Un chauf­fard au lourd pas­sé

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - AVEC LA COL­LA­BO­RA­TION D’AU­DREY RUEL-MANSEAU

Le chauf­fard de 23 ans qui a tué un pié­ton alors qu’il ten­tait d’échap­per aux po­li­ciers à la sor­tie du Beach Club de Pointe-Ca­lu­met, di­manche, avait dé­jà été condam­né pour conduite dan­ge­reuse, a-t-on ap­pris hier. Cette fois, le frère de la vic­time es­père qu’il de­meu­re­ra très long­temps der­rière les bar­reaux. « S’il était as­sez im­ma­ture pour en­core faire ça une deuxième fois, j’es­père qu’il ne se ra­mas­se­ra pas juste un 10 ou 20 ans ferme. J’es­père qu’il en fe­ra beau­coup plus que ça ! », ra­geait Ri­chard Brien, en­core sous le choc de la perte de son frère Jean, 66 ans, tué alors qu’il mar­chait pai­si­ble­ment dans un quar­tier ré­si­den­tiel de Poin­teCa­lu­met, di­manche.

Ma­thieu Gre­non, ré­si­dant de Qué­bec ha­bi­tué des tri­bu­naux, fait face de­puis hier à une sé­rie d’ac­cu­sa­tions cri­mi­nelles liées à une course folle qui a fait un mort et bles­sé deux jeunes pas­sa­gers qui avaient pris place dans sa Hon­da Ci­vic.

SCÈNE D’HOR­REUR

Se­lon les pre­miers élé­ments d’en­quête dé­voi­lés par le Bu­reau des en­quêtes in­dé­pen­dantes (BEI), un po­li­cier de la Ré­gie de po­lice du Lac des Deux-Mon­tagnes au­rait vou­lu in­ter­cep­ter la voi­ture de Gre­non à la sor­tie du Beach Club de Poin­teCa­lu­met parce qu’il ef­fec­tuait des « ma­noeuvres par­ti­cu­lières ».

Le conduc­teur se­rait alors par­ti à grande vi­tesse, et les po­li­ciers l’au­raient per­du de vue. Il au­rait en­suite per­cu­té Jean Brien de plein fouet et l’au­rait tué sur le coup avant d’al­ler s’écra­ser contre un arbre. Cou­vert de sang, Ma­thieu Gre­non au­rait ten­té de prendre la fuite à pied, se­lon plu­sieurs té­moins, mais les po­li­ciers lui ont vite mis la main au col­let.

Les té­moins ac­cou­rus sur place ont dé­cou­vert une scène d’hor­reur. « Mon frère a été sec­tion­né en deux et traî­né sur 400 ou 500 pieds », s’in­surge Ri­chard Brien.

Ma­thieu Gre­non n’a pas pu com­pa­raître en per­sonne au Pa­lais de jus­tice de Saint-Jé­rôme, hier, parce qu’il était tou­jours hos­pi­ta­li­sé. Il était re­pré­sen­té par son avo­cat à la cour.

IL RISQUE LA PRI­SON À VIE

La pour­suite a dé­po­sé des ac­cu­sa­tions de né­gli­gence cri­mi­nelle cau­sant la mort, conduite dan­ge­reuse cau­sant la mort, conduite dan­ge­reuse cau­sant des lé­sions à ses pas­sa­gers, dé­lit de fuite mor­tel et re­fus de s’ar­rê­ter à la de­mande d’un po­li­cier.

S’il est re­con­nu cou­pable, l’ac­cu­sé risque la pri­son à vie.

Un sur­vol des ar­chives ju­di­ciaires dans la ré­gion de Qué­bec dé­montre que Ma­thieu Gre­non pos­sède de nom­breux an­té­cé­dents cri­mi­nels pour des af­faires de voies de fait, de fraude d’iden­ti­té et d’in­frac­tions liées aux stu­pé­fiants, qui lui ont va­lu quelques sé­jours der­rière les bar­reaux ces der­nières an­nées.

En 2014, il avait aus­si été re­con­nu cou­pable d’un dé­lit de fuite com­mis l’an­née pré­cé­dente, qui lui avait va­lu neuf mois de pri­son.

La même an­née, il avait éco­pé d’une amende de 1400 $ pour avoir rou­lé à 190 km/h dans une zone de 100 km/h. L’an­née der­nière, il a été in­ter­cep­té par la po­lice de Qué­bec pour avoir conduit un vé­hi­cule alors qu’il était sous sanc­tion, à 1 h du ma­tin. Les agents lui ont im­po­sé une amende de 2277 $.

La der­nière adresse connue de Ma­thieu Gre­non était la mai­son de ses pa­rents à Qué­bec, se­lon l’acte d’ac­cu­sa­tion dé­po­sé à la cour hier. Sur Fa­ce­book, sa mère in­dique qu’il est élève en mé­ca­nique de vé­hi­cules lourds.

La di­rec­tion du Beach Club de Pointe-Ca­lu­met a in­di­qué à La Presse ne pas vou­loir com­men­ter le drame pour le mo­ment. Ri­chard Brien l’in­vi­tait de son cô­té à faire un exa­men de conscience sur l’at­ti­tude d’une par­tie de sa clien­tèle, qu’il voit dé­bar­quer mas­si­ve­ment en voi­ture chaque se­maine.

« Il y a deux ou trois se­maines, je re­gar­dais des re­prises de leur émis­sion à la té­lé. J’ai re­gar­dé juste 10 mi­nutes, c’était trop in­si­gni­fiant. Il y avait une per­sonne qui avait l’air de perdre connais­sance et ça sem­blait bien drôle. Je dé­teste cette émis­sion », dit-il.

GRAND MAR­CHEUR

Ce­lui qui ha­bi­tait à quelques mi­nutes à pied de chez son frère dé­crit ce der­nier comme un grand mar­cheur, qui avait com­men­cé à ar­pen­ter les rues pen­dant des heures tous les jours après avoir été vic­time d’un ané­vrisme qui l’avait for­cé à ces­ser de tra­vailler, il y a une ving­taine d’an­nées.

« ll ha­bi­tait avec mon père de 86 ans, c’est une fa­mille très unie. Il avait des pe­tits pro­blèmes de mé­moire, mais il se rap­pe­lait très bien tout ce qui re­mon­tait à avant son ané­vrisme. Il pou­vait te dire où tout le monde ha­bi­tait à Pointe-Ca­lu­met. Et il était connu par tout le monde. À l’épi­ce­rie, c’était ce­lui qui lais­sait tou­jours le monde pas­ser de­vant », ra­conte-t-il.

Ma­thieu Gre­non, ré­si­dant de Qué­bec ha­bi­tué des tri­bu­naux, fait face de­puis hier à une sé­rie d’ac­cu­sa­tions cri­mi­nelles liées à une course folle qui a fait un mort et bles­sé deux jeunes pas­sa­gers qui avaient pris place dans sa Hon­da Ci­vic.—

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