Soi­rée éton­nante sur fond mouilleux

Le Quotidien - - ACTUALITÉS - DA­NIEL CÔ­TÉ dcote@le­quo­ti­dien.com

Deux dé­cou­vertes et un pe­tit mi­racle. Ain­si peut-on dé­crire la soi­rée de ven­dre­di au centre-ville de Chi­cou­ti­mi,alors­que­leFes­ti­va­lin­ter­na­tio­nal­desRyth­mes­duMonde a re­noué avec le temps maus­sade san­sy­lais­ser­trop­de­plumes.Même s’il a plu très fort et qu’on a craint pour­la­te­nue­du­pre­miers­pec­tacle, ce­lui de Boo­gat, la tech­nique a te­nu le coup, le pu­blic a af­fi­ché une ré­si­lience im­pres­sion­nante et ce fut suf­fi­sant pour ra­me­ner tout le mon­deàl’es­sen­tiel:le­plai­sird’écou­ter de la mu­sique. Les choses au­raient pu tour­ner au­tre­ment, tou­te­fois, lors­qu’une sé­vère on­dée s’est abat­tue sur la rue Ra­cine à par­tir de 19h 30. Manque de chance, ça cor­res­pon­dait au mo­ment où l’ar­tiste mont­réa­lais est ap­pa­ru sur la scène voi­sine de la ca­thé­drale, ac­com­pa­gné par ses mu­si­ciens. «C’est pas la pluie qui va nous faire peur à soir», a-t-il lan­cé avant d’in­ter­pré­ter une pre­mière pièce en es­pa­gnol, sa langue de pré­di­lec­tion, en y in­jec­tant une forte dose d’éner­gie.

Quelques di­zaines de braves se te­naient de­vant lui, pa­ra­pluies ou­verts, une foule mo­deste, mais pré­cieuse en ce sens qu’elle a consti­tué une sorte d’an­crage sur le­quel s’est ap­puyé le chan­teur. Après avoir pro­té­gé le de­vant de la scène avec du plas­tique, lui et ses ca­ma­rades ont li­vré une per­for­mance re­mar­quable, à un point tel que per­sonne n’a fait dé­fec­tion, au contraire.

Ce qui fut ap­pré­cié, entre autres, c’est la touche mo­derne que laissent voir les com­po­si­tions de Boo­gat, la­quelle tient aux ar­ran­ge­ments où le hip-hop - et par­fois même le rock - font bon mé­nage avec l’es­thé­tique la­ti­no. Ce ne sont pas des pièces de mu­sée, comme l’a dé­mon­tré Los Pre­si­dentes où tous ces in­gré­dients ont gé­né­ré un beat en­traî­nant, l’an­ti­dote par­fait pour des cieux in­clé­ments.

«Si ça peut vous conso­ler, c’est le pire temps qu’on a eu, mais le meilleur pu­blic», a sou­li­gné le chan­teur avant d’of­frir une autre perle, la swin­gante Me Mue­ro Por Ti. Comme ce fut le cas tout au long du spec­tacle, le trom­bone y a oc­cu­pé une place de choix aux cô­tés des per­cus­sions, pro­dui­sant un ef­fet en­ve­lop­pant qui se dis­tin­guait par son ori­gi­na­li­té.

Preuve qu’il y a une jus­tice sur la Terre, Boo­gat a été ré­com­pen­sé pour sa per­sis­tance lorsque la pluie a ces­sé de tom­ber. Les pa­ra­pluies se sont re­fer­més, le nombre de spec­ta­teurs a dou­blé ins­tan­ta­né­ment et quand les der­nières notes se sont éva­nouies, un peu avant 21h, la plu­part ont mi­gré vers l’autre scène, celle qui se trouve au coin de La­brecque et Ra­cine, pour faire connais­sance avec La Chi­va Gan­ti­va.

Une fois de plus, on a eu droit à de la mu­sique la­tine joyeu­se­ment dé­pous­sié­rée, la dif­fé­rence étant que cette for­ma­tion re­grou­pant des ar­tistes du Viet­nam, de la Co­lom­bie, de la France et de la Bel­gique af­fiche un sé­rieux pen­chant pour le rock. Elle compte d’ailleurs sur un gui­ta­riste de pre­mier ordre, dont les riffs ont ré­chauf­fé le coeur des spec­ta­teurs.

C’est sou­vent lui qui a mis les chan­sons en or­bite, no­tam­ment en tri­co­tant des trames touf­fues, évo­ca­trices du jungle beat po­pu­la­ri­sé par le re­gret­té Bo Didd­ley. À chaque fois, quand même, le groupe a fi­ni par le rat­tra­per, comme sur Vi­vo où le ma­riage des so­no­ri­tés as­so­ciées au rock et de la mu­sique la­tine s’est ré­vé­lé ir­ré­sis­tible.

Même vê­tus de leurs ha­bits de pluie, des gens se sont mis à dan­ser pen­dant qu’à l’autre ex­tré­mi­té de la rue, Kaïn pro­vo­quait le mi­racle évo­qué tan­tôt. Que sa re­nom­mée at­tire plus de spec­ta­teurs que Boo­gat et La Chi­va Gan­ti­va n’avait rien d’éton­nant, mais à ce point? Les gars de Drum­mond­ville ve­naient à peine de sor­tir des cou­lisses que dé­jà, bien loin de­vant la scène, on se dé­pla­çait à grand-peine.

Juste à voir l’ac­cueil que les fans ont ré­ser­vé à Deux pla­nètes, l’un des pre­miers titres li­vrés par le groupe, il était ma­ni­feste que l’im­por­tance at­ta­chée à ce ren­dez-vous, le pre­mier de Kaïn dans le cadre du fes­ti­val, trans­cen­dait les ca­prices de la mé­téo.

— PHO­TO

Le pu­blic des Rythmes du Monde n’est pas fait en cho­co­lat, comme l’a consta­té Boo­gat ven­dre­di soir, alors que plu­sieurs per­sonnes ont bra­vé la pluie pour l’en­tendre.

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