Ces deux pe­tites se­condes...

Le Quotidien - - SPORTS - JEAN-NI­CO­LAS PATOINE jn­pa­toine@le­so­leil.com

Deux pe­tites se­condes. Voi­là ce qui a pri­vé Emi­ly Bat­ty d’un hi­ver de cé­lé­bra­tions. Pour plu­tôt lui faire vivre quelques mois de dé­pres­sion. L’ac­tion se dé­roule sur la piste de cross-coun­try des Jeux olym­piques de Rio. Au prix d’un ef­fort ha­ras­sant, l’On­ta­rienne ré­duit l’écart la sé­pa­rant de sa com­pa­triote Ca­tha­rine Pen­drel. Mais elle manque de temps. La ligne d’ar­ri­vée ap­proche. Pen­drel la fran­chit et s’em­pare de la mé­daille de bronze. Der­rière, Bat­ty se contente de cette qua­trième place dont per­sonne ne veut.

Ren­con­trée jeu­di en marge de la Coupe du monde de vé­lo de mon­tagne au Mont-Sainte-Anne, la sym­pa­thique ath­lète a ré­vé­lé avoir vé­cu des mois dif­fi­ciles après Rio, une ex­pé­rience « douce-amère ». Pour­tant, à tra­vers toutes les meilleures ath­lètes au monde de sa dis­ci­pline, elle ve­nait de ter­mi­ner qua­trième !

« J’ai fait comme une dé­pres­sion pen­dant l’hi­ver et le prin­temps, sans le réa­li­ser tout de suite, a-telle can­di­de­ment ra­con­té. J’ai de­man­dé de l’aide ex­té­rieure pour dé­ter­mi­ner com­ment je pou­vais re­ve­nir au som­met de mes am­bi­tions per­son­nelles et de ma mo­ti­va­tion. J’ai re­trou­vé ça. Mais oui, c’est fa­cile de ne pas voir le bon cô­té des choses lors­qu’on sent qu’on s’est soi-même lais­sé tom­ber et qu’on a lais­sé tom­ber le pays. Ç’a été très, très dif­fi­cile pour moi. Mais main­te­nant, je suis vrai­ment fière » de mon ré­sul­tat.

Bat­ty ad­met avoir eu beau­coup plus de fa­ci­li­té à ac­cep­ter sa mal­chance des JO de Londres, en 2012. Vic­time d’une frac­ture de la cla­vi­cule trois jours avant la course, elle avait dû se conten­ter du 24e rang.

Le vé­lo étant pour elle da­van­tage une pas­sion qu’un tra­vail, Bat­ty a vé­cu Rio comme un échec sur le plan per­son­nel. « Ç’a été dif­fi­cile de com­prendre que je de­vais me don­ner la per­mis­sion d’être dé­so­lée pour moi, de ré­flé­chir, de voir le po­si­tif et de l’uti­li­ser pour al­ler de l’avant », dit-elle.

Se­lon Bat­ty, les ath­lètes eux­mêmes ne parlent pas as­sez des dif­fi­cul­tés liées à la pé­riode post­olym­pique. Ils sont sou­vent mal ou­tillés pour faire face à la dé­cep­tion d’une per­for­mance en dents de scie… ou même d’une so­lide qua­trième place !

« Il de­vrait y avoir moins de pres­sion de per­for­mance sur les ath­lètes après les Jeux olym­piques, croit Bat­ty. Il faut les lais­ser ré­cu­pé­rer de fa­çon na­tu­relle. L’éner­gie que nous met­tons pour les Jeux est in­des­crip­tible. Chaque mi­nute de chaque jour a un but, un ef­fet sur les per­for­mances. »

PISTE PAR­FAITE

Deux se­maines avant Rio, Bat­ty avait ef­fec­tué une spec­ta­cu­laire re­mon­tée au Mont-Sainte-Anne pour s’em­pa­rer de la mé­daille de bronze lors d’une course rem­por­tée par Pen­drel. La piste qué­bé­coise est par­faite pour ses ha­bi­le­tés, a-t-elle alors consta­té. « C’est le par­cours le plus tech­nique de toutes les Coupes du monde. Il de­mande un style de course unique avec des mon­tées très à pic », ana­lyse la po­pu­laire cy­cliste.

À 29 ans, elle est dans la force de l’âge. Elle parle dé­jà de To­kyo en 2020, et même des Jeux olym­piques sui­vants, en 2024. Mais d’ici là, elle es­père rem­por­ter sa pre­mière Coupe du monde en car­rière, un ex­ploit qui lui échappe tou­jours mal­gré ses nom­breux suc­cès. Elle oc­cupe pré­sen­te­ment le hui­tième rang du clas­se­ment mon­dial. Il y a deux se­maines, elle a ga­gné un troi­sième cham­pion­nat ca­na­dien.

« Je me sens très bien en ce mo­ment. Je suis dans un état de bon­heur, d’équi­libre et de mo­ti­va­tion. Et je suis en forme. Alors tout est pos­sible. Je vise la pre­mière place [ici] et on verra ce qui ar­ri­ve­ra. »

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