Double jeu

Le Quotidien - - À L’ÉCRAN - ÉRIC MOREAULT emo­reault@le­so­leil.com

1000, Cha­ba­nel | On a vu ce drame d’es­pion­nage 24 fois, si on fait ex­cep­tion du manque d’hu­mour et du fait que l’as des ser­vices secrets est une femme : ça s’ap­pelle James Bond. En plus violent, gra­tui­te­ment: ça s’ap­pelle John Wick — le pre­mier long mé­trage qu’a réa­li­sé Da­vid Leitch, d’ailleurs. Heu­reu­se­ment, il y a Char­lize The­ron, pour qui Blonde ato­mique (Ato­micB­londe) est taillé sur me­sure. La splen­dide ac­trice suda­fri­caine, plus in­car­née en su­per­hé­roïne dans Mad Max : La route du chaos (Miller, 2015), se glisse dans la peau de Lor­raine Brough­ton, une agente du MI6 bri­tan­nique. En 1989, alors que va­cille le mur de Ber­lin, la blonde-es­pionne est char­gée de re­trou­ver une liste se­crète qui contient le nom d’agents oc­ci­den­taux, mais sur­tout, ce­lui d’une taupe.

Sur place, elle doit co­opé­rer avec le chef de la sta­tion de Ber­lin, Da­vid Per­ci­val (James McA­voy, plu­tôt bien), un espion fan­tasque qui n’en fait qu’à sa tête. Le ni­veau de confiance frôle le zé­ro et cha­cun tente d’ac­com­plir la mis­sion à sa fa­çon. La vo­lon­taire Brough­ton trou­ve­ra une al­liée en la per­sonne de Delphine Lasalle (So­fia Bou­tel­la), une es­pionne fran­çaise qui a le sang chaud...

Il au­rait été fa­cile pour The­ron d’en faire trop, mais l’ac­trice os­ca­ri­sée pour Mons­ter (Pat­ty Jen­kins, 2003) reste juste as­sez suave tout au long 874, Vic­to­ria | de sa pres­ta­tion. Elle a le re­gard qui tue en in­car­nant cette femme in­dé­pen­dante et ra­cée comme une pan­thère qui bouffe ses proies toutes crues.

CONVE­NU ET PRÉ­VI­SIBLE

Leitch la filme évi­dem­ment sous toutes ses cou­tures, tout en se concen­trant sur le ré­cit qui em­prunte la forme ul­tra-clas­sique du dé­bref­fage de l’agent à ses pa­trons en long re­tour en ar­rière.

Le réa­li­sa­teur s’est re­te­nu tout le long de ce drame d’es­pion­nage conve­nu et trop sou­vent pré­vi­sible. Mais dans la der­nière de­mi-heure, Leitch n’a pu s’em­pê­cher de pul­vé­ri­ser l’écran d’hé­mo­glo­bine — ça gicle dans la ca­mé­ra, rien de moins. Cet abus de gore et de sau­va­ge­rie de­vient tel­le­ment exa­gé­ré que plu­sieurs spec­ta­teurs n’ont pu s’em­pê­cher de ri­go­ler à la pro­jec­tion. Ce qui n’est gé­né­ra­le­ment pas un bon signe.

Ces mé­chants qui ne veulent pas mou­rir étaient aus­si in­des­truc­tibles que Lor­raine en per­sonne. Le ni­veau gé­né­ral de to­lé­rance est as­sez éle­vé quand on s’est nour­ri de films du genre, mais la blonde ato­mique sur­passe John McC­lane (le hé­ros des Die Hard) ! Même s’il s’agit d’une adap­ta­tion de ro­man gra­phique (The Col­dest Ci­ty ),ilya tou­jours bien des li­mites.

D’au­tant que le scé­na­rio manque sou­vent de cré­di­bi­li­té, même si on n’est pas trop re­gar­dant. Par contre, la pro­pen­sion très ra­co­leuse à fil­mer les hé­roïnes en pe­tite te­nue fait par­fois pen­ser à une pub de lin­ge­rie de luxe…

Il faut tou­te­fois avouer que la longue feuille de route de Leitch 1005, Oli­vier-Vien | comme cas­ca­deur lui per­met de maî­tri­ser avec beau­coup d’ha­bi­le­tés les scènes d’ac­tion — il n’ar­rive tou­te­fois pas à la che­ville d’Ed­gar Wright (Ba­by le chauf­feur). Reste que Blonde ato­mique étire la sauce à n’en plus fi­nir. Et que la fi­nale, as­sez pun­chée, ouvre la porte à une suite (The­ron co­pro­duit d’ailleurs Blonde ato­mique).

Il reste bien peu de choses à la fin de la pro­jec­tion, même si on tente de tra­cer une mo­rale à la noix sur la vé­ri­té et le men­songe au mo­ment où s’ef­fon­drait le com­mu­nisme. Peut-être un vague en­nui d’avoir vu en­core une fois un film qui manque cruel­le­ment d’ori­gi­na­li­té. Une chance que la trame so­nore, de New Or­der à The Clash, en pas­sant de Da­vid Bo­wie, est im­pec­cable. Ça aide à pas­ser le temps. 1621, des Pins |

HH

Cote :  1/2 Titre : Blonde ato­mique Genre : drame d’es­pion­nage Réa­li­sa­teur : Da­vid Leitch Ac­teurs : Char­lize The­ron, James McA­voy et So­fia Bou­tel­la Clas­se­ment : 13 ans + Du­rée : 1h55 On aime : l’im­pec­cable trame so­nore, la per­for­mance phy­sique de The­ron On n’aime pas : l’abus de tout, le ré­cit peu cré­dible, l’as­pect ra­co­leur 1307, Sa­cré-Coeur |

— PHO­TO FOUR­NIE PAR UNI­VER­SAL

L’ac­trice sud-afri­caine Char­lize The­ron a offert une su­perbe per­for­mance phy­sique dans le rôle de l’agente du MI6 bri­tan­nique Lor­raine Brough­ton.

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