À la re­cherche du tour­noi per­du

Le Quotidien - - SPORTS - GUILLAUME LEFRANÇOIS La Presse

Du­baï. Bang­kok. Mel­bourne. Bris­bane. Vienne. Bâle. To­ron­to. New York. Cin­cin­na­ti. Mia­mi. Ras­su­rez­vous, nous ne sommes pas en train de vous an­non­cer que Whi­tes­nake re­part en tour­née. Ce sont plu­tôt quelques-unes des nom­breuses villes où Ro­ger Fe­de­rer a ga­gné des tour­nois dans sa car­rière. Ces villes ont en com­mun de pré­sen­ter des évé­ne­ments sur ci­ment, la sur­face de pré­di­lec­tion du lé­gen­daire Bâ­lois.

Or, on note une grande ab­sente soyons un peu chau­vins sur cette liste : Mon­tréal. Cette se­maine, Fe­de­rer ten­te­ra de l’ajou­ter à son pal­ma­rès. Qui sait si ce ne se­ra pas sa der­nière ten­ta­tive ?

« Je n’ai pas sou­vent joué ici à Mon­tréal, a no­té Fe­de­rer, en confé­rence de presse, di­manche. Quand tu joues moins, tu gagnes moins. Et quand je suis ve­nu, je n’ai pas tou­jours joué mon meilleur ten­nis. J’ai per­du quelques matchs ser­rés. En 2009, j’étais ici, mais mes filles avaient 2 se­maines. C’était un peu dif­fé­rent. Ça me donne en­core plus en­vie de bien jouer ici et de vou­loir ga­gner ici pour la pre­mière fois. »

Fe­de­rer a dé­jà rem­por­té le Mas­ters du Ca­na­da. Mais le ha­sard veut que les deux triomphes du Suisse aient eu lieu à To­ron­to, en 2004 et en 2006. À Mon­tréal, c’est en 2007 qu’il est pas­sé le plus près de s’im­po­ser, mais il ren­con­trait en fi­nale un No­vak Djo­ko­vic qui s’ins­tal­lait alors dans l’élite mon­diale.

À DÉ­FAUT DE LA TERRE BAT­TUE

Pa­ra­doxa­le­ment, c’est au mo­ment pré­cis où Fe­de­rer a choi­si de ra­len­tir la ca­dence qu’il re­noue avec Mon­tréal, une ville qu’il a pour­tant sou­vent évi­tée. C’est que la Coupe Ro­gers a le désa­van­tage d’être pro­gram­mée tout juste avant un autre Mas­ters, ce­lui de Cin­cin­na­ti. Et c’est gé­né­ra­le­ment à ce der­nier tour­noi qu’il re­com­men­çait à jouer sur sur­face dure après la sai­son sur ga­zon.

Mais à 35 ans 36 de­main , le no 3 mon­dial doit pré­ser­ver ses éner­gies. Il n’a donc dis­pu­té au­cun tour­noi en avril et en mai, fai­sant l’im­passe sur la sai­son sur terre bat­tue, avec comme ré­sul­tat qu’il peut re­com­men­cer plus tôt à jouer sur le ci­ment.

« J’ai re­pris l’en­traî­ne­ment et j’étais en forme, j’ai re­trou­vé mon rythme ra­pi­de­ment. Je veux jouer da­van­tage en deuxième moi­tié de sai­son. Les six pre­miers mois de l’an­née ont été po­si­tifs, je n’ai pas su­bi de bles­sures et j’ai bien joué. Je me suis dit que je m’étais as­sez en­traî­né dans la der­nière an­née, donc aus­si bien jouer des matchs plu­tôt que de conti­nuer l’en­traî­ne­ment. »

LA FI­NALE RÊVÉE

Avec les for­faits d’An­dy Mur­ray (no 1 mon­dial), Stan Wa­wrin­ka (no 4) et No­vak Djo­ko­vic (no 5), Fe­de­rer se re­trouve deuxième tête de sé­rie, tan­dis qu’à l’autre bout du ta­bleau, le fa­vo­ri a pour nom Ra­fael Na­dal. Sur pa­pier, c’est donc la fi­nale lo­gique.

« Ça semble peut-être simple cette an­née parce qu’il n’y a pas No­vak, Stan, [Ma­rin] Ci­lic ni Mur­ray, mais il reste quand même de sa­crés joueurs très tôt dans le tour­noi, a rap­pe­lé Fe­de­rer. Je me suis en­traî­né [hier] et [sa­me­di], et je n’ai pas en­core de rythme. On ver­ra ce que ça va don­ner mer­cre­di quand je vais ar­ri­ver sur le ter­rain. Je me ré­jouis d’être là et en bonne san­té.

« Je peux seule­ment contrô­ler ma sec­tion de ta­bleau, pas celle de Ra­fa. Je n’ai au­cune idée de son ni­veau, mais je sais que s’il est en forme, il se­ra dur à battre. J’es­père être en fi­nale, idéa­le­ment contre lui, mais je ne suis pas là pour pen­ser aus­si loin. J’y vais un match à la fois. C’est un peu en­nuyant, mais c’est comme ça!»

Pour se rendre en fi­nale, Na­dal de­vra mettre fin à une éton­nante sé­quence. Il n’a pas rem­por­té de tour­noi sur ci­ment en plus de trois ans, soit de­puis le tout pre­mier tour­noi de 2014, à Doha. Mais il n’a pas non plus été sur­clas­sé, per­dant huit fois en fi­nale. Que lui a-t-il man­qué au cours de cette sé­quence ?

« Une vic­toire, c’est tout, a iro­ni­sé l’Es­pa­gnol. Quelques fois, ce qui me man­quait, c’est que je ne jouais pas bien. En même temps, je n’ai pas par­ti­ci­pé à au­tant de tour­nois sur sur­face dure qu’avant. Quand ce n’est pas ta meilleure sur­face et que les meilleurs joueurs y sont pré­sents, ce n’est pas fa­cile. »

Le che­min de Na­dal vers la fi­nale n’est tou­te­fois pas tra­cé à l’avance. Se re­trouve dans sa moi­tié de ta­bleau Alexan­der Zve­rev, un Al­le­mand de 20 ans en pleine as­cen­sion, clas­sé 8e au monde. Mais s’il s’y rend, s’il at­teint les de­mi-fi­nales, en fait, il re­de­vien­dra no 1 au monde.

Fe­de­rer, lui, a moins de pièges de­vant lui, même s’il de­vra se mé­fier de Kei Ni­shi­ko­ri (no 9).

L’un a ga­gné 93 tour­nois au cours de sa car­rière, mais au­cun ici. L’autre ne pour­ra pas res­ter éter­nel­le­ment sans ga­gner un tour­noi dis­pu­té sur ci­ment. Ils se sont af­fron­tés 37 fois, mais ja­mais à Mon­tréal.

Fe­de­rer et Na­dal ont des ano­ma­lies sta­tis­tiques à cor­ri­ger. S’ils y par­viennent, une ville com­plète d’ama­teurs de ten­nis en res­sor­ti­ra ga­gnante.

— PHO­TO PC, DA­NIEL LEAL-OLIVAS

Au cours de sa brillante car­rière, Ro­ger Fe­de­rer n’a ja­mais ga­gné à Mon­tréal. Il es­père cor­ri­ger cette si­tua­tion dans quelques jours, à l’oc­ca­sion de la Coupe Ro­gers

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