LARGUÉS PAR LEUR DOC­TEUR

Une plainte dé­po­sée au Col­lège des mé­de­cins après avoir été re­ti­rés de la liste de pa­tients

Le Quotidien - - LA UNE - DO­MI­NIQUE GOBEIL dgo­beil@le­quo­ti­dien.com

Les Sa­gue­néens Li­na St-Ge­lais et An­dré Guérin cu­mulent un dos­sier mé­di­cal char­gé : ré­mis­sion d’un can­cer du sein, syn­drome du ca­nal car­pien, sté­noses dans la co­lonne ver­té­brale, pa­ra­ly­sie par­tielle, acou­phènes… Ils au­raient bien be­soin d’un mé­de­cin de fa­mille. Ils en avaient un avant d’être re­ti­rés de sa liste de pa­tients. Le couple a dé­non­cé la si­tua­tion au Col­lège des mé­de­cins il y a deux se­maines. Leur cas pour­rait être un exemple d’une pra­tique ta­boue dans le mi­lieu mé­di­cal : l’aban­don de pa­tients ju­gés trop pre­nants.

Puisque les plaintes adres­sées au Col­lège des mé­de­cins sont confi­den­tielles jus­qu’à ce que le dos­sier soit ju­gé par le conseil de dis­ci­pline ou qu’un en­ga­ge­ment soit pris avec le mé­de­cin, la re­la­tion­niste de presse Les­lie La­branche ne pou­vait four­nir au­cune in­for­ma­tion sur ce cas pré­cis. C’est aus­si pour­quoi l’iden­ti­té de l’om­ni­pra­ti­cien sa­gue­néen se­ra pro­té­gée, les pa­tients ne vou­lant pas être ac­cu­sés de dif­fa­ma­tion.

Le couple a d’abord pen­sé avoir été « épu­ré » de la liste de pa­tients de leur mé­de­cin afin que ce­lui-ci puisse ob­te­nir une prime ac­cor­dée pour la prise en charge de nou­veaux pa­tients or­phe­lins. Sur­nom­mée prime « Bol­duc », elle n’est ce­pen­dant plus oc­troyée, as­sure-t-on à l’As­so­cia­tion des mé­de­cins om­ni­pra­ti­ciens du Sa­gue­nay-Lac-Saint-Jean.

« Ça se peut très bien que le mé­de­cin ait trou­vé que nous sommes des cas trop lourds, qu’on lui pre­nait trop de temps. Pour­tant, nous ne sommes pas des per­sonnes han­di­ca­pées ou en fin de vie », dé­plore An­dré Guérin.

Ce­lui qui tra­vaillait comme ca­mion­neur se dé­place dif­fi­ci­le­ment et souffre beau­coup. Il est in­ca­pable d’oc­cu­per un em­ploi et s’épuise ra­pi­de­ment. Sa conjointe doit prendre en main toutes les tâches à la mai­son et sur le ter­rain, mal­gré ses propres pro­blèmes de san­té. Leur col­lec­tion de pi­lules est im­pres­sion­nante. Ils ont des ren­dez-vous presque toutes les se­maines, sou­vent plu­sieurs.

Il y a quatre ans, le mé­de­cin de fa­mille du couple a pris sa re­traite et leur a re­mis leur dos­sier. Pen­dant plus d’un an, l’homme et la femme ont été ins­crits au gui­chet unique et se ren­daient à des consul­ta­tions sans ren­dez-vous. « Ça nous a fait très mal. On a beau­coup dé­pé­ri pen­dant cette pé­riode », confie M. Guérin. Sa conjointe n’avait pas en­core re­çu son diag­nos­tic pour le can­cer du sein. Le couple a fi­na­le­ment été mis en contact avec un nou­veau mé­de­cin de fa­mille qui a ac­cep­té de les prendre en charge.

COM­POR­TE­MENT «LOUCHE»

« Un jour, le mé­de­cin nous a an­non­cé qu’il al­lait bien­tôt dé­mé­na­ger à Mon­tréal, ra­conte An­dré Guérin. Il di­sait qu’il al­lait être obli­gé de tra­vailler à l’ur­gence en plus de la cli­nique pour ne pas être pé­na­li­sé fi­nan­ciè­re­ment, mais on trou­vait ça bi­zarre. Les règles sont les mêmes par­tout au Qué­bec. Il a beau­coup in­sis­té pour qu’on s’ins­crive au gui­chet unique, mais il a pré­ci­sé qu’il conti­nue­rait de nous soi­gner comme d’ha­bi­tude, qu’on res­te­rait ses pa­tients en at­ten­dant et qu’on pour­rait prendre ren­dez-vous. »

Le per­son­nel de la cli­nique n’était pas au cou­rant que le mé­de­cin pré­voyait dé­mé­na­ger, s’est éton­né le couple. Au lieu de pro­cé­der par In­ter­net via le Gui­chet d’ac­cès à un mé­de­cin de fa­mille (GAMF), les conjoints se sont ins­crits en té­lé­pho­nant au bu­reau ré­gio­nal si­tué à l’hô­pi­tal de Chi­cou­ti­mi, le Gui­chet d’ac­cès pour la clien­tèle or­phe­line (GACO).

— PHO­TO LE QUOTIDIEN, JEAN­NOT LÉ­VESQUE

An­dré Guérin et sa femme Li­na St-Ge­lais sont consi­dé­rés comme des pa­tients « vul­né­rables » en rai­son de leur dos­sier mé­di­cal char­gé.

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