Le MNBAQ s’est in­té­res­sé à sa toile

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Le Mu­sée na­tio­nal des beaux-arts du Qué­bec (MNBAQ) s’est in­té­res­sé de très près au Cy­clo­ra­ma de Jé­ru­sa­lem à Sainte-Anne-de-Beau­pré si bien qu’il a réa­li­sé en 2009 une ex­per­tise sur l’im­mense toile peinte en 1882 qui l’abrite, et ce, pos­si­ble­ment pour éva­luer s’il pour­rait s’en por­ter ac­qué­reur. C’est l’his­to­rien de l’art et conser­va­teur du MNBAQ pen­dant 30 ans, Ma­rio Bé­land, qui a ré­di­gé le rap­port de re­cherche sur la fresque re­pré­sen­tant le cru­ci­fie­ment de Jé­sus, et ce, « dans un contexte très par­ti­cu­lier ». Il re­fuse ce­pen­dant d’ex­pli­quer le­quel, se conten­tant de dire qu’il s’agis­sait « d’un dos­sier as­sez im­por­tant ».

Mais ce­lui qui a été à la di­rec­tion de l’éta­blis­se­ment de 1993 à 2008, John Por­ter, fait va­loir qu’un mu­sée ne se penche pas sur des oeuvres qu’il ne sou­haite pas ac­qué­rir ou ex­po­ser. Il pré­sume que les pro­prié­taires du Cy­clo­ra­ma ont ap­pro­ché le gou­ver­ne­ment du Qué­bec ou en­core le MNBAQ pour leur si­gni­fier qu’ils sou­hai­taient vendre. « Au­tre­ment, il n’y a pas de rai­son de réa­li­ser un rap­port », fait va­loir M. Por­ter.

Dans tous les cas, il n’y a pas eu de suite puisque l’oeuvre est tou­jours la pro­prié­té de la fa­mille Drouin qui l’a mise en vente par l’in­ter­mé­diaire de la com­pa­gnie im­mo­bi­lière in­ter­na­tio­nale So­the­by’s au coût de 5 mil­lions $. L’agent im­mo­bi­lier, Mar­tin Dos­tie, a éga­le­ment en­tre­pris des dé­marches pour qu’elle soit mise aux pres­ti­gieuses en­chères de So­the­by’s à New York ou à Londres. Si celles-ci sont ap­prou­vées, la toile me­su­rant 100 mètres de lon­gueur et 14 mètres de hau­teur se­ra re­ti­rée du mar­ché.

His­to­rien de l’art, John Por­ter es­time que l’éven­tuel ache­teur ne peut qu’être une ins­ti­tu­tion puis­qu’un par­ti­cu­lier « ne peut pas mettre ça dans son sa­lon ». De plus, les coûts pour son ins­tal­la­tion — une nou­velle ro­tonde doit être amé­na­gée pour ac­cueillir la toile — et sa conser­va­tion se­ront très éle­vés compte te­nu de ses ca­rac­té­ris­tiques par­ti­cu­lières.

Ma­rio Bé­land abonde dans le même sens. Il es­time par ailleurs que l’oeuvre a « sans au­cun doute une très grande va­leur pa­tri­mo­niale » no­tam­ment en rai­son de son « ex­trême ra­re­té » puis­qu’il existe dans le monde que 17 pa­no­ra­mas du type peints avant 1900 et que celle du Cy­clo­ra­ma fait par­tie des trois plus im­po­sants. De plus, il s’agit du seul en Amé­rique du Nord re­pré­sen­tant une scène re­li­gieuse.

L’AN­CÊTRE DU 3D

Le char­gé de cours à la Fa­cul­té de théo­lo­gie et de sciences re­li­gieuses de l’Uni­ver­si­té La­val, Alain Bou­chard, juge de son cô­té que le Qué­bec per­dra sur le plan pa­tri­mo­nial si la toile quitte la pro­vince puis­qu’elle est loin d’être ano­dine et qu’elle re­pré­sente un mo­ment par­ti­cu­lier dans l’his­toire de l’art.

Après un sé­jour à Mon­tréal, le Cy­clo­ra­ma de Jé­ru­sa­lem est ar­ri­vé à Qué­bec en 1895, à une époque où le ci­né­ma était à peine nais­sant. Ce type de pa­no­ra­ma per­met­tait aux gens de « voya­ger dans le temps et dans l’es­pace », ex­plique M. Por­ter. « C’était le 3D de l’époque », ré­sume de son cô­té M. Bou­chard puisque la pein­ture était réa­li­sée pour « don­ner l’illu­sion qu’on était sur place ».

Dans le cas du cy­clo­ra­ma de Sainte-Anne-de-Beau­pré, les « spec­ta­teurs » qui se trouvent au centre de l’im­meuble circulaire peuvent sen­tir qu’ils as­sistent à la scène du cru­ci­fix et sur­tout, avoir une idée de ce à quoi res­sem­blaient les lieux que Jé­sus fré­quen­tait à l’époque, comme le mont des Oli­viers ou Jé­ru­sa­lem.

PHOTO LE SO­LEIL, PA­TRICE LA­ROCHE

L’im­mense toile peinte en 1882 a été mise en vente par l’in­ter­mé­diaire de la com­pa­gnie im­mo­bi­lière So­the­by’s au coût de 5 M$.—

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