Un sa­voir-faire cultu­rel

Le Quotidien - - TRIBUNE - AU­DREY GI­RARD TRI­BUNE re­dac­tion@le­quo­ti­dien.com

On le sait, notre ré­pu­ta­tion à l’échelle pro­vin­ciale nous pré­cède, les Jean­nois ont le coude lé­ger ! Du mythe de la grosse bière en pas­sant par le nombre crois­sant de mi­cro­bras­se­ries, on parle de nous de­puis belle lu­rette comme des consom­ma­teurs de broue d’ex­cep­tion. L’in­dus­trie prend pour­tant un nou­veau vi­rage de­puis quelques an­nées. La mon­dia­li­sa­tion s’ef­face et laisse place aux « lo­cal­vores », qui s’in­té­ressent à la pro­ve­nance de leurs pro­duits et à leur fa­bri­ca­tion. C’est là que l’es­sor des mi­cro­bras­se­ries prend tout son sens.

La fa­bri­ca­tion de la bière est un art mil­lé­naire qui se per­pé­tue dans la tra­di­tion de plu­sieurs cultures. Dès le moyen-âge, en Eu­rope, on passe de la pro­duc­tion sai­son­nière de bière plus cir­cons­tan­cielle à une pro­duc­tion plus étof­fée et ré­gle­men­tée, que ce soit dans les mo­nas­tères, pour les mi­li­taires, pour les ou­vriers ou pour la royau­té. C’est ain­si que se sont créés, à tra­vers le temps, dif­fé­rents styles de bière. Cha­cun fait face à sa réa­li­té, au­tant au ni­veau des ma­tières pre­mières qu’au ni­veau des lois, évo­luant ain­si au gré de la so­cié­té et de son or­ga­ni­sa­tion. À l’ère du nu­mé­rique, ce sa­voir­faire an­ces­tral est ac­ces­sible et uti­li­sé par­tout à tra­vers le globe. Cha­cun l’in­ter­prète et l’adapte à sa fa­çon avec une créa­ti­vi­té sans li­mites. On as­siste en­core à la nais­sance de nou­veaux styles géo­gra­phi­que­ment dé­fi­nis, dont plu­sieurs styles de IPA amé­ri­caines.

IL Y A DE LA PLACE POUR LES MI­CRO­BRAS­SE­RIES

La ques­tion re­vient sou­vent : y a-t-il trop de mi­cro­bras­se­ries dans la ré­gion ? Non, il y a de la place pour tout le monde. L’en­goue­ment du pu­blic pour les bières fa­bri­quées lo­ca­le­ment est loin de s’es­souf­fler. L’aug­men­ta­tion des parts de mar­ché des der­nières an­nées en fait la preuve. Pour­quoi ? On offre aux consom­ma­teurs des pro­duits à sa­veur ré­gio­nale en fai­sant af­faire avec des pro­duc­teurs d’ici, en plus de leur ser­vir un mar­ke­ting qui se rap­proche de leurs va­leurs et de leur vé­cu. Les évé­ne­ments se mul­ti­plient et at­tirent un plus grand pu­blic, édu­qué par des ar­tistes pas­sion­nés sen­sibles à leur clien­tèle.

UNE IN­DUS­TRIE QUI S’ÉPA­NOUIT À VUE D’OEIL

Ce­la dit, pour ce qui est de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en ma­tière pre­mière lo­cale, l’af­faire en est en­core à ses pre­miers bal­bu­tie­ments. De l’orge bras­si­cole est pro­duite en ré­gion, mais au­cune mal­te­rie ne la trans­forme ici. La pro­duc­tion du hou­blon est en­core rare. La bonne nou­velle, c’est que le mar­ché est là et que tous les ac­teurs s’y in­té­ressent, per­met­tant de di­ver­si­fier la pro­duc­tion agri­cole et par la bande, de créer plu­sieurs em­plois, au­tant dans les sec­teurs pri­maires que se­con­daires. D’ailleurs, le pre­mier pro­gramme de for­ma­tion dans une ins­ti­tu­tion sco­laire en bras­sage vient de voir le jour à Jon­quière, for­mant une pléiade d’em­ployés po­ten­tiels, une res­source qui n’a pas de prix !

Tout est dans notre camp pour créer des spé­ci­fi­ci­tés bras­si­coles propres à notre belle ré­gion. Le monde des mi­cro­bras­se­ries jouit d’un cli­mat de fra­ter­ni­té qui laisse place à une mul­ti­tude de so­lu­tions col­lec­tives à nos dé­fis com­muns, tels le trans­port, la pro­mo­tion, l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en ma­tière pre­mière, la lé­gis­la­tion, etc. Le par­tage du sa­voir­faire et l’es­prit de col­la­bo­ra­tion contri­bue­ront sans au­cun doute, dans les pro­chaines an­nées, au dé­ve­lop­pe­ment de sa­veurs et de tech­niques ty­pi­que­ment ré­gio­nales. Les ar­ti­sans der­rière les pro­duits mis en mar­ché sont fiers de contri­buer à leur in­dus­trie, et on va se le dire… les consom­ma­teurs de la ré­gion sont chau­vins !

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