12 mois de pri­son pour un pa­py pro­duc­teur

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - STÉPHANE BÉ­GIN sbe­gin@le­quo­ti­dien.com

Un « pa­py » de 75 ans de Lac-Ké­no­ga­mi, Yvon La­prise, a vou­lu ar­ron­dir ses fins de mois. Il a pris la dé­ci­sion de prendre plus de 350 plants de ma­ri­jua­na dans son sous-sol, même s’il se dou­tait bien que ce n’était pas la meilleure so­lu­tion. Le sep­tua­gé­naire a pris le che­min de la pri­son pour une pé­riode de 12 mois, la peine mi­ni­male pour une ac­cu­sa­tion de production de stu­pé­fiants de plus de 300 plants. Il a aus­si re­con­nu sa culpa­bi­li­té au mau­vais en­tre­po­sage d’une arme à feu.

En juin 2016, les po­li­ciers de la Sé­cu­ri­té pu­blique de Sa­gue­nay et de la Sû­re­té du Qué­bec sont dé­bar­qués dans deux ré­si­dences de la rue des Fon­da­teurs, à Lac-Ké­no­ga­mi. Ils ont alors dé­cou­vert plus de 630 plants de ma­ri­jua­na et 14 ki­lo­grammes de can­na­bis, le tout d’une va­leur es­ti­mée à 965 660 $.

Ils ont ar­rê­té La­prise, qui pos­sé­dait 358 plants et 9,5 kg de can­na­bis, alors qu’ils ont dé­cou­vert 275 jeunes plants et 4,8 kg de can­na­bis chez son voi­sin, Mi­chel Roy (18 mois de dé­ten­tion).

L’his­toire a com­men­cé lorsque Roy, qui louait une mai­son ap­par­te­nant à La­prise, a de­man­dé à son voi­sin de pouvoir uti­li­ser son sous-sol pour y pla­cer des plants de ma­ri­jua­na. Ce­la au­rait per­mis au re­trai­té de l’édu­ca­tion d’ajou­ter un peu d’argent à ses re­ve­nus men­suels.

« C’est le voi­sin qui pro­dui­sait. Il a of­fert à M. La­prise de mettre en com­mun l’élec­tri­fi­ca­tion pour la production. Il a ac­cep­té », de no­ter Me Mi­chael Bour­get, pro­cu­reur de la Cou­ronne.

Les po­li­ciers sui­vaient les faits et gestes de Mi­chel Roy de­puis un cer­tain temps.

Ils avaient re­mar­qué quelque chose d’ir­ré­gu­lier à sa ré­si­dence, mais il sem­blait leur man­quer de preuve.

Lorsque la production s’est éten­due à la deuxième mai­son, celle de M. La­prise, les en­quê­teurs ont pu ré­col­ter da­van­tage de preuve et alors ont pu frap­per un grand coup. « Mon client a ac­cep­té de prendre des plants chez lui, même s’il sa­vait que c’était illé­gal. Il était là pour les ar­ro­ser et en prendre soin. Mais il a ac­cep­té ce qui se passe, re­con­naît les faits et plaide cou­pable », a ajou­té Me Louis Bel­liard, pro­cu­reur en dé­fense.

LA PRI­SON !

Dès le mo­ment où le juge Jean Hu­don a en­té­ri­né la sug­ges­tion com­mune des pro­cu­reurs, l’homme a pris le che­min des cel­lules sans pouvoir dire un au re­voir à son fils, Guy, qui l’ac­com­pa­gnait.

Ce­lui-ci a de­man­dé à par­ler avec le représentant du Quotidien quelques mi­nutes après afin de dire un mot au su­jet de son pa­ter­nel.

« Je me de­mande ce que ça donne d’en­voyer un homme de son âge en pri­son. Je sais bien que c’est ce qui est écrit sur pa­pier, mais je m’in­ter­roge. Il n’a pas tué per­sonne et n’a pas tou­ché la bi­zoune d’un en­fant. Il a fait une er­reur et il la re­con­naît », in­dique Guy La­prise.

« Au lieu de le voir dé­pen­ser son chèque de pen­sion chaque mois, il va coû­ter de l’argent à la so­cié­té en étant en pri­son. De­puis les évé­ne­ments de juin 2016, mon père s’est ins­tal­lé chez moi. Il n’a rien fait de ré­pré­hen­sible. Il ne boit pas, ne fume pas et ne sort pra­ti­que­ment pas. Il au­rait pu pur­ger sa peine en so­cié­té et il au­rait coû­té moins cher », note le fils de l’ac­cu­sé.

Ce­lui-ci sait très bien que sa sor­tie ne chan­ge­ra rien, mais il te­nait tout de même à li­vrer le fond de sa pen­sée.

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