UNE MÉ­TÉO DANS LES EX­TRÊMES

Le Qué­bec a connu tor­nades, pluies di­lu­viennes et sé­che­resse de­puis le dé­but de l’été

Le Quotidien - - LA UNE - LOUIS-SA­MUEL PER­RON

Ven­dre­di der­nier, plus de 150 mm de pluie se sont dé­ver­sés en quelques heures à Na­pier­ville, en Mon­té­ré­gie. Des pré­ci­pi­ta­tions « ex­cep­tion­nelles », in­dique Jean-Phi­lippe Bé­gin, mé­téo­ro­logue à En­vi­ron­ne­ment Ca­na­da. «C’était spé­cial, il y a eu plu­sieurs vagues d’averses. L’orage a fait du sur­place pen­dant une heure et de­mie. En deux ou trois heures, on a dé­pas­sé de 50 % la nor­male des pré­ci­pi­ta­tions pour tout le mois. C’est si­gni­fi­ca­tif ! », af­firme-t-il. En com­pa­rai­son, il est tom­bé 125 mm de pluie en juillet à Mon­tréal, au-de­là de la nor­male men­suelle de 89 mm. «Mais c’est nor­mal d’avoir des orages comme ça, très lo­ca­li­sés, du­rant l’été.» Nor­mal ou pas, le pré­sident de l’en­tre­prise Veg­pro, Ger­ry Van Win­den, n’en­tend pas à rire. Ces pré­ci­pi­ta­tions di­lu­viennes risquent de faire perdre des mil­lions de dol­lars à son en­tre­prise spé­cia­li­sée dans les sa­lades em­bal­lées et prêtes à man­ger éta­blie à Sher­ring­ton, près de Mon­tréal. « Les dé­gâts sont grands. On n’a pas fi­ni de les quan­ti­fier exac­te­ment. C’est plu­sieurs mil­liers d’acres de per­dus... C’est ma­jeur ! », lance-t-il, mo­rose. En com­pa­rai­son, un mil­lier d’acres re­pré­sentent une su­per­fi­cie de plus de 700 ter­rains de foot­ball. Ce vé­ri­table dé­luge, sui­vi du dé­bor­de­ment de la ri­vière L’Aca­die, a même ra­va­gé l’en­tiè­re­té de la ré­colte de cer­taines fermes af­fi­liées, un dé­sastre pour cette en­tre­prise au chiffre d’af­faires de plus de 200 mil­lions de dol­lars. Ger­ry Van Win­den de­mande ain­si aux au­to­ri­tés fé­dé­rales des me­sures d’as­sou­plis­se­ment pour re­lo­ca­li­ser ses 400 tra­vailleurs étran­gers sans tra­vail.

TOR­NADES

Un autre phé­no­mène mé­téo s’est pro­duit en fin de se­maine, cette fois dans la ré­gion de Chau­dière-Ap­pa­laches. Les ré­si­dants de Saint-Jo­seph-de-Beauce se sont fait sur­prendre sa­me­di après-mi­di par une tor­nade d’in­ten­si­té moyenne, c’est-à-dire de force 1 sur l’échelle de Fu­ji­ta amé­lio­rée. Les puis­sants vents de 170 km/h ont cau­sé des dom­mages im­por­tants aux bâ­ti­ments et à la vé­gé­ta­tion dans un sec­teur ru­ral d’en­vi­ron un ki­lo­mètre. Le 18 juin, pas moins de quatre tor­nades avaient cau­sé des dé­gâts à Hé­bert­ville et Lac-de-la-Boi­teuse, au Sa­gue­nay-Lac-Saint-Jean, à L’Étape, dans la Ré­serve fau­nique des Lau­ren­tides, et à Sainte-Anne-du-Lac, dans les Lau­ren­tides.

Chaque été, de quatre à six tor­nades sont ob­ser­vées en moyenne au Qué­bec. Or, cet été, cinq tor­nades se sont dé­jà abat­tues dans plu­sieurs ré­gions. « Cinq, c’est quand même no­table, mais il est trop tôt pour faire le bi­lan [des tor­nades] », sou­tient Jean-Phi­lippe Bé­gin. L’ex­pert nuance tou­te­fois l’am­pleur du phé­no­mène. « C’est nor­mal d’en avoir en juin, juillet et août. Une tor­nade, c’est tel­le­ment lo­ca­li­sé. Si une tor­nade sur­vient dans une fo­rêt in­ha­bi­tée, on ne le sau­ra ja­mais. Ça fausse un peu nos nor­males », pré­cise-t-il. « Mais ça reste une sai­son ac­tive cô­té temps violent », ajoute-t-il.

SÉ­CHE­RESSE

Les 10 mm de pluie tom­bés au cours de la fin de se­maine à Ri­mous­ki étaient plus qu’at­ten­dus. Jus­qu’à cette averse sal­va­trice, la ré­gion du Bas-Saint-Laurent avait re­çu à peine 8,4 mm de pluie de­puis le 2 juillet. Pire en­core, jus­qu’à ven­dre­di der­nier, à peine 0,4 mm de pluie étaient tom­bés sur la ré­gion en trois se­maines, met­tant sé­rieu­se­ment à risque les ré­coltes. « On est entre 50 et 100 mm sous la nor­male pour le Bas-Saint-Laurent pour juin et juillet. C’est si­gni­fi­ca­ti­ve­ment sous la nor­male. La ré­cente pluie n’est pas suf­fi­sante. Ça va en prendre plus pour ré­ta­blir la si­tua­tion », ex­plique le mé­téo­ro­logue Jean-Phi­lippe Bé­gin.

PAS HORS DU COM­MUN

Mal­gré cette im­pres­sion d’été mo­rose, la sai­son es­ti­vale est loin d’être hors du com­mun, note JeanP­hi­lippe Bé­gin.

En juillet, les tem­pé­ra­tures étaient près de la nor­male ou lé­gè­re­ment sous la nor­male dans toutes les ré­gions, sauf en Gas­pé­sie et dans le Bas-Saint-Laurent. Tou­te­fois, le mer­cure n’a ja­mais dé­pas­sé les 30 de­grés Cel­sius à Mon­tréal en juillet, une si­tua­tion « plus rare ».

Au­cune ca­ni­cule n’a ain­si été ob­ser­vée jus­qu’à pré­sent. Dans la mé­tro­pole, il y a eu 18 jours de pluie en juillet, da­van­tage que la moyenne de 12,3 jours. Pré­ci­sons qu’une fine pluie tom­bée en pleine nuit compte pour une jour­née de pluie, même s’il fait so­leil toute la jour­née.

Ça reste une sai­son ac­tive cô­té temps violent. — Jean-Phi­lippe Bé­gin

PHOTO COUR­TOI­SIE, CA­THE­RINE LE­FEBVRE

Ven­dre­di, plus de 150 mm de pluie se sont dé­ver­sés en quelques heures à Na­pier­ville, en Mon­té­ré­gie. Un évé­ne­ment mé­téo­ro­lo­gique de plus à la liste des phé­no­mènes ob­ser­vés au Qué­bec cet été. —

— AR­CHIVES LE QUO­TI­DIEN

La ré­gion n’a pas échap­pé aux inon­da­tions ce prin­temps. Cette photo prise le 9 mai à Sain­teJeanne-d’Arc en té­moigne.

— AR­CHIVES LE QUO­TI­DIEN, GIMMY DES­BIENS

Le 18 juin, une tor­nade a cau­sé d’im­por­tants dom­mages à Hé­bert­ville.

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