Jeanne Mo­reau meurt à l’âge de 89 ans

Le Quotidien - - ARTS ET SPECTACLES -

La cé­lèbre ac­trice fran­çaise Jeanne Mo­reau, qui a ob­te­nu la consé­cra­tion en 1962 en jouant dans le film­culte de la Nou­velle Vague Jules et Jim, de Fran­çois Truf­fault, est dé­cé­dée à l’âge de 89 ans.

Pen­dant une car­rière qui s’est éche­lon­née sur sept dé­cen­nies et plus de 100 longs mé­trages, la co­mé­dienne à la voix grave a oeu­vré avec cer­tains des réa­li­sa­teurs les plus ré­pu­tés du monde, dont Or­son Welles, Luis Buñuel, Wim Wen­ders, Rai­ner Wer­ner Fass­bin­der, Mi­che­lan­ge­lo An­to­nio­ni, Jo­seph Lo­sey, Theo An­ge­lo­pou­los et Louis Malle.

Son dé­cès a été an­non­cé lun­di par le bu­reau de la pré­si­dence fran­çaise, puis confir­mé par un ad­joint de son agent. On ne dis­pose pas de plus de dé­tails pour le mo­ment sur les causes du dé­cès de cette presque no­na­gé­naire, qui avait ac­cep­té en­core un pe­tit rôle il y a deux ans — une «par­ti­ci­pa­tion ami­cale» dans Le Ta­lent de mes amis.

Le quo­ti­dien Le Monde écrit que Jeanne Mo­reau a été re­trou­vée morte chez elle à Pa­ris, lun­di ma­tin, par sa femme de mé­nage.

Née à Pa­ris le 23 jan­vier 1928, d’un père fran­çais et d’une mère an­glaise dan­seuse aux Fo­lies-Ber­gères, «Ma­de­moi­selle Mo­reau», comme elle ai­mait se faire ap­pe­ler, a com­men­cé sa car­rière au ci­né­ma en 1949. Mais c’est la Nou­velle Vague qui l’a pro­pul­sée au rang de fi­gure em­blé­ma­tique du ci­né­ma fran­çais et même mon­dial — les An­glo-Saxons la sur­nom­maient «la Bette Da­vis fran­çaise».

Les ci­né­philes se sou­viennent de ses in­ter­pré­ta­tions ex­trê­me­ment per­son­nelles dans Tou­chez pas au gris­bi (Jacques Be­cker, 1953), son pre­mier grand rôle, puis L’As­cen­seur pour l’écha­faud et Les Amants (Malle, 1957-1958), Eva (Lo­sey, 1962), Le Jour­nal d’une femme de chambre, d’après Mir­beau (Buñuel, 1964), ou en­core Mon­sieur Klein, avec un su­blime De­lon (Lo­sey, 1976).

Les plus jeunes se sou­vien­dront peut-être da­van­tage de cette dé­li­cieuse «La­dy M» qu’elle a in­ter­pré­tée dans l’adap­ta­tion de La Vieille qui mar­chait dans la mer, de San An­to­nio, en 1992. L’ac­trice y me­nait avec Mi­chel Ser­rault un duel ver­bal et psy­cho­lo­gique d’une cruau­té et d’une vul­ga­ri­té jouis­sive — son jeu re­mar­quable lui a d’ailleurs va­lu un de ses rares Cé­sar d’in­ter­pré­ta­tion.

Jeanne Mo­reau a aus­si été une re­dou­table Ma­haut d’Ar­tois dans la deuxième adap­ta­tion té­lé­vi­sée des Rois mau­dits de Druon en 2005.

L’ac­trice a par ailleurs écrit et réa­li­sé elle-même deux longs mé­trages de fic­tion: Lu­mière en 1976 et L’Ado­les­cente en 1979, dans les­quels elle te­nait aus­si un rôle.

UNE FOIS AU QUÉ­BEC

Au cours de sa longue et pro­li­fique car­rière, Jeanne Mo­reau a même joué une fois au Qué­bec, en 2006, dans Ro­méo et Ju­liette, une adap­ta­tion écrite par le dra­ma­turge Nor­mand Chau­rette. Le met­teur en scène Yves Des­ga­gnés, qui en était à son deuxième film der­rière la ca­mé­ra (après Idole ins­tan­ta­née), de­vait alors di­ri­ger «non seule­ment une idole, mais une grande in­ter­prète».

«Elle avait une telle connais­sance de ce mé­dium-là que sou­vent, sur le pla­teau de tour­nage — bien qu’elle était res­pec­tueuse des in­di­ca­tions —, elle me conseillait sur le po­si­tion­ne­ment de la ca­mé­ra, sur la ma­nière qu’on éclaire tel ou tel plan, se sou­ve­nait-il lun­di, en en­tre­vue té­lé­pho­nique. Elle était l’icône du ci­né­ma mo­derne (...) et il y au­ra un avant et un après Jeanne Mo­reau.»

Sa fa­mille tien­dra une cé­ré­mo­nie fu­nèbre en pri­vé au cours des pro­chains jours, a in­di­qué son agence. Une cé­ré­mo­nie pu­blique au­ra lieu en sep­tembre.

— AR­CHIVES AFP

Jeanne Mo­reau est dé­cé­dée à l’âge de 89 ans.

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