CLAUDE VILLE­NEUVE

Le Quotidien - - CHRONIQUE -

Après que le pré­sident Trump ait an­non­cé le re­trait des États-Unis de l’Ac­cord de Pa­ris le 1er juin der­nier, le pré­sident Ma­cron de France a lan­cé un ap­pel his­to­rique : « Make our pla­net great again ! » pa­ra­phra­sant ain­si le slo­gan de cam­pagne de son ho­mo­logue amé­ri­cain aux vi­sions pro­tec­tion­nistes « Make Ame­ri­ca great again ! ». Mais au-de­là des for­mules choc, le pré­sident fran­çais a en­cou­ra­gé les cher­cheurs amé­ri­cains spé­cia­li­sés dans le do­maine des chan­ge­ments cli­ma­tiques à ve­nir pour­suivre leurs tra­vaux en France.

Pour fa­ci­li­ter les choses, Pa­ris a débloqué des bud­gets consé­quents pour les ac­cueillir. Il ac­cueillait en quelque sorte des ré­fu­giés cli­ma­tiques d’un autre type.

En ef­fet, les po­li­tiques du gou­ver­ne­ment Trump sont clai­re­ment an­ti science et à plus forte rai­son an­ti chan­ge­ments cli­ma­tiques. Les coupes de bud­get qui com­mencent dans les or­ga­nismes sub­ven­tion­naires et à l’EPA, l’agence de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment des États-Unis, sont cruelles. De­puis jan­vier der­nier, les « hommes du pré­sident » ont aus­si en­ta­mé une chasse aux sor­cières contre les fonc­tion­naires et les scien­ti­fiques qui ont contri­bué aux né­go­cia­tions sur le cli­mat. Ces gestes mal in­ten­tion­nés ont se­mé la conster­na­tion dans les uni­ver­si­tés et les agences de re­cherche du gou­ver­ne­ment amé­ri­cain comme en té­moignent de nom­breux édi­to­riaux pu­bliés ré­cem­ment dans les plus grandes re­vues scien­ti­fiques.

Il semble que l’équipe Trump n’ait pas com­pris que la science au­jourd’hui n’est plus uni­que­ment l’af­faire d’un pays ou d’un gou­ver­ne­ment, sur­tout dans un do­maine comme les chan­ge­ments cli­ma­tiques qui ont des ré­per­cus­sions à l’échelle pla­né­taire. La courte vue du gou­ver­ne­ment Trump risque de coû­ter cher aux États-Unis. En ef­fet, au-de­là de ce que coûtent les sa­laires et les sub­ven­tions des cher­cheurs, les re­tom­bées de leurs tra­vaux, en termes d’in­no­va­tion, de par­tage d’ex­per­tises et de ré­pu­ta­tion pour un pays, dé­passent lar­ge­ment l’in­ves­tis­se­ment qu’on y consacre. Em­ma­nuel Ma­cron semble l’avoir com­pris.

La re­vue Na­ture, dans son nu­mé­ro du 19 juillet, fai­sait état de la mou­vance des scien­ti­fiques amé­ri­cains qui ont dé­ci­dé de ré­pondre à l’ap­pel d’Em­ma­nuel Ma­cron. Avec un bud­get de 60 mil­lions d’eu­ros (cent mil­lions de $), les can­di­da­tures af­fluent. C’est pro­ba­ble­ment l’in­ves­tis­se­ment le plus payant qu’ait fait la France de­puis bien long­temps. Des mil­liers de can­di­da­tures de scien­ti­fiques amé­ri­cains ont dé­jà été re­çues à tel point que l’Al­le­magne, ja­louse de ne pas avoir eu l’idée en pre­mier, en ra­joute. Le pays d’An­ge­la Mer­kel tente en ef­fet à son tour d’at­ti­rer des ré­fu­giés cli­ma­tiques payants.

Pour­quoi ces ré­fu­giés d’un genre in­édit valent-ils la peine qu’on les re­cherche ? Ce n’est pas com­pli­qué. Ces gens ont de très hautes qua­li­fi­ca­tions et leur for­ma­tion a été payée par les sys­tèmes d’édu­ca­tion de leurs pays d’ori­gine ou par des bourses in­ter­na­tio­nales. Ce sont aus­si des gens qui ont un haut po­ten­tiel d’in­no­va­tion, puisque la re­cherche oblige à ex­plo­rer des pistes vierges. Ils doivent aus­si re­le­ver des dé­fis tech­niques qui pro­fitent aux sec­teurs de pointe de l’in­dus­trie. En­fin, ce sont des gens qui non seule­ment contri­bue­ront à for­mer de meilleurs spé­cia­listes lo­ca­le­ment, mais qui en plus ser­vi­ront la ré­pu­ta­tion des uni­ver­si­tés et agences au sein des­quelles ils tra­vaille­ront, at­ti­rant ain­si des étu­diants étran­gers. Tout bé­né­fice !

Le Ca­na­da est presque un sa­tel­lite des États-Unis, pour le meilleur et pour le pire. Mais jus­qu’à nou­vel ordre, il de­meure un pays in­dé­pen­dant et il pour­rait aus­si à l’ins­tar de la France et de l’Al­le­magne of­frir un bud­get spé­cial pour ac­cueillir ces ré­fu­giés cli­ma­tiques d’un nou­veau genre. En termes d’in­ves­tis­se­ment, c’est clai­re­ment plus pro­met­teur que de conti­nuer de sub­ven­tion­ner l’ex­ploi­ta­tion pé­tro­lière. Mais ce ju­ge­ment n’en­gage que moi. À ceux qui pensent le contraire d’en faire la preuve.

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