LA MEUTE A LOUÉ UNE SALLE DE LA VILLE DE QUÉ­BEC Pied de nez à La­beaume

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - JEAN-FRAN­ÇOIS NÉ­RON Le So­leil

Un bâ­ti­ment de la Ville de Qué­bec a ser­vi de ta­nière au contro­ver­sé groupe La Meute di­manche le temps d’une confé­rence. C’est un vé­ri­table pied de nez au maire Ré­gis La­beaume qui a ré­cem­ment fait une sor­tie en règle contre ce qu’il a ap­pe­lé un « genre de mi­lice po­ten­tiel­le­ment dan­ge­reuse et ex­trê­me­ment toxique». Quelque 80 sym­pa­thi­sants étaient réunis di­manche dans une salle du Cha­let des loi­sirs Bourg-Royal, au 1435, bou­le­vard Louis-XIV à Char­les­bourg. Il s’agit d’une pro­prié­té de la Ville de Qué­bec, confirme le rôle d’éva­lua­tion fon­cière. An­dré Pitre, sur­nom­mé Stu Pitt, confé­ren­cier et com­men­ta­teur so­cio­po­li­tique, sur­tout connu sur la toile, était ve­nu en­tre­te­nir les loups sur la li­ber­té d’ex­pres­sion.

Des rumeurs vou­lant que des groupes op­po­sés à La Meute puissent per­tur­ber la confé­rence ont in­ci­té l’or­ga­ni­sa­tion à la pru­dence. Le So­leil a dé­nom­bré une di­zaine de per­sonnes char­gées de la sé­cu­ri­té. Il fal­lait aus­si mon­trer « patte blanche » avant d’en­trer dans la salle. Un pré­po­sé sait main­te­nant que l’étui à lu­nettes de ce­lui qui écrit ces lignes contient… des lu­nettes. Au be­soin, il y avait pré­sence d’un dé­tec­teur de mé­tal. Une au­to­pa­trouille de la po­lice de Qué­bec est de­meu­rée pos­tée à l’en­trée du sta­tion­ne­ment jus­qu’au dé­but de la confé­rence.

L’un des co­fon­da­teurs de La Meute, Patrick Beau­dry, était tout sou­rire à la sor­tie de la salle lorsque Le So­leil lui a fait re­mar­quer qu’il est dans un im­meuble, pro­prié­té de la Ville. Le chef du Clan 3, Jacques Ga­gné, montre le contrat de lo­ca­tion de la salle. « Confé­rence sur la li­ber­té d’ex­pres­sion avec la col­la­bo­ra­tion de La Meute », est-il écrit. « Ils ne pour­ront pas dire qu’ils ne le sa­vaient pas », lance M. Ga­gné.

PE­TITE VIC­TOIRE

Pour eux, c’est une pe­tite vic­toire. C’est que les deux hommes sont tou­jours of­fus­qués des com­men­taires for­mu­lés par le maire Ré­gis La­beaume au len­de­main du ré­fé­ren­dum qui a mis un frein au pro­jet de ci­me­tière mu­sul­man à Saint-Apol­li­naire. Il avait alors par­lé d’un « genre de mi­lice po­ten­tiel­le­ment dan­ge­reuse et ex­trê­me­ment toxique. » Des in­for­ma­tions lais­saient alors croire que des membres du co­mi­té qui s’op­po­saient au pro­jet fai­saient aus­si par­tie de La Meute. Tou­te­fois, le groupe s’est tou­jours dé­fen­du d’être in­ter­ve­nu dans la cam­pagne.

M. La­beaume a aus­si as­so­cié ses mi­li­tants à l’ex­trême droite, se di­sant dé­goû­té de les voir pa­ra­der en ville. « Dans les pays où il s’est créé des mi­lices, ça n’a ja­mais été de belles his­toires », avait-il dé­non­cé, pro­met­tant aus­si de les avoir à l’oeil. « Je leur conseille de mar­cher très droit et de ne pas faire de coche mal taillée. Il y au­ra zé­ro marge de ma­noeuvre. »

« On veut juste par­ler de nos in­quié­tudes sans se faire trai­ter de xé­no­phobe ou de ra­ciste », a lan­cé Jacques Ga­gné en in­tro­duc­tion au confé­ren­cier, vi­si­ble­ment fa­ti­gué d’en­tendre les dé­trac­teurs de La Meute leur ac­co­ler ces éti­quettes.

PU­BLIC DE CONVERTIS

Ce­la étant dit, Le So­leil a as­sis­té à la confé­rence de Stu Pitt. En sub­stance, il parle d’im­mi­gra­tion (évi­dem­ment), de l’hy­po­cri­sie de la classe po­li­tique et fait une charge en règle contre la pen­sée unique des mé­dias qu’il ac­cuse aus­si de men­tir. Pour la plu­part, il s’adres­sait à des convertis.

Sans ju­ger de l’en­semble de ses pro­pos, au moins une in­for­ma­tion trans­mise sou­lève un doute sur leur exac­ti­tude. M. Pitre a pré­sen­té comme vraie une citation faus­se­ment at­tri­buée au pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau.

Il s’agit d’un tweet du site fran­çais L’im­por­tant qui pu­bliait : « Pour Tru­deau : l’ex­ci­sion n’est pas une pra­tique bar­bare ». Scan­dale en France où au moins deux dé­pu­tées eu­ro­péennes ont ré­agi. Après vé­ri­fi­ca­tion, il s’agis­sait plu­tôt d’une phrase ti­rée d’une chronique du com­men­ta­teur Ri­chard Mar­ti­neau.

Ré­cem­ment, M. Pitre a dû chan­ger son lieu de confé­rence lors d’un pas­sage à Ri­mous­ki parce que son dis­cours in­dis­po­sait la di­rec­tion de l’hô­tel où il de­vait se pro­duire.

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