une frac­tion de se­conde. Mon­sieur éprouve de la honte, a des re­mords et a des regrets », de dire le cri­mi­na­liste.

« Mon­sieur ai­me­rait pou­voir ré­pa­rer, dans la me­sure du pos­sible, cette si­tua­tion, et avoir l’op­por­tu­ni­té d’avoir des contacts avec son en­fant et son ex-conjointe pour l’in­té­rêt de l’en­fant et pou­voir s’ex­cu­ser à sa sor­tie de pri­son », de conclure Me Tou­ran­geau.

En in­ter­ro­ga­toire, l’ac­cu­sé a men­tion­né ne pas sa­voir ce qu’il lui a pris. Il vi­vait une pé­riode stres­sante, dit-il.

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