PA­TRICE MÉ­NARD, PRO­PRIÉ­TAIRE DU CRÉ­MIER DE JON­QUIÈRE Tro­quer la four­rure pour de la crème gla­cée

Le Quotidien - - AFFAIRES - MÉLYSSA GA­GNON mga­gnon@le­quo­ti­dien.com

Pa­trice Mé­nard a fait un choix de car­rière hors de l’or­di­naire. Alors qu’il avait l’op­por­tu­ni­té de ré­chauf­fer les gens l’hi­ver en tra­vaillant pour le com­merce de four­rures de son père, il a pré­fé­ré ra­fraî­chir les clients l’été en de­ve­nant pro­prié­taire de comp­toirs lai­tiers. Qui ne se sou­vient pas de la belle et fri­vole époque du Cor­net vo­lant, ce ca­mion de glace qui sillon­nait les rues du Sa­gue­nay et du LacSaint-Jean et qui fai­sait le bon­heur de tous les en­fants? Le my­thique vé­hi­cule a fait son en­trée dans le pay­sage ré­gio­nal en 1973. Mais entre 1978 et 1995, l’homme aux com­mandes était Pa­trice Mé­nard, l’ac­tuel pro­prié­taire du Cré­mier de Jon­quière et de Chi­cou­ti­mi-Nord. Le mar­chand de glace a pris un ma­lin plai­sir, pen­dant près de 18 ans, à conduire l’un des quatre vé­hi­cules de son en­tre­prise, cha­cun do­té d’un haut-par­leur d’où pro­ve­nait une mu­sique qui avait le pou­voir de faire sa­li­ver.

Tous connais­saient les ef­fluves mu­si­caux du Cor­net vo­lant, les­quels don­naient l’im­pres­sion d’avoir voya­gé à tra­vers une boîte de conserve avant de par­ve­nir aux oreilles du voi­si­nage. Ces notes étaient vite as­so­ciées, par les cer­veaux ef­fer­ves­cents des bam­bins, à celles, sa­vou­reuses, de Pop­sicles aux ba­nanes, de su­cettes au cho­co­lat fa­ri­nées de fri­mas, de bâ­ton­nets Re­vel ou Fudge dé­gou­li­nants ou, pour les plus clas­siques, d’une spi­rale de crème molle à la va­nille.

«Pour sor­tir ma blonde le soir, je l’em­me­nais en ca­mion. Elle ne trou­vait pas ça tout le temps drôle», ra­conte Pa­trice Mé­nard en adressant un clin d’oeil. COMP­TOIRS LAI­TIERS

My­riam Ga­gnon n’a pour­tant ja­mais quit­té le sym­pa­thique mar­chand de glace. Après avoir re­mi­sé ses ca­mions, de­ve­nus beau­coup trop chers à en­tre­te­nir, le couple s’est lan­cé dans l’aven­ture des comp­toirs lai­tiers. Un pre­mier com­merce a ou­vert ses portes à La Baie en 1982, en col­la­bo­ra­tion avec la lai­te­rie du même nom. En 1985, Pa­trice Mé­nard et My­riam Ga­gnon ont fait construire un im­meuble au coin An­gers et Saint-Do­mi­nique.

À Jon­quière, Le Cré­mier est de­ve­nu une ins­ti­tu­tion et 32 ans après son im­plan­ta­tion, les pa­trons ont per­du le compte du nombre de conte­nants de mé­lange à crème gla­cée uti­li­sés pour sa­tis­faire la dent su­crée de mil­liers de clients les chaudes jour­nées d’été.

«Au dé­but, My­riam m’a dit : ‘‘Je te donne deux ans’’. Ça fait 38 ans que je suis à mon compte et elle m’a tou­jours ap­puyé. C’est grâce à elle qu’on a pu ou­vrir à Chi­cou­ti­mi. Elle s’oc­cupe de Chi­cou­ti­mi-Nord et moi je m’oc­cupe de Jon­quière», dit Pa­trice Mé­nard. Après quatre dé­cen­nies à «trem­per là-de­dans», comme une vo­lute de crème gla­cée blanche trempe dans le cho­co­lat, il est de­ve­nu un fin connais­seur de son pro­duit. Il faut sa­voir que Pa­trice Mé­nard ne fait pas que vendre des cor­nets, il s’en dé­lecte aus­si. Pour lui, tout est ques­tion de tex­ture. Le mé­lange de la Lai­te­rie de La Baie uti­li­sé de­puis les tout dé­buts y est pour beau­coup, mais la ma­chine et la per­sonne qui l’opère jouent un rôle ca­pi­tal éga­le­ment. ÉQUI­PE­MENTS COÛ­TEUX

«Ce sont des équi­pe­ments haut de gamme. Une ma­chine à crème molle, ça coûte 35 000$. Juste ici à Jon­quière, j’en ai deux. Le tra­vail des em­ployés est très im­por­tant», met en re­lief l’homme d’af­faires qui aime bien vi­si­ter d’autres comp­toirs lai­tiers pour s’ins­pi­rer. À Mon­tréal, il a goû­té une di­vine crème molle d’un noir de jais. De­puis ce temps, Pa­trice Mé­nard tra­vaille à l’éla­bo­ra­tion d’un pro­duit sem­blable. Tel un in­ven­teur, il y va d’es­sais et d’er­reurs et ne dé­mord pas de son ob­jec­tif de concoc­ter une glace ébène ve­lou­tée, qui fe­ra tour­ner les têtes et émous­tille­ra les pa­pilles.

«Pour le goût, je l’ai presque. Il me manque juste la cou­leur», confie-t-il, re­fu­sant de le­ver le voile sur les arômes qui se cachent der­rière cette mys­té­rieuse noire tant dé­si­rée.

— PHO­TO LE PRO­GRÈS, JEAN­NOT LÉ­VESQUE

Le pre­mier comp­toir lai­tier de Pa­trice Mé­nard a ou­vert à La Baie en 1982, mais a de­puis fer­mé ses portes. Au mi­lieu des an­nées 1980, Le Cré­mier a vu le jour sur la rue Saint-Do­mi­nique à Jon­quière. Une deuxième suc­cur­sale a pi­gnon sur rue à Chi­cou­ti­mi-Nord.

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