FSC, la meilleure ave­nue ?

Le Quotidien - - CHRONIQUE -

J’ai été très sur­pris et sur­tout j’ai trou­vé que c’était un manque de res­pect à notre in­tel­li­gence de la part de FSC Ca­na­da via son pré­sident Fran­çois Du­fresne, quand il af­firme dans l’édi­tion du Quo­ti­dien de mar­di, que FSC est la meilleure ave­nue pour sor­tir l’in­dus­trie fo­res­tière de la crise.

Ben voyons donc ; on ne fait que lire le texte pour com­prendre que c’est en­core la même norme avec les mêmes contraintes et sur­tout avec la même fi­na­li­té de vastes es­paces pro­té­gés qui se­ront sous­traits de la ré­colte et qui fi­ni­ront sans au­cun doute avec des pertes d’em­plois im­por­tantes. On n’a qu’à prendre le dos­sier du ca­ri­bou fo­res­tier où vous af­fir­mez, M. Du­fresne, que la pro­tec­tion de l’ani­mal est es­sen­tielle. Pour­quoi af­fir­mer ça quand les in­ven­taires aé­riens du gou­ver­ne­ment du Qué­bec prouvent que le ca­ri­bou est en aug­men­ta­tion de fa­çon très si­gni­fi­ca­tive, et ce en par­ti­cu­lier où il y a des opé­ra­tions fo­res­tières ? Donc, ce que vous dites mal­gré ces ré­sul­tats, c’est pro­té­geons le ca­ri­bou à tout prix, même si au bout de la ligne des tra­vailleurs et com­mu­nau­tés en paie­ront le prix. Main­te­nant, par­lons du reste c’est-à-dire tout le reste : les conflits ter­ri­to­riaux avec les com­mu­nau­tés au­toch­tones, les aires pro­té­gées et les en­vi­ron­ne­men­ta­listes. La ques­tion qu’il faut se po­ser, c’est comment peut-on af­fir­mer que l’on va sor­tir l’in­dus­trie fo­res­tière de la crise si au bout de la ligne on ré­pond aux de­mandes de cha­cun en am­pu­tant des mil­liers de km2 de fo­rêt pro­duc­tive. Vous af­fir­mez que les clients veulent ab­so­lu­ment la norme FSC sur leurs pro­duits et que c’est la seule qui soit re­con­nue. À cette af­fir­ma­tion qui est pré­ten­tieuse, je ré­ponds que je tra­vaille pour l’une des com­pa­gnies qui a eu ses cer­ti­fi­cats FSC sus­pen­dus et ter­mi­nés, et pour­tant nous conti­nuons à vendre notre pro­duit avec la norme Sus­tai­nable Fo­rest Ini­tia­tive (SFI) qui est re­con­nue par les clients. Pré­sen­te­ment, la sé­rieuse norme SFI a le plus de ter­ri­toires certifiés au Ca­na­da. Si vous me de­man­dez comme tra­vailleur si je veux re­tour­ner dans le pas­sé et être à la mer­ci de mul­ti­tudes de pres­sions ex­ternes (vé­to) qui font en sorte de fra­gi­li­ser l’in­dus­trie fo­res­tière de ma­nière si­gni­fi­ca­tive, et bien la ré­ponse est NON ! Pas­cal Clou­tier Dol­beau-Mis­tas­si­ni

Les murs ne ra­content pas tout. Pre­nez ceux de la Mai­son Gau­thier si­tuée dans le quar­tier du Bas­sin, à Chi­cou­ti­mi. De l’ex­té­rieur, la seule chose qu’on re­marque est leur ca­rac­tère sin­gu­lier. Ils sont gris parce que l’homme qui a fait construire cette somp­tueuse ré­si­dence en 1906, Gé­déon Gau­thier, avait op­té pour la pierre de ci­ment afin de mous­ser ce pro­duit dont la ma­tière pre­mière pro­ve­nait de la car­rière qu’il ex­ploi­tait à Ri­vière-du-Mou­lin.

On les voit de loin, ces murs, puisque la ré­si­dence de trois étages a été éri­gée sur une col­line, juste en haut de la pe­tite mai­son blanche. Ils lui confèrent un air mys­té­rieux, voire in­quié­tant, ce qui a peut-être in­ci­té les ci­néastes Serge et Jean Ga­gné à l’in­té­grer dans quelques scènes du film Le Royaume ou l’asile, tour­né en 1988.

Dans le Pro­grès du 29 juillet, sous la plume de la consoeur Mé­lys­sa Ga­gnon, on a ap­pris que la ville de Sa­gue­nay met­tait en vente la Mai­son Gau­thier. Per­sonne n’y vit de­puis le dé­luge de 1996 et son unique fonc­tion, bien éphé­mère, fut d’abri­ter la Mai­son du ci­né­ma. Elle fait donc fi­gure de fan­tôme, alors que l’his­toire qui se cache der­rière, en­fouie bien loin dans la mé­moire des an­ciens, pos­sède des at­tri­buts qui ne dé­pa­re­raient pas dans un al­bum de Lu­cky Luke.

L’au­teur de ces lignes a eu le pri­vi­lège de l’en­tendre de la bouche d’An­to­nio Gau­thier, lors d’une en­tre­vue réa­li­sée peu après le dé­luge. Fils de Gé­déon, dont il était le der­nier en­fant vi­vant, cet homme alors âgé de 89 ans était sou­la­gé de consta­ter que le bâ­ti­ment avait échap­pé à la fu­reur des eaux. Seule une haie avait été em­por­tée, une perte mo­deste eu égard à celles qu’avaient su­bi les pro­prié­tés voi­sines. L’AP­PEL DES ÉTATS

En 1996, An­to­nio Gau­thier ré­si­dait au lac Clair, à Saint-Da­vid-de-Fa­lar­deau. Il avait quit­té la mai­son du Bas­sin de­puis sept ans, mais de­meu­rait at­ta­ché à ce qu’elle re­pré­sen­tait. « J’y ai pas­sé ma vie et la mai­son n’a ja­mais chan­gé de style. On y trouve les mêmes meubles qu’au temps de mon père, les mêmes mou­lages et les mêmes lustres », avait-il ra­con­té.

On le sen­tait nos­tal­gique, fier aus­si, au mo­ment d’évo­quer le par­cours de son père né en 1866, sur une terre du rang Saint-Jean à Grande-Baie. Or­phe­lin à trois ans, l’en­fant avait été éle­vé par sa grand-mère Fran­çoise Mi­nier avant de de­ve­nir for­ge­ron. À 20 ans, il ou­vrait sa bou­tique, tou­jours à Grande-Baie, mais a éprou­vé le be­soin de voir du pays. Go west, young man, comme on di­sait.

Le jeune homme s’est beau­coup pro­me­né aux États-Unis : Salt Lake Ci­ty en Utah, St Louis au Mis­sou­ri, El Pa­so au Nou­veau-Mexique, un bled au Texas - Marble Falls - où une pho­to le montre de­vant une bou­tique de forge. « Mon père au­rait vou­lu se rendre au ca­nal de Pa­na­ma, mais il au­rait fal­lu pas­ser par le Mexique et il avait peur de Pan­cho Villa. Il s’est fi­na­le­ment ins­tal­lé à San Ber­nar­di­no, en Ca­li­for­nie, et pos­sé­dait quatre ‘‘claims ‘‘. Il vi­vait de la pros­pec­tion », avait dé­crit An­to­nio Gau­thier.

Son rêve était de de­meu­rer là-bas, sauf qu’il ne cor­res­pon­dait pas à ce­lui de Ma­rie Desbiens, une fille que Gé­déon avait connue avant son dé­part. Leur ma­riage cé­lé­bré en 1898 l’a donc ra­me­né au Sa­gue­nay, plus spé­ci­fi­que­ment à Chi­cou­ti­mi, où son sens des af­faires a fait mer­veille. Pro­fi­tant de l’ef­fer­ves­cence gé­né­rée par la Pul­pe­rie, il a construit un ma­ga­sin qui est de­meu­ré en opé­ra­tion jus­qu’en 1924, au 410 rue Ta­ché.

En plus de la car­rière ex­ploi­tée de concert avec « un nom­mé Mor­rier », Gé­déon avait un autre passe-temps : l’ac­qui­si­tion de ter­rains. « On avait huit lots au bord du pe­tit et du grand lac Clair. Mon père les avait ache­tés pas cher et après la faillite du ma­ga­sin, à cause d’un mau­vais gé­rant, on les a ex­ploi­tés. On avait une grosse culture de pa­tates, ain­si que 3000 poules. Comme les autres en­fants, j’ai tra­vaillé aux champs », avait in­di­qué An­to­nio Gau­thier.

Preuve de sa ré­si­lience, avant de dis­pa­raître en 1926, Gé­déon a ra­che­té sa mai­son des mains d’un syn­dic. Elle au­ra abri­té des membres de sa fa­mille jus­qu’en juillet 1996.

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