Sur­prendre son ado en pleine séance

Le Quotidien - - ACTUALITÉS -

Bon­jour Myriam, j’ai ré­cem­ment sur­pris mon pré­ado à écou­ter des vi­déos por­no­gra­phiques sur son té­lé­phone. Je me de­man­dais comment ré­agir face à cette si­tua­tion. Est-ce que j’ins­talle un contrôle pa­ren­tal ? Est-ce que je fais celle qui n’a rien vu ? Je n’ai pas en­vie que le su­jet soit hon­teux pour lui et je n’ai pas en­vie de le culpa­bi­li­ser face à l’éveil de sa sexua­li­té... Peux-tu m’ai­der svp ?

Sur­prendre son « pe­tit homme » vi­sion­nant de la por­no­gra­phie, en voi­là une froide mise à jour sur son dé­ve­lop­pe­ment sexuel ! Je com­prends votre désar­roi face à une réa­li­té plus que fré­quente. Les pré­ado­les­cents, pos­si­ble­ment voire même pro­ba­ble­ment les vôtres, s’adonnent à ce « loi­sir » pour mille et une rai­son : as­sou­vir une cu­rio­si­té, mous­ser une fan­tas­ma­tique, meu­bler les séances mas­tur­ba­toires, ré­pondre à une pul­sion sexuelle, avoir ac­cès, du moins vi­suel­le­ment, à la gent fé­mi­nine, c’est se­lon !

Pre­miè­re­ment, le pin­cer sur le fait, l’oeil agar, bosse aux cu­lottes et tête dans les nuages, pour être po­lie, né­ces­site ef­fec­ti­ve­ment un vi­rage à 180 de­grés di­rec­tion salle à man­ger, his­toire de se res­sai­sir, mais aus­si par res­pect de son in­ti­mi­té.

Le faire sur­sau­ter, le sai­sir vo­lon­tai­re­ment, lui ar­ra­cher l’ob­jet du crime des mains me semble d’abord plus qu’hu­mi­liant, mais aus­si gran­de­ment culpa­bi­li­sant. De quoi ain­si créer un pré­cé­dent pou­vant me­ner à l’iso­le­ment ou en­core l’en­vie de se tour­ner que da­van­tage vers cet in­ter­dit. Faites la morte !

J’ai­me­rais plu­tôt ré­pondre « et avant », mais, puis­qu’il n’est ja­mais trop tard pour bien faire, une dis­cus­sion parent/jeune s’im­pose sur le monde por­no­gra­phique suite à l’évè­ne­ment qui, soit dit en pas­sant, ne m’ap­pa­raît pas digne de men­tion entre vous deux. Sta­tuons-nous d’abord sur cette réa­li­té qu’est la por­no­gra­phie. Un mal en soi ? Pas tou­jours pour moi ! En fait, je me po­si­tionne sur deux sièges à son égard. Le fait qu’un ado re­garde ces vi­déos ici et là m’ap­pa­raît un phé­no­mène qua­si uni­ver­sel dans une vi­sée de cu­rio­si­té. Rien de trop grave jus­qu’à main­te­nant. Le dan­ger reste à sa­voir à quel point ce der­nier s’ap­pro­prie ce type de vi­sion­ne­ment et à quel ni­veau il l’adapte à la réa­li­té. Si per­sonne ne lui ex­plique qu’une femme qui jouit en 2 se­condes, qui crie à qui mieux-mieux qu’elle en veut plus au simple ef­fleu­re­ment de sa cuisse, qu’un homme à l’érec­tion éter­nelle soit d’abord et avant tout le do­mi­na­teur de ces dames, il est pos­sible que fis­ton s’ima­gine que la sexua­li­té se ré­sume à cette fausse réa­li­té. De quoi se voir plus que désap­poin­té lors­qu’il tom­be­ra dans la vraie de vraie vie ! Votre rôle de parent consiste donc à l’in­for­mer qu’il s’agit de trom­pe­ries n’ayant rien à voir avec ce dont les rap­ports sexuels res­pec­tueux se doivent d’être.

Bien sûr qu’il y a plus à faire ! Le contrôle pa­ren­tal in­for­ma­tique, j’y adhère, mais da­van­tage au stade de la pré­ado­les­cence ou de la jeune ado­les­cence. D’ailleurs l’uti­li­té du té­lé­phone à 10, 11, 12 ans, j’en doute ! En vieillis­sant, je mise net­te­ment plus sur les rap­ports de confiance qui se doivent d’avoir été éta­blis préa­la­ble­ment et qui main­tiennent le fil d’une com­mu­ni­ca­tion constante avec votre en­fant. Fouiller dans les his­to­riques de l’or­di­na­teur s’avère un es­sen­tiel afin de por­ter un re­gard sur la fré­quence de la consom­ma­tion por­no­gra­phique, mais aus­si sur les pré­fé­rences.

Je fi­ni­rai par vous dire que des ados constam­ment dans le fond de la cave avec leur té­lé­phone, c’est rare que ça passe la jour­née sur Can­dy Crush. Les oc­cu­per, les en­ca­drer, les sol­li­ci­ter, les in­ci­ter à bou­ger, c’est aus­si une belle fa­çon de les éloi­gner de la por­no in­com­bant à pa­pa et ma­man…

Pen­sez-y !

PHO­TO 123RF

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.