La ma­rion­nette pour tous les âges

Le Quotidien - - LA UNE - DA­NIEL CÔ­TÉ dcote@le­quo­ti­dien.com

La vie. La mort. Vaste pro­gramme lors­qu’on se donne pour man­dat de pro­duire une pièce de théâtre des­ti­née aux en­fants âgés de cinq ans et plus. C’est pour­tant le dé­fi qu’a re­le­vé le Théâtre de l’Oeil, l’une des com­pa­gnies in­vi­tées dans le cadre du Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal des arts de la ma­rion­nette à Sa­gue­nay. Le fruit de ses co­gi­ta­tions a pour titre Le coeur en hi­ver et mal­gré la cha­leur ca­ni­cu­laire qui ré­gnait à l’ex­té­rieur, il a at­ti­ré de 400 à 500 per­sonnes mer­cre­di après-mi­di, à la Salle François-Bras­sard de Jon­quière.

Par­mi les nom­breux en­fants qui as­sis­taient à cette re­pré­sen­ta­tion (une deuxième au­ra lieu jeu­di à 10 h), cer­tains étaient si pe­tits qu’ils sem­blaient per­dus au mi­lieu de leur siège. Par consé­quent, ils n’ont eu au­cune peine à s’iden­ti­fier aux per­son­nages prin­ci­paux, Ger­da et Kay, unis par une pro­fonde ami­tié, au­tant que par leur ca­pa­ci­té de trou­ver de la beau­té dans tout. Ils ont beau être pauvres, la vue d’une fleur, même un peu croche, suf­fit pour ré­chauf­fer leurs coeurs.

Un homme te­nant le rôle de nar­ra­teur af­firme qu’ils pos­sèdent un grand pou­voir. Il ne men­tionne pas le­quel, mais on réa­lise que c’est à tra­vers leur re­gard qu’il se ma­ni­feste. Même l’hi­ver, ils prennent plai­sir à se ré­chauf­fer près du feu en com­pa­gnie de leur grand-mère, qui a tou­te­fois la mau­vaise idée de leur par­ler de la Reine des neiges. Fas­ci­né, le gar­çon in­siste pour la voir en dé­pit des risques in­hé­rents à une telle en­tre­prise. Le voi­ci donc qui part un jour de tem­pête, qui perd son man­teau et qui abou­tit, plus mort que vif, au Pa­lais de glace.

C’est là que l’his­toire com­mence vrai­ment. La reine offre de le pro­té­ger du froid jus­qu’à la fin des temps, mais le prix à payer consiste à re­non­cer à son an­cienne vie, à sa com­pli­ci­té avec Ger­da, au bon­heur simple que pro­cure le cycle des sai­sons. « La vie est une vallée de dou­leur et à la fin, tout meurt », énonce la ten­ta­trice. L’es­prit de Kay est si per­tur­bé qu’à son re­tour à la mai­son, plus rien ne l’in­té­resse. Il re­vient donc au pa­lais où la maî­tresse des lieux l’ac­cueille avec ces mots : « Je te mon­tre­rai l’éter­ni­té ».

UNE DRÔLE DE RI­VIÈRE

Tout ce­ci semble bien sé­rieux et ça l’est. Néan­moins, les in­ter­prètes par­viennent ré­gu­liè­re­ment à di­ver­tir les jeunes, un bon exemple étant l’ap­pa­ri­tion d’un co­mé­dien éten­du sur la scène et ma­nié­ré comme un coif­feur dans un té­lé­ro­man de De­nise Fi­lia­trault. Il in­carne une ri­vière et pro­met à Ger­da, par­tie à la re­cherche de Kay, de ra­me­ner son ami si elle lui donne ses sou­liers neufs. Elle ac­cepte ce mar­ché de dupes, ce qui amène le co­mique à chan­ter « J’ai de beaux sou­liers » afin de nar­guer la fillette. Elle est triste, mais dans la salle, tout le monde rit.

Il y a aus­si le bri­gand qui a en­le­vé Ger­da en la pre­nant pour la fille d’un riche qu’il pour­rait ran­çon­ner. Il est si bête qu’on s’en amuse au lieu de s’en in­quié­ter et puisque la pomme tombe tou­jours près de l’arbre, sa fille, toute me­nue, mais plus vi­laine que trois Do­nald, or­donne à Ger­da de l’ai­mer. « Au­tre­ment, je vais te tuer », pro­met-elle, sa main me­nue ser­rant un sabre qu’on de­vine tran­chant.

L’oeil aus­si trouve ma­tière à se ré­jouir, no­tam­ment lors de l’ap­pa­ri­tion d’une vieille dame dont la jupe, im­mense, épouse les traits d’un par­terre fleu­ri. Elle re­pré­sente une autre source de dan­ger pour Ger­da, ce­pen­dant, puisque sa mé­moire s’étiole à son contact. La pe­tite va échap­per in ex­tre­mis à cette douce em­prise et ul­ti­me­ment, elle dé­boule dans le Pa­lais de glace où Kay re­fuse de la suivre. Le gar­çon pré­fère de­meu­rer im­mor­tel sans réa­li­ser qu’il n’est dé­jà plus de ce monde. Il vit sans vivre, en ef­fet, dans un monde aus­si fade qu’un bloc de to­fu.

PHOTO LE QUO­TI­DIEN, JEANNOT LÉ­VESQUE

— PHOTO LE QUO­TI­DIEN, JEANNOT LÉ­VESQUE

C’était au temps où la vie sou­riait à Kay et Ger­da, où tout les émer­veillait, y com­pris une jour­née pas­sée aux cô­tés de leur grand-mère. Bien­tôt, leur monde se­ra bou­le­ver­sé, ce qui consti­tue­ra le vé­ri­table point de dé­part de la pièce Le coeur en hi­ver.

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