Une culture étour­dis­sante

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - DO­MI­NIQUE GO­BEIL dgo­beil@le­quo­ti­dien.com

Même si la pro­duc­tion du chanvre in­dus­triel a de quoi faire rêver, elle re­pré­sente tout un dé­fi pour les agri­cul­teurs du Sa­gue­nay-Lac-SaintJean aux plans de la ré­colte et des as­su­rances.

« C’est comme un rêve. C’est étour­dis­sant de voir une culture pleine de pro­messes comme ça », a dé­cla­ré en confé­rence de presse mar­di ma­tin le pré­sident ré­gio­nal de l’Union des pro­duc­teurs agri­coles, Ma­rio Thé­berge.

La ferme Taillon et fils, de SaintP­rime, en­tre­voit tout de même des dif­fi­cul­tés. Elle pro­duit du chanvre bio­lo­gique à des fins alimentaires de­puis une quin­zaine d’an­nées. C’est la graine qui est alors uti­li­sée, plu­tôt que la tige, le bois ou les feuilles qui servent par exemple aux in­dus­tries du tex­tile, de la bio­masse et des mé­di­ca­ments.

« Ce sont des va­rié­tés dif­fé­rentes. La ren­ta­bi­li­té est tel­le­ment bonne pour les graines à près de 4000 $ la tonne, ça va prendre un si­gnal très fort pour in­ci­ter les agri­cul­teurs à s’orien­ter vers le chanvre in­dus­triel et nous prou­ver que c’est aus­si ren­table », confie le pro­duc­teur Ch­ris­tian Taillon en en­tre­vue té­lé­pho­nique.

L’an­nonce d’une usine de trans­for­ma­tion pour­rait être as­sez mo­ti­vante. Le chanvre in­dus­triel pousse vite, jus­qu’à 15 cen­ti­mètres par jour, si bien que l’offre des pro­duc­teurs et la de­mande du mar­ché pour­raient s’ar­ri­mer presque en même temps. « On ne sait plus ce qui doit ar­ri­ver en pre­mier, l’oeuf ou la poule », image M. Taillon.

La ré­colte des graines est beau­coup moins com­pli­quée que celle de la tige du chanvre, fait va­loir le pro­duc­teur. « Il y a des équi­pe­ments spé­cia­li­sés qui se font en Eu­rope, mais c’est très dis­pen­dieux. Ça pren­drait des in­ves­tis­seurs so­lides. » De nou­velles fa­çons de faire de­vront aus­si être dé­ve­lop­pées.

Faire as­su­rer les pro­duc­tions de chanvre pose éga­le­ment pro­blème, comme on a pu le voir chez des pro­duc­teurs du sec­teur de Saint­Gé­déon et Hé­bert­ville après la tem­pête de grêle en juillet. Ils ont per­du toutes leurs plan­ta­tions.

« Comme c’est une culture émer­gente, la Fi­nan­cière agri­cole ne prend pas le chanvre en charge et il n’y a pas d’autre pro­gramme qui existe pour ça. Elle nous a quand même ou­vert une belle porte en 2018 pour une as­su­rance par­tielle, mais ça ne se­ra pas équi­valent au blé par exemple », ex­plique Ch­ris­tian Taillon.

Ce­lui-ci a ren­con­tré les or­ga­ni­sa­teurs du Fo­rum in­ter­na­tio­nal du chanvre à Des­biens mar­di après­mi­di, Claude Gi­rard et Ta­ka­shi Oka­nu­ma. Ils lui ont sem­blé plus sé­rieux que les nom­breux pro­mo­teurs qui l’ont ap­pro­ché dans les der­nières an­nées, mais qui ont en­suite aban­don­né, avoue Ch­ris­tian Fil­lion.

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