Le film Les rois mon­gols vu par Luc Pi­card

Le Quotidien - - LA UNE - DA­NIEL CÔ­TÉ dcote@le­quo­ti­dien.com

Quatre jeunes, deux en­fants et deux ado­les­cents. Pen­dant que le Qué­bec est plon­gé dans la tour­mente des évé­ne­ments d’oc­tobre 1970, ils en­tre­tiennent le pro­jet fou de kid­nap­per une vieille dame afin d’em­pê­cher le ca­det du groupe d’être confié à une fa­mille d’ac­cueil. Sa grande soeur, qui l’aime tel­le­ment, a convain­cu ses cou­sins de mon­ter cette opération qui se trouve au coeur du nou­veau film de Luc Pi­card, Les rois mon­gols. Sa fa­mille va écla­ter parce que son père a per­du sa bataille contre le can­cer, tan­dis que sa mère est dé­pas­sée par les évé­ne­ments. Au bord de la dé­pres­sion, voyant s’ac­cu­mu­ler les fac­tures gé­né­rées par les soins ap­por­tés à son conjoint – c’était juste avant la créa­tion du ré­gime de l’as­su­rance-ma­la­die –, elle confie le pe­tit Mo­mo à une fonc­tion­naire qui lui a trou­vé un nou­veau foyer à La­val.

«L’his­toire des quatre en­fants consti­tue une mé­ta­phore de celle du Qué­bec, a ex­pli­qué Luc Pi­card mer­cre­di, lors d’une en­tre­vue té­lé­pho­nique ac­cor­dée au Pro­grès. Au dé­but du film, quand le père est ma­lade, on se trouve dans la Grande Noir­ceur. Puis, il se ré­fu­gient à la cam­pagne et ça évoque la Ré­vo­lu­tion tran­quille, tan­dis que le der­nier acte, dont on ne peut pas par­ler, nous amène au ré­fé­ren­dum de 1980.»

Pour que ce pro­jet fonc­tionne, il de­vait mi­ser sur de jeunes co­mé­diens ca­pables de li­vrer une per­for­mance im­pec­cable, au­tant dans le drame que dans les ma­ni­fes­ta­tions d’humour qui ponc­tuent le ré­cit. Leur sé­lec­tion, qui s’est éta­lée sur deux mois, a donc re­pré­sen­té une étape im­por­tante et po­ten­tiel­le­ment pié­geuse.

«Après, je les ai in­vi­tés chez moi. Je leur ai fait écou­ter des films re­mon­tant à cette époque et la chi­mie a pris ra­pi­de­ment. Ils ont dé­ve­lop­pé une com­pli­ci­té qui me fait pen­ser aux Beatles et ma grande joie fut de por­ter ça à l’écran», confie le réa­li­sa­teur, dont l’oeuvre se­ra pro­je­tée en salle à comp­ter du 22 sep­tembre. Il s’em­presse tou­te­fois d’ajou­ter que son «cast d’adultes» lui a aus­si don­né sa­tis­fac­tion, no­tam­ment JeanF­ran­çois Bou­dreau dans le rôle de l’oncle qui hé­berge Mo­mo et Ma­non, la grande soeur évo­quée tan­tôt.

Cet homme, qui tire le diable par la queue, même s’il a tou­jours tra­vaillé à temps plein, re­pré­sente le Qué­bé­cois dé­bous­so­lé face aux chan­ge­ments que vit la so­cié­té. Son fils aux idées de gauche lui re­trousse le poil, tout comme les Fel­quistes, qui me­nacent l’ordre des choses. «C’est le con­flit clas­sique entre un ou­vrier qui l’a eue à la dure et qui se fait dire par son fils qu’il a été ex­ploi­té toute sa vie», dé­crit Luc Pi­card.

Plu­sieurs chan­sons qué­bé­coises ba­lisent le film et si cer­taines ont été créées après 1970, toutes collent si étroi­te­ment à l’ac­tion qu’elles semblent avoir été écrites avec Les rois mon­gols en tête. «Il n’y a pas de lo­gique pré­cise der­rière mes choix. Je les ai faits par ins­tinct après avoir écou­té pleins de choses», men­tionne le réa­li­sa­teur.

La pre­mière qu’on en­tend, Tu es im­pos­sible des Sul­tans, a joué un rôle plus im­por­tant qu’on pour­rait l’ima­gi­ner. «À tra­vers elle, j’ai tout de suite vu le dé­but du film», ré­vèle Luc Pi­card. Quant au suc­cès de Marc Ha­mil­ton, Comme j’ai tou­jours en­vie d’ai­mer, il a consti­tué un deuxième an­crage, cette fois pour ac­com­pa­gner l’ar­ri­vée des mi­li­taires ca­na­diens dans les rues de Mon­tréal.

Il a aus­si in­té­gré un air d’Har­mo­nium, Un mu­si­cien par­mi d’autres, à la fin du long mé­trage. «On a mis quel­qu’un au monde. On de­vrait peut-être l’écou­ter», chante Fio­ri, des mots qui prennent une ré­son­nance par­ti­cu­lière quand on a vu Ma­non se dé­me­ner pour res­ter proche de Mo­mo. «On re­dé­couvre le sens du texte», note le ci­néaste, pour qui le thème des Rois mon­gols se ré­sume à cette ques­tion: Com­ment peu­ton res­ter fi­dèle aux pro­messes de l’en­fance?

Luc Pi­card voit dans Les rois mon­gols une mé­ta­phore de l’his­toire ré­cente du Qué­bec, telle qu’in­car­née dans le des­tin des quatre jeunes que montre cette pho­to­gra­phie, en com­pa­gnie de leur otage.

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