Ça n’ar­rive pas qu’aux autres

Le Quotidien - - CHRONIQUE -

C’est un ven­dre­di soir comme tous les autres. Une soi­rée de filles qui dé­bute vers 21 h dans un res­to-bar très po­pu­laire de la ré­gion. L’en­droit est plein à cra­quer ! Nous nous re­trou­vons, mon amie et moi, as­sises au bar. Deux belles places ! Il y a une gang de gars plus âgés d’un cô­té et deux gars de notre âge de l’autre. Les pre­miers sont plu­tôt « taches », trou­vant tous les pré­textes pour nous adres­ser la pa­role. Les deuxièmes font leur pe­tite af­faire, ils sont sym­pa­thiques. On sa­lue les ser­veurs (on vient souvent !), on com­mande notre pi­chet comme d’ha­bi­tude, un shoo­ter ici et un là. Le plan de la soi­rée est de chan­ger de bar bien­tôt. Il est mi­nuit et de­mi. Peu de temps après, je me sens sou­dai­ne­ment très saoule. Je suis de bonne hu­meur, j’ai du fun, mais je ne com­prends pas pour­quoi ça « fesse » au­tant tout d’un coup. En réa­li­té, quel­qu’un a mis une drogue du viol dans mon verre à mon in­su. Mon ju­ge­ment di­mi­nue. Je re­çois d’autres shoo­ters, sans sa­voir qui me les donne. Mon der­nier sou­ve­nir in­tact c’est que mon amie a l’air de me trou­ver in­tense, mais n’en fait pas de cas. Elle est ha­bi­tuée de boire beau­coup et de voir des gens « scraps ». Elle ne fait pas le lien que ce n’est pas dans mes ha­bi­tudes à moi. Elle m’amène dans un autre bar.

Il doit être en­vi­ron une heure du ma­tin. On a dû al­ler au ves­tiaire, mar­cher jus­qu’à la voi­ture, sta­tion­née plus loin, mais je n’en ai au­cun sou­ve­nir. J’ai un flash. On est dans un sta­tion­ne­ment, je suis cou­chée dans le banc de neige. Je ne me sens pas bien. Mon amie pense que j’ai abu­sé, on en rit. Nou­veau bla­ckout. Flash : je marche avec dif­fi­cul­té vers les toi­lettes. Nou­veau flash… je suis as­sise par terre, ac­co­tée sur le bol de toi­lette et je vo­mis par­tout… On m’ap­porte des verres d’eau et des verres d’eau. On me dit de boire : je bois. Je fais de gros ef­forts pour res­ter ré­veillée. Je m’en­dors tel­le­ment… Bla­ckout. Je me ré­veille chez moi. Il est 6 h du ma­tin. Ma mère a dor­mi sur le di­van, in­quiète. Mais qu’est-ce qui m’est ar­ri­vée ?

Je me sens faible, déshy­dra­tée, mais j’ai toute ma tête. Je ne me sens pas len­de­main de veille, alors que je me rap­pelle avoir vo­mi beau­coup. Je parle avec ma mère. Elle constate que j’ai les idées très claires, cu­rieu­se­ment compte te­nu de mon état plus tôt. J’ai beau­coup de connais­sances sur les drogues du viol en rai­son de mon tra­vail. Je fais le lien ra­pi­de­ment. Goût de plas­tique brû­lé dans la bouche, im­pres­sion sou­daine d’être très saoule alors que le nombre de mes consom­ma­tions ne le jus­ti­fie pas, bla­ckout, nau­sées, dif­fi­cul­tés mo­trices, dif­fi­cul­té d’élo­cu­tion, confu­sion, som­no­lence, bouf­fées de cha­leur, état de se­mi­cons­cience, étour­dis­se­ments, déso­rien­ta­tion… tout porte à croire que j’ai été vic­time d’une drogue du viol, pro­ba­ble­ment du GHB (goût de plas­tique brû­lé).

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